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Dimanche 18 Octobre 2026
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Mécénat : les Tourelles des Arts pour revivifier notre culture

Après la restauration des monuments de la Place Ben Youssef de la médina de Marakech, et l'ouverture d'un musée prestigieux au sein de l'un d'entre eux, la Fondation Omar Benjelloun crée un musée à Casablanca : les Tourelles des Arts.

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L'art a toujours été un des noyaux de la civilisation arabomusulmane, et s'est épanoui dans le genre spécifique de «l'art islamique», qui exprime la force du lien entre art et Islam, entre le beau et le Divin. L'illustre savant Titus Ibrahim Azz Al-Dîn Burkhardt, soufi et ésotérique qui voyagea tout au long de sa vie pour l'étude de l'art sacré, a mis en évidence le sens spirituel de l'art islamique. Ainsi, écrit-il dans son ouvrage «L'art islamique» à propos de la sainte Qaâba, en tant que proto-art : «Sa dimension spirituelle correspond à la révélation, le symbolisme inhérent à la Qaâba, à sa forme et aux rites qui s'y rattachent contient en germe tout ce que l'art sacré de l'Islam exprimera». La Qaâba, coeur de l'existence, centre de la foi, est aussi origine de la création artistique dans le monde islamique. La notion de musée est présente, dès l'origine, dans notre culture, d'une manière ou d'une autre : avoir le goût de l'art, une vertu en soi, une éducation, l'intégrer dans nos espaces, l'offrir au plaisir des yeux... Et le mécénat d'art est une ancienne tradition de notre civilisation, car la création artistique y a tôt été comprise comme étant une source d'élévation. Créer un musée d'art, c'est accomplir une noble et pieuse action, concourir à promouvoir une haute éducation de la «Oumma». C'est dans cet esprit que le grand mécène des arts Omar Benjelloun oeuvre depuis plusieurs années, dans la restauration et la préservation du patrimoine architecturale et artistique, dans la création de musées, les animant d'activités pour la revivication de notre culture. Son action en ces domaines, gérée et financée par sa propre Fondation Omar Benjelloun, qu'il a destinée à cette mission, est une retombée éclatante de tout le travail accompli par Titus Burkhardt au Maroc même, où il a séjourné quelques années et où il a fait preuve d'un attachement particulier au patrimoine, élaborant tant de projets pour sa réhabilitation, notamment celle de la Médina de Fès. Ainsi, Omar Benjelloun a-t-il commencé fin des années 90 par la restauration, dans la Médina de Marrakech, du splendide et monumental Palais Mnebhi au sein duquel il a créé le «Musée de Marrakech», puis a suivi celle des monuments avoisinants, la grande Merdersa Ben Youssef et la Qobba (Coupole) Al-Mourabitine. Aujourd'hui, le séduisant Musée Tourelles des Arts qui voit le jour à Casablanca, donnant un aspect radieux au quartier où il niche, est encore un bel ouvrage de la Fondation Omar Benjelloun. Séduisant par son style art-déco original à l'air vénitien, ses dimensions de petit monument, ses deux tourelles qui lui donnent quelque chose d'aérien... Avec sa couleur blanche éclatante et ses formes arrondies, cela fait penser à des tourterelles. Une fraîcheur, un nouveau sourire dans la ville, une aspiration à la sérénité par le truchement de l'art et d'un lieu qui l'exalte.
L'art ennoblit les coeurs

