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Samedi 05 Septembre 2026
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«La culture et la politique culturelle au Maroc» d’Amina Touzani : recettes d’un bouillon de culture

Dresser un état des lieux de la culture au Maroc est chose difficile. La question est non seulement complexe, mais elle est aussi très sensible ; voire polémique.

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Dans son ouvrage « La culture et la politique culturelle au Maroc », Amina Touzani s’y est pourtant essayée. Avec intelligence et savoir-faire, puisqu’elle a, dès les premières pages, éludé les questions les plus gênantes. Etant donné que « la culture se vit plus facilement qu’elle ne se définit », elle a choisi de ne pas l’aborder de manière frontale. Elle a également pris le parti de ne pas évoquer directement, « les composantes de la culture marocaine tels que l’Islam, la langue arabe, la monarchie » et la langue amazighe dont elle a, tout simplement, occulté l’existence. Son travail s’est ainsi articulé essentiellement autour du « rapport de l’Etat marocain à la culture et l’impact de cette action étatique sur certains secteurs culturels choisis pour la manière dont ils illustrent une politique d’action culturelle ». En l’occurrence, le livre, le théâtre, le cinéma et le patrimoine. Lesquels sont analysés via une évolution qui couvre une période allant de l’aube de l’indépendance jusqu’à l’émergence du gouvernement d’alternance. Premier constat : durant un demi siècle, de 1912 à 1968, le Maroc ne disposait que du seul service des antiquités, des beaux-arts et des monuments historiques dont la mission consistait à gérer « tout ce qui est relatif à l’archéologie et aux arts musulmans et modernes ». C’est, en fait, en juillet 1968 que le vocable « culture » est apparu, pour la première fois, dans l’intitulé d’un département ministériel. Le maroquin en a été confié à feu Mohamed El Fassi. Bicéphale, son ministère devait s’occuper à la fois de l’enseignement dans toutes ses composantes et des affaires culturelles, entendues par le regretté S.M. Hassan II comme des «questions multiples et diverses mais si liées entre elles qu’elles constituent un tout harmonieux ; l’ensemble de ces questions formant ce qu’il est convenu d’appeler la culture, c’est-à-dire l’esprit contemporain et ses créations, la pensée antique et les vestiges qu’elle nous a légués, la sensibilité, la conscience, le goût la connaissance, les habitudes, les traditions et les moyens dont nous disposons pour exprimer nos sentiments et traduire les créations de notre imagination». Cette approche, précise Amina Touzani, a mis l’accent sur une conception large et anthropologique qui doit faire face au biculturalisme hérité du protectorat sans omettre les modes de vie, les coutumes et les croyances populaires. De Mohamed El Fassi à Abdellah Azmani, en passant par Haj M’Hammed Bahnini, Said Belbachir, Mohamed Allal Sinaceur et les autres, les différents titulaires du portefeuille de la culture n’ont pas dérogé à ces directives. Le manque de moyens, de vision et de stratégie ont, néanmoins, posé, dans des termes peu amènes, la question de la démocratisation culturelle dans le Royaume. L’auteur l’a éludée pour éviter, selon ses propres termes, de « s’engager sur un terrain sensible ». Tellement sensible que d’aucuns, faisant table rase de tout ce qui a été fait par ce département, ont estimé inintéressante « la culture du makhzen puisqu’elle est passéiste et qu’elle puise ses références dans les valeurs traditionalistes ».
Véritable création
Pour eux, la véritable création culturelle n’aurait pas eu pour creuset les arcanes officiels. Elle se serait également engagée très tôt sur la voie de la modernité. Ce qui a mis en avant sa fonction critique et son esprit d'indépendance. Le conflit entre les deux pôles ne pouvait donc qu’être inévitable. Il se serait traduit par la confrontation des intellectuels et des artistes avec les autorités qui les ont payées en retour par le mépris et par une rancune tenace. Une telle désaffection de la part de celles-ci pour la culture vivante n'est plus de mise aujourd’hui ; les deux pôles n’étant plus aussi antinomiques que de par le passé. Le laminage opéré dans le champ politique n'a pas laissé indemne le champ culturel. Bien des intellectuels se sont intégrés au système et la nouvelle donne politique mondiale et nationale en a rendu perplexe plus d’un. Résultat, un Maroc qui cherche encore ses repères. Croire que nous avons « réalisé une symbiose culturelle réussie » n’est donc que fiction. Du moins pour Amina Touzani.

Amina Touzani, «La culture et la politique culturelle au Maroc» - Editions La Croisée des Chemins, Casablanca, 2003
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