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Pour sécuriser l’eau potable, l’Etat décentralise la gestion

Le dernier forum mondial de l’eau, réuni il y a quinze jours à Kyoto, a décerné le Prix Hassan II à deux personnalités, un Egyptien et un Brésilien pour leur apport en matière de préservation de cette précieuse denrée. Mais il a permis, surtout, à l

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Les régies,jusqu’ici relevant de l’Etat et de la tutelle publique, pourraient connaître,selon Ali Fassi-Fihri, directeur général de l’ONEP, une réelle décentralisation dans la mesure où, associant le secteur privé, elles donneraient un pouvoir de décision à des entités régionales. L’objectif étant fixé, il convient selon lui de procéder à une réadaptation de l’instrument organique, c’est-à-dire des régies, d’une révision de leurs rapports avec l’Office de tutelle, avec l’Etat et en associant toutes les sources d’optimisation. Il fait état d’un programme ambitieux (qui mobilise quelque 9 milliards de dirhams à l’horizon 2007) destiné à généraliser l’eau potable. «C’est, dit-il, une décision politique très forte prise par S.M. le Roi Mohammed VI». Elle est destinée à moyen terme à couvrir plus de 92% de nos besoins...La décentralisation pourrait être poussée jusqu’à la création de régies propres, associant divers secteurs, dotées de pouvoirs propres, l’essentiel étant d’assurer les besoins en eau.
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Entretien avec le directeur général de l'ONEP, Ali Fassi Fihri


Création de sociétés de gestion régionales de l'eau et de l'électricité



Le Matin : Le forum mondial de l’eau de Kyoto est passé presqu’inaperçu à cause des événements tragiques en Irak. Comment s’est déroulé ce forum auquel vous avez participé ?

Ali Fassi Fihri : Les responsables , les ingénieurs et cadres marocains qui étaient présents ont été extrêmement fiers du grand rayonnement du Grand Prix Hassan II, et très émus aussi. A l’ouverture du forum, présidé par le Prince Héritier japonais en présence du gouvernement nippon, de personnalités du monde entier et de SAR le Prince Moulay Rachid, le Grand Prix Hassan II a été décerné.
La cérémonie a été empreinte d’émotion, car ce Prix est le seul qui couronne l’activité dans le secteur de l’eau. Il a été décerné à deux lauréats ex-equo, du Brésil et de l’Egypte. Le lauréat égyptien est responsable du secteur de l’eau, il a été la cheville ouvrière du grand projet d’irrigation à partir d’Assouan. Le lauréat brésilien a, quant à lui, lancé le grand programme d’irrigation et d’alimentation en eau potable au Brésil. Je suis persuadé qu’à l’occasion du prochain forum prévu dans trois ans , il y aura beaucoup plus de candidats .
Les interventions de SAR le Prince Moulay Rachid et celle de Mohamed El Yazghi ont été très bien perçues. Elles ont retracé la politique de l’eau du Maroc, en constante évolution depuis les années cinquante avec l’édification des grands barrages et la mise en œuvre par l’Etat marocain de programmes ambitieux menés par l’administration marocaine de l’hydraulique, par l’ONEP et les ORMVA, et aujourd’hui le programme d’ajustement structurel du secteur de l’eau que nous menons en partenariat avec l’Union européenne.

Quelle était la thématique générale qui dominait tous les ateliers organisés au forum de Kyoto ?

La rareté, voire la pénurie de l’eau dans différents endroits de la planète.

Au travers des débats, il y a eu des prises de position radicalement différentes.Sur quoi ont porté les divergences ?

On attendait du rapport commandé à Michel Camdessus, le soutien à l’idée de création d’un Fond mondial pour l’eau. Cela n’a pas été le cas, ce qui a créé un sentiment de déception auprès des ONG.

Pourquoi cela n’a-t-il pas été possible ?

