«On peut rire des Corses. Mais faut pas le faire» : c'est peut-être une des meilleures répliques du film. Elle figure pourtant au générique de fin, où une mise en scène de micro-trottoir diffuse quelques piquants témoignages en guise de making off. Question : comment les Corses ont-ils reçu L'enquête corse, le long métrage que Alain Berbérian a tiré de la bande dessinée éponyme de Pétillon, dessinateur satirique bien connu du Canard enchaîné ? Bien, manifestement. Pour commencer, l'album de Pétillon est la plus grosse vente BD dans l'île après Astérix en Corse.
Ensuite, la sortie du film a été préparée comme un « coup » commercial : deux semaines avant la sortie nationale, dix copies circulaient déjà en Corse. Et la populace entière a couru aux avant-premières organisées dès le mois de septembre. Un succès aussi fort que celui de Titanic paraît-il. Signe que les Corses, en dépit de la susceptibilité qui fait leur réputation, apprécient la magagne, la moquerie. Il faut dire que Berberian, à l'instar de Pétillon d'ailleurs, n'est pas bien méchant. De peur, peut-être, de prendre une bombe sur la tête, il aligne des gags qui sont tout sauf explosifs. Rit-on de, ou rit-on avec dans ce film ? On ne rit pas vraiment en fait, mais on sourit beaucoup, de ce rictus entendu fleurissant près des comptoirs.
La cible numéro un, c'est Christian Clavier alias Rémi François alias Jack Palmer. Un détective continental très « Neuilly sur Seine » qui a troqué l'imper et le chapeau mou qu'il portait dans la bande dessinée contre un costume en lin et des baskets rouges. Lui, il est plutôt voile en Bretagne et lapins de garenne. Les cochons corses lui sont parfaitement étrangers. Autant dire qu'il se fait accueillir comme un parfait guignol sur l'île de beauté. D'autant qu'il clame partout qu'il cherche Ange Leoni (Jean Reno), un indépendantiste considéré comme un traître à la cause. En moins de temps qu'il ne faut à une châtaigne pour tomber d'un tabouret, le privé se retrouve pris dans un nœud de vipères, entre guerre des gangs et guerre des polices. Cagoules sur la tête ou armes à la main, tout le monde s'affronte gentiment en se criant des noms d'oiseaux mais sans vraiment blesser personne. L'enquête est super light, juste là pour expliquer qu'en Corse, tout est question de fierté, d'honneur, d'argent, de pouvoir, de respect, de famille… enfin que tout est très compliqué.
Sans bobos
Jack Palmer, c'est l'appât de la police et le catalyseur des bandes armées. Contre toute attente, c'est lui qui s'en sort le moins idiot : jouet de tous, il ne se prive pas pour autant de leur «claquer le beignet» (rabattre le caquet). Christian Clavier fait du Christian Clavier, mais en moins exaspérant que dans les derniers Visiteurs et consort. Entre Colombo et James Bond, sans jamais oser vraiment l'un ou l'autre, il fait surtout physiquement penser à son ami Nicolas Sarkozy. Son personnage est, en tout cas, pourvu d'un QI légèrement supérieur à celui dont Pétillon l'avait affublé.
Alain Berberian égratigne tout le monde sans esquinter personne. Ménageant la chèvre et le sanglier, il se gausse des gendarmes qui n'osent pas intervenir ou des RG qui débarquent en hélico après la bataille, comme des terroristes qui font des mèches avec des Tampax, des continentaux qui vendraient leur âme pour protéger leur belle maison, des responsables politiques qui négocient à coups de verres de myrte et des habitants lambda qui hésitent à s'habituer.
La satyre de Pétillon a été lissée en boutades mais quelques tirades sont restées : « Je suis chez moi, je vais où je veux », répond un bandit corse quand on lui demande ce qu'il fait dans un arbre après une explosion. « Je suis chez moi, je connais tous les chemins », rétorque Ange Leoni-Jean Reno après avoir disparu mystérieusement du coffre d'une voiture.
« ça c'est la coopérative, 10 kilos » affirme, sur un banc, un des pépés corses occupés à reconnaître, à l'oreille, la charge des explosifs qui sautent autour. Excepté, bien sûr, pendant l'heure de la sieste. Le tout « avé l'assent », car les seconds rôles sont corses pour la plupart.
Pour le reste, quel voyagiste ce Berberian, il n'oublie rien de la Corse et de ses sempiternelles traditions. De son fromage qui goûte meilleur qu'il ne sent à son saucisson de cochon sauvage, de ses restaurants chics à son dédale de maquis, de ses bergeries à ses petits villages, de ses montagnes à ses criques… « Vise un peu la nature », lance Leoni au détective, comme si elle pouvait tout calmer.
Il en a même rajouté le réalisateur. Pensant sûrement qu'il fallait une belle fille au cinéma, il a inventé le personnage de Léa (Caterina Murino), pin-up locale complètement absente de la bande dessinée, pour faire du gringue corsé à Jack Palmer. C'est une des plus grandes entorses à l'album auquel Berberian est resté plutôt fidèle. En ce qui concerne le texte du moins, car rien, et c'est peut-être là le plus dommage, ne rappelle ni l'esthétique, ni le rythme d'une bande dessinée. Reste une farce qui, à défaut de réconcilier tout le monde, ne devrait fâcher personne.
