Le recensement «coûtera quelque 600 millions de DH», nous confie Ahmed Lahlimi. Sur certaines actions spécifiques et certaines opérations innovantes en termes technologiques, la contribution de pays étrangers ou organismes internationaux est envisageable, mais à ce jour, aucun accord n'a été formalisée, selon lui.
L'administration est mobilisée et une campagne de communication est en cours de préparation. Elle devrait démarrer au mois de mars pour se poursuivre jusqu'à fin septembre dans le but de sensibiliser la population et l'inciter à coopérer. «Le Maroc a toujours inscrit sa politique dans le cadre d'une vision.
Ceci dit, l'action se basait sur des informations qui datent de quelques années… Aujourd'hui, il convient d'actualiser les données de base. C'est l'un des objectifs du recensement qui aura lieu en septembre 2004. C'est un échantillon maître qui va nous permettre de connaître rapidement la réalité des problèmes que connaît le pays».
Ahmed Lahlimi estime que l'orientation est valable pour son département. «Il faut d'abord adapter nos méthodes de planification. Il n'y a plus à élaborer des plans directifs qui s'intéressent aux différents projets à réaliser avec la définition de leurs coûts. La planification aujourd'hui doit privilégier la prospective… La démarche globale du plan ne s'intéresse plus à la croissance en elle-même, mais de faire coïncider les objectifs de la croissance avec le développement humain», souligne-t-il.
Le recensement national est présenté comme une entreprise essentielle dans le contexte actuel, quels sont les moyens mis en place pour sa réalisation ?
En termes de moyens financiers, comme dans tous les pays du monde, l'opération nécessite un budget très lourd. Il faut préciser que 70% de ce budget ira à la rémunération du personnel affecté à l'opération. C'est une rémunération en fonction des journées de travail et du nombre de foyers recensés. Nous allons, toutefois, avoir un certain gain sur le coût au niveau de l'exploitation des résultats. Car, cette fois, nous allons recourir à des méthodes qui nous permettront de gagner en qualité, en fiabilité et en temps.
En estimation chiffrée, quel est le budget affecté à l'opération ?
Je ne pourrais pas le dire de manière précise, car il y a eu déjà certains investissements faits durant la période de préparation dont il faut tenir compte. J'espère, par ailleurs, que nous pourrons réduire le coût estimé au départ par le biais d'un certain nombre de mesures que nous sommes en train de prendre. Globalement, c'est un recensement qui coûtera quelque 600 millions de DH. Sur certaines actions spécifiques et certaines opérations innovantes en termes technologiques, je crois que nous pourrons compter sur la contribution de certains pays ou organismes internationaux.
Est-ce qu'il y a des propositions déjà formulées à ce propos d'organismes ou de pays étrangers ?
Nous n'avons encore formalisé aucun appui, quel qu'il soit. Sur le plan technique, il n'y a aucun problème. C'est au niveau du transfert de certaines technologies que nous sommes en train de discuter. Des technologies qui existent aussi au Maroc. Nous avons pris contact avec l'ensemble des sources de fourniture de cette technologie quelles soient nationales ou internationales. L'aide pourrait aussi être bénévole à un moment ou un autre. Globalement, les capacités dont nous disposons, au niveau même du Haut commissariat au Plan sont d'un niveau international. Elles ont même une réputation forte et une reconnaissance à l'extérieur du pays.
Les recensements au Maroc n'ont pas toujours eu bonne presse. Comment comptez-vous procéder pour mobiliser la population et la convaincre de collaborer à l'opération?
Peut être que les derniers recensements avaient été perçus avec un certain scepticisme. Lorsqu'on sort dans la rue et qu'on voit la masse humaine qui y circule, on a en effet tendance à croire que l'on est plus nombreux que ce qui est annoncé dans les recensements. En fait, ce n'est pas vrai. Les recensements ont été faits de manière correcte au Maroc. Combien même il y aurait une marge d'erreur, elle serait de l'ordre de 1 à 2 % et touchera peut-être 100 à 200.000 personnes, mais pas plus. Il n'y a donc pas de fondement réel au scepticisme.