Ce Musée est né de la restauration de deux villas jumelles datant des années 30, signées Marius Boyer, et où ont habité deux frères jumeaux. Rien n'a été changé à la conception originelle, même la ferronerie initiale a été conservée. La régénération des lieux a été opérée par une décoration intérieure sobre et élégante, dans les tons d'un exquis écru-ambré tranché en certaines pièces par un tadellakt bordeaux-rosé. La composition de l'édifice en trois niveaux se décline en une première salle d'exposition au rez-de-chaussée, une seconde, vaste et magique, au second niveau qui accueille aussi les bureaux, et à la charmante terrasse qui joint les tourelles, c'est une cafétéria en belvédère qui fera figure de salon littéraire, avec une belle vue sur la Cathédrale Sacré-coeur et les palmiers du quartier.
Dans son bureau paré de portraits de femmes de Herera, Omar Benjelloun se souvient de son enfance : «Militant pour la culture ? Mais cela ne date pas d'aujourd'hui ! Cela a commencé pour moi à l'âge de sept ans. J'ai en mémoire un jour de Achoura où je récupérais des enveloppes tamponnées, fasciné par leurs couleurs, et que mon grand-père voulait jeter au feu. C'étaient pour moi des objets précieux et rares, d'autant plus qu'en ce temps le courrier était transporté à cheval...». Il avait entamé sa collection de timbres, qui s'ensuivit de collection de pièces de monnaie, dont les premières, d'époque Hassani, lui furent données un jour par son grand-père dans une jolie boîte de cigares Graven, alors que, précise-t-il, son grand-père ne fumait pas. «Ma collection racontait l'histoire du Maroc depuis l'arrivée du premier Musulman en ce pays», dit le collectionneur né. Puis son attention se porta sur tout objet d'art qui meublait son environnement et sa vie quotidienne : pièces travaillées dans le bois, l'ivoire... Même au Hammam, il repérait les ornements syriens des gobelets en cuivre. Depuis l'objet d'art, ses couleurs, ses formes, ses dessins, son intérêt s'affirma pour l'histoire, la poésie, la calligraphie, et finalement toute la culture. En préface du livre d'art sur le Musée de Marrakech, il se remmémore ses visites à l'un de ses grands-pères, à son ryad de Fès où il le recevait au son de la musique «d'un orchestre composé de douze femmes à l'élégance excentrique» et qui lui inculquait «l'harmonie essentielle qui régnait dans les murs de sa demeure». A son autre grand-père, il doit «le désir de conserver vivant l'art qui nous entoure, nous héritiers d'une tradition où celui-ci fait partie intégrante de la vie (...)». Aujourd'hui s'il est militant pour l'art, c'est pour que la majorité des êtres s'y intéressent. «Car l'on peut vivre des moments de satisfaction et de bonheur dans le monde de l'art, dit Benjelloun. Un tour au Musée est aussi un refuge pour les moments perdus, un lieu où l' on s'instruit par plaisir. Notre souhait est de transmettre à nos enfants le goût d'apprendre et de connaître, beaucoup plus encore que nous l'avons eu. Léguer cette culture à notre jeunesse qui formera les adultes de demain, la société future, afin qu'elle soit plus saine, plus sereine, plus créative et plus en rapport avec le beau. Pour que nos enfants pensent à autre chose, et surtout à l'amitié, à la fraternité, «al-Oukhouwwa». Car l'art ennoblit les coeurs et les rend propices à l'amour, à cette tendresse et cette affection dont notre société a tellement besoin, pour lutter contre tous ces maux qui la rongent. «Je me souviens qu'en notre temps nous nous réunissions pour des récitations de poèmes ! ...» reprend Benjelloun. Il voudrait la vocation de ce Musée tournée vers la promotion de la culture arabomusulmane, que celle-ci en constitue une dominante. «Développer la langue arabe, notamment par des conférences et des expositions de calligraphie, ainsi que la connaissance de l'Islam, afin de ne pas se laisser traîner dans la boue par les charrognes qui existent, dit Benjelloun. Notre lutte se fera par la langue et le savoir...». Mais le Musée se prévaudra aussi d'une ouverture certaine, tant sur les autres cultures, que sur l'art contemporain, autant qu'il vise les arts traditionnels. L'exigence de la qualité et du haut niveau est indéniable, ainsi que l'encouragement à l'expression et à la production des jeunes talents. Le Musée se veut en outre un espace de riche animation culturelle : ateliers, concerts, colloques, journées thématiques, séminaires, théâtre, etc. L'expérience du Musée de Marakech a été tellement réussie que la Fondation a décidé d'en faire profiter Casablanca. «Nous avons présenté plusieurs artistes nationaux et étrangers, les oeuvres de peintres décédés et d'autres vivants, comme Lahbabi, Yamo, Bine-Bine, Belkahia, et des artisans dans la poterie, le bois, le cuir... dit Benjelloun. Nous avons aussi exposé des tapis berbères anciens et tenu en même temps un séminaire de trois jours réunissant des experts en ce domaine. En ce moment c'est une magnifique exposition de faïence de Fès du 17ème, 18ème et 19ème siècles».
Les yeux jaloux des oreilles

Le Musée de Marrakech reçoit entre 8000 et 9000 visiteurs par mois. La Médersa Ben Youssef est encore plus visitée. Son patio a accueilli il y a deux semaines un des plus beaux événements musicaux qui fut donné en ce pays : le Festival Arabe de Luth, organisé par l'association «Fikr wa fan». La Fondation offre souvent ses lieux à des associations de ce type pour des événements prestigieux, tout en les sponsorisant. Ainsi, en 1998 le Musée de Marrakech a abrité une merveilleuse rencontre scientifique, les Maoussimyyat de Marrakech, qui ont eu pour thème «Sagesse et splendeur des arts islamiques». La Fondation fut un des sponsors de cet événement exceptionnel durant lequel les participants et les plus illustres savants en Islam du monde ont pu faire l'expérience directe et vivante du contenu essentiel des conférences en contemplant la beauté du Musée de Marrakech.
Les Tourelles des arts devraient connaître In Chaâ Allah un destin aussi brillant, car la vie d'un lieu émane de l'esprit qui l'anime... Avec leur ouverture, les Tourelles des Arts présentent deux expositions, l'une d'instruments marocains et l' autre de calligraphie islamique. La première déploie les composantes de «L'arbre de musique» qui raconte l'histoire musicale du pays, des rbabs au luths en passant par les instruments à vents (comme le nfir et la ghayta) et les percussions. Quant à la seconde exposition, elle présente la collection de la Fondation Omar Benjelloun, composée de spécimens d'une richesse et d'une diversité exceptionnelles ; pages de manuscrits anciens du Coran, poèmes persans, louanges au Prophète, calligraphie de tous les styles que connut cet art, du koufi au jili-diwani en passant par le naskhi, le maghribi et le tuluth... «Au commencement de la civilisation islamique, dit l'illustre islamologue Martin Abou Bakr Sîraj Al-Dîn Lings, les yeux des Musulmans étaient jaloux de leurs oreilles qui écoutaient la beauté de la récitation coranique. C'est alors qu'apparut la nécessité de cet art saint de la calligraphie...».
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