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Mardi 09 Juin 2026
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Aziz Kich, chercheur à l’IRCAM : promouvoir l’écrit amazigh sans porter préjudice à l’oralité

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Vous organisez aujourd’hui un colloque sur la culture et la littérature amazigh. Quel est l’objectif de cette manifestation ?

L’objectif est d’abord de faire connaître plus la culture et la littérature amazighe, de réunir les interventions de différents pays pour discuter et faire le point sur ce qui existe, voir les perspectives pour faire connaître et faire aimer la culture amazighe. Nous sommes dans une phase très importante qui est celle du passage de l’oralité à l’écrit. Il importe donc de poser la question de savoir si ce passage ne posera pas de problème au niveau de la métamorphose qui pourrait toucher cette culture. Il convient aussi de voir si la culture de l’amazigh pourrait un jour cesser d’être orale ou s’il ne convient pas mieux de réfléchir à la fois aux modalités de développer l’oralité et de mieux l’affirmer parallèlement à l’avènement de l’écrit.

Quel sera le message du colloque qui se poursuivra jusqu’au samedi ?

Le message essentiel est d’abord celui de réfléchir sur une question qui intéresse tous les Marocains. Notre ambition est de faire connaître la culture amazigh à travers son aspect littéraire et esthétique de l’écriture et de réfléchir à la promotion de l’écrit sans porter préjudice à l’oralité qui constitue jusqu’à ce jour une assise anthropologique très forte et qui est à l’œuvre dans la réceptivité de la culture amazigh et plus globalement marocaine. Et surtout ne pas brusquer les choses en optant pour un passage trop rapide qui change du tout au tout du jour au lendemain.

Vous parlez de passage à l’écrit, or la culture amazigh est également écrite même si sa diffusion est restée limitée.

Effectivement, le passage à l’écrit ne date pas d’aujourd’hui. Nous avons dans la région du sud des manuscrits qui datent du Moyen-Age, notamment des textes de prêche religieux de l’Islam. Si le bilan des œuvres écrites demeure jusqu’à ce jour relativement faible en quantité, il n’en demeure pas moins qu’il existe des œuvres de qualité et même des chefs d’œuvre.

Le temps vient de commencer pour le passage à l’écrit à grande échelle. J’espère que dans l’avenir nous allons voir émerger des œuvres de qualité en grande quantité.

Le patrimoine amazigh écrit est très peu connu; pour quelle raison à votre avis ?
C’est un patrimoine que l’on vient de découvrir. Les chances de passer à l’écrit ont été données à l’amazigh à des périodes historiques qui ont eu leurs paramètres, critères et obligations. Les écrits amazigh n’ont pas été diffusés comme tous les autres écrits en raison de circonstances historiques précises.

Maintenant, les œuvres qui commencent à être publiées commencent une diffusion plus large et ce sera de plus en plus important, notamment grâce à l’élan donné à la culture amazigh à travers le discours Royal et le Dahir Royal apposé à Ajdir.

En parlant du discours d’Ajdir, il y a eu une manifestation en cette fin de semaine en commémoration à l’événement. Quelle est la symbolique de la rencontre qui a réuni des politiques, des intellectuels, des journalistes et des artistes ?

La commémoration du discours Royal à Ajdir, à l’occasion duquel S.M. le Roi a apposé son sceau Royal sur le Dahir instituant l’Institut Royal de la culture amazigh (IRCAM), a une valeur plus que symbolique.

Nous avons pour la première fois une officialisation de la dimension amazigh de la culture, non pas seulement marocaine, mais de l’Afrique du Nord dans sa globalité. S.M. le Roi a su mettre les choses à leur position réelle, notamment en insistant sur la pluralité de l’être marocain et les différentes sources de travail qui sont à l’œuvre dans la culture marocaine, dont l’aspect amazigh.

L’amazigh rentre aussi à l’école. Les choses sont-elles en place pour réussir ce passage ?

La programmation de l’amazigh à l’école est une expérience historique. On en attend beaucoup. Je considère personnellement que les gens qui ont pris les choses en main sauront mener le bateau à bon port.

Avons-nous les professeurs qualifiés pour mener cette expérience ?

Je connais personnellement un prof très qualifié. Maintenant je ne sais pas si tous les professeurs auront le même niveau. Mais, je fais confiance aux gens de l’Institut Royal de la culture amazigh qui font de l’excellent travail et sauront, s’il y a des lacunes, les combler.
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