Selon l’auteur du rapport, les besoins sont tellement énormes pour atteindre les objectifs du Millenium qui se propose de réduire de moitié le nombre des personnes n’ayant pas accès à l’eau qu’il faut donc libéraliser et privilégier le privé. La déclaration ministérielle a elle aussi requis cette idée, alors que la plupart des ONG auraient préféré que les grands bailleurs de fonds, de la planète concentrent leurs moyens pour aider la réalisation des programmes, notamment en Afrique où cela devient de plus en plus urgent.
Le forum a été très riche en débats et en suggestions. La délégation marocaine a animé un débat très ouvert sur la nouvelle stratégie de l’eau qui a suscité beaucoup d’intérêt.Mohand Laenser a participé au conseil des ministres de l’Agriculture.Notre expérience et les réformes en cours ont interpellé les gens et suscité beaucoup d’intérêt .Les grands opérateurs mondiaux y étaient présents et l’intervention du Président Jacques Chirac a apporté un soutien clair aux efforts des Nations Unies dans le domaine de l’eau.

Finalement, la proposition de Michel Camdessus aura prévalu ?

Oui, sans pour autant apporter des solutions pratiques. Il existe beaucoup d’endroits dans le monde où il n’y a pas de rentabilité possible pour les opérateurs, où l’on voit mal le privé prendre en charge des investissements qui coûtent cher .La question sous-jacente à tous ces débats est celle-ci : faut-il considérer l’eau comme n’importe quelle marchandise alors qu’elle est un élément, une source de vie ?


Le raisonnement peut-il s’appliquer à l’échelle nationale ? Vous avez parlé de zone de distribution régionale de l’eau …C’est quoi au juste ?

Nous avons une expérience de la gestion déléguée de la distribution dans les grandes villes Casablanca, Rabat, Tanger et Tétouan…Nous suivons avec beaucoup d’inquiétude la multiplication de cette expérience dans d’autres villes.La consommation est d’abord sociale. A Safi et à El Jadida, mais aussi à Marrakech il est difficile d’intéresser le privé tout seul à de telles opérations. L’idée est de dire : nous avons de grands programmes de développement au niveau du monde rural, au niveau de l’assainissement liquide et nous sommes globalement déficitaires dans la petite distribution rurale.
Nous pourrions constituer des sociétés de gestion régionales, adaptées et susceptibles d’obtenir une péréquation entre différents services. Les efforts de l’Etat seront optimisés par la mise en commun de tous nos actifs et des outils industriels . L’ensemble serait géré par des professionnels provenant du service public et du privé . On pourrait créer ainsi des grandes sociétés de distribution régionales…

Au-delà de la simple idée, le projet a-t-il avancé ?

Nous sommes en discussion avec notre ministère de tutelle et avec le ministère de l’Intérieur pour apprécier la faisabilité pratique, zone par zone. Le débat est bien accepté mais il y a des difficultés de mise en œuvre. Il faut une bonne coordination , une bonne acceptabilité par les élus mais aussi un travail juridique de fond. Dans un premier temps , on pourrait mettre cela en pratique dans une ou deux régions avant de généraliser.
Une meilleure optimisation
de la dépense publique
Pour le moment, nous sommes en phase d’évaluation, la Primature, le ministère de l’Intérieur, le ministère de l’aménagement du territoire sont en train d’étudier avec les opérateurs la faisabilité de l’opération. Les sociétés régionales publiques seront porteuses des services publics de l’eau, de l’électricité et de l’assainissement.
Imaginez la création dans la région de l’Oriental où Sa Majesté le Roi vient d’effectuer tout récemment une importante visite, une société régionale régie couvrant Oujda, Nador , Berkane et Saïdia, où tous les actifs de l’ONEP et de la RADEO seront mis en commun !

On assiste au même type de regroupement au ministère de l’habitat et dans d’autres départements. Regrouper, mettre en commun n’est-ce pas le credo pour gérer l’efficacité de la dépense publique ?

Oui , tout à fait, c’est une meilleure optimisation de la dépense publique.Les bonnes relations qui existent entre la Régie d’Oujda et l’ONEP font que l’on a travaillé ensemble. Nous investissons pour renforcer et soutenir l’alimentation de la ville et nous avons conditionné cela par les efforts que doit faire la régie pour optimiser ses propres rendements.
On s’est engagé ensemble pour que la distribution de l’eau se fasse dans les meilleurs conditions de qualité et de rendement.Les investissements seront plus sereins et mieux répartis avec, pour objectif final, la sécurisation de l’eau. Grâce à ces projet, on repousse les échéances difficiles de 2020. Il reste cependant beaucoup de problèmes à régler en matière d’assainissement…

La capitale de l’Oriental, on l’a vu à travers les projets inaugurés par Sa Majesté le Roi, connaît dans le domaine de l’assainissement beaucoup de problèmes ?