Je peux assurer c'est que cette marge d'erreur sera davantage réduite avec la cartographie que nous sommes en train de réaliser pour le déroulement du recensement national. Nous avons divisé le Maroc en 36.000 districts. Chacun de ces districts est cartographié. On en connaît exactement les limites et celles des habitations qui le composent. Les recenseurs vont faire la reconnaissance sur le terrain avant de procéder au recensement. Quand le travail est fait, il y a un contrôle qui suit pour vérifier que personne n'a échappé au recensement. Nous avons, par ailleurs, divisé les districts en deux catégories : urbains et ruraux.
Dans la deuxième catégorie en tient compte des sédentaires et des nomades. Nous faisons également le recensement de toutes les populations à part (les militaires, les gendarmes, les forces auxiliaires, ceux qui vivent en pensionnat, les étrangers résidents au Maroc…). Nous avons pour chacune de ces catégories de population une fiche spéciale. Je suis convaincue que le travail de préparation et l'opération de recensement et de contrôle aboutira à des résultats très fiables.
Concernant la mobilisation de la population, je souligne qu'il y a eu la lettre Royale qui donne une impulsion forte à l'action globale. L'invitation faite par S.M. et l'explicitation des objectifs du recensement constituent une garantie et apportent une crédibilité à l'opération. Enfin, avec la mobilisation de l'administration et une campagne de communication qui est en cours de préparation devant démarrer au mois de mars jusqu'à fin septembre, nous arriverons à sensibiliser la population. Les collectivités locales auront un grand rôle à jouer à ce niveau pour permettre aux citoyens de comprendre la portée et l'aspect vertueux de cette opération.
Les gens sont généralement réticents à livrer des informations très personnelles. Alors, quels sont les objectifs réels de ce recensement ? Pourquoi aujourd'hui ?
Il faut d'abord expliquer que c'est une opération menée sous l'égide du haut commissariat au Plan, qui a été érigé par S.M. le Roi avec l'objectif, justement, d'avoir un organisme complètement indépendant de toute influence. Le recensement sera fait sur la base des foyers. Les noms prénoms sont donnés dans le but unique de pouvoir vérifier que le recensement était général. Dans la phase d'exploitation, chaque foyer porte une simple référence. Il y aura simplement une quantité d'informations qui viendront s'agréger pour pouvoir aboutir à une radioscopie de la réalité nationale à un moment donnée.
La première information que l'on recherchera est relative à la démographie. Cela devrait répondre à un certain nombre de questions du genre : combien sommes-nous ? On s'intéressera également à la structure démographique de la population sur le plan de la natalité, la mortalité, la nuptialité…En sommes, toutes les informations permettant de faire des politiques de population. Le deuxième aspect concerne les caractéristiques socio-économiques de la population.
On recherche enfin tous les indices de développement sur le plan de la santé, de l'éducation, de l'habitat…Cette série d'information devrait permettre, non seulement à l'Etat mais aussi aux privés de savoir où nous en sommes, pour définir des objectifs et les moyens de les atteindre. Le citoyen lui-même bénéficiera de ces résultats puisqu'il pourra choisir, en fonction des données qui seront disponibles l'orientation à adopter pour sa vie et celle de ses enfants. Par delà tous ces objectifs, il y a celui de savoir comment ériger le projet de société pensé pour le Maroc par S.M. le Roi sur des réalités concrètes.
Cela voudrait-il dire qu'aujourd'hui il y a une volonté de travailler au Maroc sur la base de prévisions et de stratégies d'actions à long terme ?