L'enquête corse, film français de Alain Berberian avec Christian Clavier, Jean Reno, Caterina Murino. Date de sortie en France : 6 octobre 2004. Durée : 1h32.
Ensuite, la sortie du film a été préparée comme un « coup » commercial : deux semaines avant la sortie nationale, dix copies circulaient déjà en Corse. Et la populace entière a couru aux avant-premières organisées dès le mois de septembre. Un succès aussi fort que celui de Titanic paraît-il. Signe que les Corses, en dépit de la susceptibilité qui fait leur réputation, apprécient la magagne, la moquerie. Il faut dire que Berberian, à l'instar de Pétillon d'ailleurs, n'est pas bien méchant. De peur, peut-être, de prendre une bombe sur la tête, il aligne des gags qui sont tout sauf explosifs. Rit-on de, ou rit-on avec dans ce film ? On ne rit pas vraiment en fait, mais on sourit beaucoup, de ce rictus entendu fleurissant près des comptoirs.
La cible numéro un, c'est Christian Clavier alias Rémi François alias Jack Palmer. Un détective continental très « Neuilly sur Seine » qui a troqué l'imper et le chapeau mou qu'il portait dans la bande dessinée contre un costume en lin et des baskets rouges. Lui, il est plutôt voile en Bretagne et lapins de garenne. Les cochons corses lui sont parfaitement étrangers. Autant dire qu'il se fait accueillir comme un parfait guignol sur l'île de beauté. D'autant qu'il clame partout qu'il cherche Ange Leoni (Jean Reno), un indépendantiste considéré comme un traître à la cause. En moins de temps qu'il ne faut à une châtaigne pour tomber d'un tabouret, le privé se retrouve pris dans un nœud de vipères, entre guerre des gangs et guerre des polices. Cagoules sur la tête ou armes à la main, tout le monde s'affronte gentiment en se criant des noms d'oiseaux mais sans vraiment blesser personne. L'enquête est super light, juste là pour expliquer qu'en Corse, tout est question de fierté, d'honneur, d'argent, de pouvoir, de respect, de famille… enfin que tout est très compliqué.
Sans bobos
Jack Palmer, c'est l'appât de la police et le catalyseur des bandes armées. Contre toute attente, c'est lui qui s'en sort le moins idiot : jouet de tous, il ne se prive pas pour autant de leur «claquer le beignet» (rabattre le caquet). Christian Clavier fait du Christian Clavier, mais en moins exaspérant que dans les derniers Visiteurs et consort. Entre Colombo et James Bond, sans jamais oser vraiment l'un ou l'autre, il fait surtout physiquement penser à son ami Nicolas Sarkozy. Son personnage est, en tout cas, pourvu d'un QI légèrement supérieur à celui dont Pétillon l'avait affublé.
Alain Berberian égratigne tout le monde sans esquinter personne. Ménageant la chèvre et le sanglier, il se gausse des gendarmes qui n'osent pas intervenir ou des RG qui débarquent en hélico après la bataille, comme des terroristes qui font des mèches avec des Tampax, des continentaux qui vendraient leur âme pour protéger leur belle maison, des responsables politiques qui négocient à coups de verres de myrte et des habitants lambda qui hésitent à s'habituer.
La satyre de Pétillon a été lissée en boutades mais quelques tirades sont restées : « Je suis chez moi, je vais où je veux », répond un bandit corse quand on lui demande ce qu'il fait dans un arbre après une explosion. « Je suis chez moi, je connais tous les chemins », rétorque Ange Leoni-Jean Reno après avoir disparu mystérieusement du coffre d'une voiture.
« ça c'est la coopérative, 10 kilos » affirme, sur un banc, un des pépés corses occupés à reconnaître, à l'oreille, la charge des explosifs qui sautent autour. Excepté, bien sûr, pendant l'heure de la sieste. Le tout « avé l'assent », car les seconds rôles sont corses pour la plupart.
Pour le reste, quel voyagiste ce Berberian, il n'oublie rien de la Corse et de ses sempiternelles traditions. De son fromage qui goûte meilleur qu'il ne sent à son saucisson de cochon sauvage, de ses restaurants chics à son dédale de maquis, de ses bergeries à ses petits villages, de ses montagnes à ses criques… « Vise un peu la nature », lance Leoni au détective, comme si elle pouvait tout calmer.
Il en a même rajouté le réalisateur. Pensant sûrement qu'il fallait une belle fille au cinéma, il a inventé le personnage de Léa (Caterina Murino), pin-up locale complètement absente de la bande dessinée, pour faire du gringue corsé à Jack Palmer. C'est une des plus grandes entorses à l'album auquel Berberian est resté plutôt fidèle. En ce qui concerne le texte du moins, car rien, et c'est peut-être là le plus dommage, ne rappelle ni l'esthétique, ni le rythme d'une bande dessinée. Reste une farce qui, à défaut de réconcilier tout le monde, ne devrait fâcher personne.
L'enquête corse, film français de Alain Berberian avec Christian Clavier, Jean Reno, Caterina Murino. Date de sortie en France : 6 octobre 2004. Durée : 1h32.