La ville d’Oujda est une ville éclatée, à très grande dimension en termes de surface. Cela donne des réseaux très vastes avec beaucoup de gaspillage, de fuite, de pollution dans la nappe sanitaire. Le développement attendu dans cette zone appelle à la mobilisation de tous nos moyens. La création d’une société régionale publique, pilotée par des techniciens et des ingénieurs , apporterait à la région des solutions.

A Kyoto vous avez présenté les grandes lignes de votre programme stratégique étalé jusqu’en 2007.

Oui, nous devons continuer à renforcer tout ce que notre pays a réalisé en matière de barrages, de distribution et de traitement de l’eau. En matière d’investissement l’Office a soutenu tous les efforts. Nous avons trois grands axes d’intervention qui sont très capitalistiques, le premier c’est la pérennisation et la sécurisation de l’existant. L’Etat a réalisé de grands investissements, il faut les maintenir au sens technique du terme, en améliorer l’efficacité. Il faut faire en sorte que Casablanca, Agadir, Marrakech et Oujda aient toujours de l’eau. Notre période d’investissement correspond à la législature actuelle 2003-2007. Le budget consacré à cette partie sera de 9 milliards de DH. Le deuxième axe est celui de la généralisation de l’eau potable. C’est une décision politique très forte du Conseil supérieur de l’eau prise à Agadir, présidé par S.M. le Roi Mohammed VI, et de la déclaration gouvernementale du Premier ministre.
Nous nous sommes engagés à atteindre un taux de 92 % de généralisation de l’eau potable en fin 2007. Pourquoi 92 % et pas 100 % ? Parce qu’il existe des endroits très reculés, inaccessibles mais l’ensemble des localités seront alimentées. Nous sommes tous mobilisés et nous travaillons fortement là-dessus. 6 milliards et demi de DH seront consacrés à ce volet. Notre troisième axe, c’est l’assainissement liquide dans les zones où nous distribuons l’eau. Nous avons démarré avec un programme de 20 centres urbains que nous sommes en train de réaliser : nous avons finalisé nos programmes pour 60 autres communes qui seront équipées avec un investissement de l’ordre de 4,5 milliards de Dh. Pour un programme de 5 ans, nous sommes à 19,5 milliards de DH, ce sont des flux très importants d’argent. C’est aussi une mobilisation très forte de l’ONEP.

Les relations avec les régies se sont-elles améliorées ?

Oui tout à fait. Nous considérons les régies comme des distributeurs , donc comme nos clients et leur bonne santé optimise notre système. Malheureusement, nous avons quelques cas d’endroits où des décisions fortes doivent être prises . Je cite par exemple le cas de Beni Mellal où la régie, de notre point de vue à nous, n’a pas lieu d’exister. Elle n’a pas les moyens de répondre à la demande, elle est plombée financièrement. Or, nous devons réaliser des investissements en amont qui sont très importants pour maintenir quelque chose en vie, alors que tout le Maroc central est en attente.
Le retard sur l’investissement et l’assainissement nécessite de revoir le mode de distribution dans la ville ; soit par la création d’une société régionale soit tout seulement par la disparition de la régie municipale. On a un certain nombre d’endroits qui sont à proximité mais qui ne peuvent se développer parce que l’opérateur local n’a ni les moyens humains, ni les moyens techniques. Il y a d’autres exemples, qui nous freinent par rapport à nos programmes de réalisation rurale. L’ONEP a besoin de points d’appuis . Force est de constater que la zone d’intervention de chacun n’est pas bien tracée. Il faut imaginer d’autres solutions.

D’autant que les régies de distribution n’ont pas toujours été auditées...

La première remarque que je fais c’est que c’est leur département de tutelle qui freinait les demandes d’augmentation tarifaire. Les régies achètent parfois l’eau plus cher que le prix de distribution. A cause d’une vision sécuritaire, on a tué l’avenir de la distribution . Cet état d’esprit a changé, les régies sont mieux protégées. Elles ne servent plus à faire d’autres opérations que celles qu’elles doivent faire. Maintenant il faut sauter le pas, car nous sommes tous des outils de l’Etat et donc tous au service du citoyen. Il nous faut donc chercher une optimisation de notre rendement et de notre efficacité.
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