Le Maroc a toujours inscrit sa politique dans le cadre d'une vision. Ceci dit, l'action se basait sur des données qui remontent à des années. Le dernier recensement fait au Maroc date d'une dizaine d'années et les enquêtes faits durant cette période étaient circonscrits dans des domaines précis et conjoncturels. Aujourd'hui, il convient d'actualiser les données de base. C'est l'un des objectifs du recensement qui aura lieu en septembre 2004. C'est un échantillon maître qui va nous permettre de cerner rapidement la réalité des problèmes que connaît le pays.
C'est une approche qui nous inscrit d'emblée dans le millénaire. Il faut remarquer qu'il s'agit du premier recensement après l'avènement de S.M. Mohammed VI, le premier avant l'établissement de la zone de libre échange, le premier du millénaire et c'est le premier aussi d'un nouveau projet de société que S.M. le Roi a défini comme une société de démocratie, de droits de l'homme, de modernité, d'ouverture et de responsabilité. Une société où l'homme est au cœur de la planification. La sensibilité sociale du Souverain est très prononcée.
Sa vision également d'une société de l'ouverture et de la compétition. Le recensement va donner une base solide, sérieuse et crédible qui permettra de planifier en connaissance des réalités du pays afin d'ériger cette société.
La création du Haut commissariat répond-elle à cet objectif ? Quelles sont les missions assignées à cet organisme ?
Le haut commissariat a pour mission précisément de s'inscrire dans cette orientation. Pour cela, il faut d'abord modifier nos méthodes de planification. Il n'y a plus à élaborer des plans directifs qui s'intéressent aux différents projets à réaliser avec la définition de leurs coûts. La planification aujourd'hui doit privilégier la prospective. Que sera le Maroc au-delà de dix à quinze ans ? Quel sera le monde autour ? Que seront les pays avec lesquels nous entretiendront des relations économiques et sociales ? …C'est le genre de questions qu'il faudra se poser. Cela revient à privilégier la démarche stratégique. Un plan plus flexible, qui trace des objectifs à caractère macro-économique ou de grands secteurs moteurs et sur le plan du développement humain. La démarche globale du plan ne s'intéresse plus à la croissance en elle-même, mais de faire coïncider les objectifs de la croissance avec le développement humain. Le développement humain devient non seulement une résultante de la croissance mais un facteur également de cette croissance.
Cela voudrait-il dire que la notion des plans quinquennaux sera enterrée ?
Non. Les grandes orientations seront toujours décidées par le Souverain. Mais, le plan en lui-même privilégiera la démarche stratégique sur la base d'ailleurs de ces orientations. Une autre caractéristique de cette planification est qu'elle sera aussi d'évaluation.
Cela veut dire que la planification est souple, mais régulièrement il y aura une évaluation de la politique générale du pays. Cela consiste à savoir si le cap de la réalisation des objectifs stratégiques est maintenu ou s'il faut y apporter des ajustements. C'est une planification, enfin, qui tient compte de l'orientation du pays vers plus de participation et une régionalisation. Il y a une planification stratégique en termes d'objectifs nationaux, mais il y a aussi ses articulations avec des objectifs locaux et régionaux.
L'organe de planification doit être aussi un animateur des débats nationaux sur les problèmes de fonds, comme le développement humain, l'évolution technologique, les investissements…Le but est que ces problèmes ne restent plus l'apanage de quelques techniciens de l'administration, mais alimentent la pensée et la formation de l'opinion publique.
Regarder ce qui se passe aujourd'hui lors des élections, les partis égrènent une série de vœux qu'ils offrent comme leurs programmes. Le risque est grand pour eux de perdre leur crédibilité. Si on met à la disposition des citoyens, des partis, des intellectuels, de l'administration les objectifs du plan et les déterminants de ces objectifs, tout le monde s'inscrira à coup sûr dans une perspective de planification qui aura été définie par le pays.
De fait, le débat changera de nature. Pour donner un autre exemple, je vous invite à regarder les dialogues sociaux. C'est une chose merveilleuse qu'un pays puisse inviter tous les partenaires économiques et sociaux pour trouver un consensus sur des questions importantes. Mais, si nous n'avons pas un plan qui définisse les grandes orientations et l'itinéraire des réformes, d'investissement, de mobilisation et de participation de tous, le dialogue social a des risques de se transformer en revendications catégorielles qu'il n'est pas facile de satisfaire.
La satisfaction de certaines revendications en suscitent d'autres et ampute le pays de sa capacité de réaliser des objectifs plus importants. Le dialogue social, à la lumière d'un nouveau plan, pourra se faire non pas sur des revendications immédiates, mais sur la bse d'une réflexion au meilleur moyen de partage des plues values entre les différents partenaires du développement.
Ces deux exemples nous montrent le rôle que doit avoir le plan dans une société, celui d'être un instrument au service des grandes orientations de développement. Un instrument qui donne de manière objective et indépendante de toute influence le niveau de réalisation des projets mis en œuvre pour servir les objectifs nationaux.
On est souvent surpris de voir circuler des chiffres et des statistiques contradictoires. Comment expliquer cette situation ?
Il faut de fermer la porte à cette espèce d'anarchie qui caractérise les données statistiques. Au niveau officiel il y a des sources différentes mais spécialisées. La direction de la statistique se consacre aux enquêtes et résultats statistiques. La comptabilité nationale a pour rôle de fournir la comptabilité nationale et les éléments permettant de suivre les différents agrégats.
La direction de la prévision a pour mission de suivre et d'anticiper les évolutions économiques sur la base des données fournies par la comptabilité nationale. L'Institut national de conjoncture est chargé, pour sa part, de suivre la conjoncture. Enfin, le centre de recherches et d'études démographiques suit tout ce qui concerne la population. Ces organismes sont tout à fait indépendants et fournissent les éléments sur les réalités socio-économiques du pays de manière scientifique.
Ce qui se passe, c'est que d'autres départements ministériels se lancent dans la publication d'indices économiques, sociaux ou de développement humain en recourant simplement à des données fournies à un moment ou un autre par les organismes cités et les présentent souvent selon des méthodes contestables. Ces informations sont généralement repris par la presse. Confrontés aux chiffres actualisés, sortis au même moment par les organismes officiels, ces données paraissent contradictoires. La confusion s'installe alors.
Comment dépasser cette situation ?
On ne peut pas empêcher le pluralisme de l'information. Que des organismes privés sortent des indices et des chiffres sur la situation économique ou sociale ne pose pas problème.
Ces données seront prises pour ce qu'elles sont. Mais, il faut simplement souligner que le département du plan est celui qui théoriquement constitue la référence en ce qui concerne les données officielles pour les dirigeants, les opérateurs économiques et l'opinion publique.
L'administration est mobilisée et une campagne de communication est en cours de préparation. Elle devrait démarrer au mois de mars pour se poursuivre jusqu'à fin septembre dans le but de sensibiliser la population et l'inciter à coopérer. «Le Maroc a toujours inscrit sa politique dans le cadre d'une vision.
Ceci dit, l'action se basait sur des informations qui datent de quelques années… Aujourd'hui, il convient d'actualiser les données de base. C'est l'un des objectifs du recensement qui aura lieu en septembre 2004. C'est un échantillon maître qui va nous permettre de connaître rapidement la réalité des problèmes que connaît le pays».
Ahmed Lahlimi estime que l'orientation est valable pour son département. «Il faut d'abord adapter nos méthodes de planification. Il n'y a plus à élaborer des plans directifs qui s'intéressent aux différents projets à réaliser avec la définition de leurs coûts. La planification aujourd'hui doit privilégier la prospective… La démarche globale du plan ne s'intéresse plus à la croissance en elle-même, mais de faire coïncider les objectifs de la croissance avec le développement humain», souligne-t-il.
Le recensement national est présenté comme une entreprise essentielle dans le contexte actuel, quels sont les moyens mis en place pour sa réalisation ?
En termes de moyens financiers, comme dans tous les pays du monde, l'opération nécessite un budget très lourd. Il faut préciser que 70% de ce budget ira à la rémunération du personnel affecté à l'opération. C'est une rémunération en fonction des journées de travail et du nombre de foyers recensés. Nous allons, toutefois, avoir un certain gain sur le coût au niveau de l'exploitation des résultats. Car, cette fois, nous allons recourir à des méthodes qui nous permettront de gagner en qualité, en fiabilité et en temps.
En estimation chiffrée, quel est le budget affecté à l'opération ?
Je ne pourrais pas le dire de manière précise, car il y a eu déjà certains investissements faits durant la période de préparation dont il faut tenir compte. J'espère, par ailleurs, que nous pourrons réduire le coût estimé au départ par le biais d'un certain nombre de mesures que nous sommes en train de prendre. Globalement, c'est un recensement qui coûtera quelque 600 millions de DH. Sur certaines actions spécifiques et certaines opérations innovantes en termes technologiques, je crois que nous pourrons compter sur la contribution de certains pays ou organismes internationaux.
Est-ce qu'il y a des propositions déjà formulées à ce propos d'organismes ou de pays étrangers ?
Nous n'avons encore formalisé aucun appui, quel qu'il soit. Sur le plan technique, il n'y a aucun problème. C'est au niveau du transfert de certaines technologies que nous sommes en train de discuter. Des technologies qui existent aussi au Maroc. Nous avons pris contact avec l'ensemble des sources de fourniture de cette technologie quelles soient nationales ou internationales. L'aide pourrait aussi être bénévole à un moment ou un autre. Globalement, les capacités dont nous disposons, au niveau même du Haut commissariat au Plan sont d'un niveau international. Elles ont même une réputation forte et une reconnaissance à l'extérieur du pays.
Les recensements au Maroc n'ont pas toujours eu bonne presse. Comment comptez-vous procéder pour mobiliser la population et la convaincre de collaborer à l'opération?
Peut être que les derniers recensements avaient été perçus avec un certain scepticisme. Lorsqu'on sort dans la rue et qu'on voit la masse humaine qui y circule, on a en effet tendance à croire que l'on est plus nombreux que ce qui est annoncé dans les recensements. En fait, ce n'est pas vrai. Les recensements ont été faits de manière correcte au Maroc. Combien même il y aurait une marge d'erreur, elle serait de l'ordre de 1 à 2 % et touchera peut-être 100 à 200.000 personnes, mais pas plus. Il n'y a donc pas de fondement réel au scepticisme.
Je peux assurer c'est que cette marge d'erreur sera davantage réduite avec la cartographie que nous sommes en train de réaliser pour le déroulement du recensement national. Nous avons divisé le Maroc en 36.000 districts. Chacun de ces districts est cartographié. On en connaît exactement les limites et celles des habitations qui le composent. Les recenseurs vont faire la reconnaissance sur le terrain avant de procéder au recensement. Quand le travail est fait, il y a un contrôle qui suit pour vérifier que personne n'a échappé au recensement. Nous avons, par ailleurs, divisé les districts en deux catégories : urbains et ruraux.
Dans la deuxième catégorie en tient compte des sédentaires et des nomades. Nous faisons également le recensement de toutes les populations à part (les militaires, les gendarmes, les forces auxiliaires, ceux qui vivent en pensionnat, les étrangers résidents au Maroc…). Nous avons pour chacune de ces catégories de population une fiche spéciale. Je suis convaincue que le travail de préparation et l'opération de recensement et de contrôle aboutira à des résultats très fiables.
Concernant la mobilisation de la population, je souligne qu'il y a eu la lettre Royale qui donne une impulsion forte à l'action globale. L'invitation faite par S.M. et l'explicitation des objectifs du recensement constituent une garantie et apportent une crédibilité à l'opération. Enfin, avec la mobilisation de l'administration et une campagne de communication qui est en cours de préparation devant démarrer au mois de mars jusqu'à fin septembre, nous arriverons à sensibiliser la population. Les collectivités locales auront un grand rôle à jouer à ce niveau pour permettre aux citoyens de comprendre la portée et l'aspect vertueux de cette opération.
Les gens sont généralement réticents à livrer des informations très personnelles. Alors, quels sont les objectifs réels de ce recensement ? Pourquoi aujourd'hui ?
Il faut d'abord expliquer que c'est une opération menée sous l'égide du haut commissariat au Plan, qui a été érigé par S.M. le Roi avec l'objectif, justement, d'avoir un organisme complètement indépendant de toute influence. Le recensement sera fait sur la base des foyers. Les noms prénoms sont donnés dans le but unique de pouvoir vérifier que le recensement était général. Dans la phase d'exploitation, chaque foyer porte une simple référence. Il y aura simplement une quantité d'informations qui viendront s'agréger pour pouvoir aboutir à une radioscopie de la réalité nationale à un moment donnée.
La première information que l'on recherchera est relative à la démographie. Cela devrait répondre à un certain nombre de questions du genre : combien sommes-nous ? On s'intéressera également à la structure démographique de la population sur le plan de la natalité, la mortalité, la nuptialité…En sommes, toutes les informations permettant de faire des politiques de population. Le deuxième aspect concerne les caractéristiques socio-économiques de la population.
On recherche enfin tous les indices de développement sur le plan de la santé, de l'éducation, de l'habitat…Cette série d'information devrait permettre, non seulement à l'Etat mais aussi aux privés de savoir où nous en sommes, pour définir des objectifs et les moyens de les atteindre. Le citoyen lui-même bénéficiera de ces résultats puisqu'il pourra choisir, en fonction des données qui seront disponibles l'orientation à adopter pour sa vie et celle de ses enfants. Par delà tous ces objectifs, il y a celui de savoir comment ériger le projet de société pensé pour le Maroc par S.M. le Roi sur des réalités concrètes.
Cela voudrait-il dire qu'aujourd'hui il y a une volonté de travailler au Maroc sur la base de prévisions et de stratégies d'actions à long terme ?
Le Maroc a toujours inscrit sa politique dans le cadre d'une vision. Ceci dit, l'action se basait sur des données qui remontent à des années. Le dernier recensement fait au Maroc date d'une dizaine d'années et les enquêtes faits durant cette période étaient circonscrits dans des domaines précis et conjoncturels. Aujourd'hui, il convient d'actualiser les données de base. C'est l'un des objectifs du recensement qui aura lieu en septembre 2004. C'est un échantillon maître qui va nous permettre de cerner rapidement la réalité des problèmes que connaît le pays.
C'est une approche qui nous inscrit d'emblée dans le millénaire. Il faut remarquer qu'il s'agit du premier recensement après l'avènement de S.M. Mohammed VI, le premier avant l'établissement de la zone de libre échange, le premier du millénaire et c'est le premier aussi d'un nouveau projet de société que S.M. le Roi a défini comme une société de démocratie, de droits de l'homme, de modernité, d'ouverture et de responsabilité. Une société où l'homme est au cœur de la planification. La sensibilité sociale du Souverain est très prononcée.
Sa vision également d'une société de l'ouverture et de la compétition. Le recensement va donner une base solide, sérieuse et crédible qui permettra de planifier en connaissance des réalités du pays afin d'ériger cette société.
La création du Haut commissariat répond-elle à cet objectif ? Quelles sont les missions assignées à cet organisme ?
Le haut commissariat a pour mission précisément de s'inscrire dans cette orientation. Pour cela, il faut d'abord modifier nos méthodes de planification. Il n'y a plus à élaborer des plans directifs qui s'intéressent aux différents projets à réaliser avec la définition de leurs coûts. La planification aujourd'hui doit privilégier la prospective. Que sera le Maroc au-delà de dix à quinze ans ? Quel sera le monde autour ? Que seront les pays avec lesquels nous entretiendront des relations économiques et sociales ? …C'est le genre de questions qu'il faudra se poser. Cela revient à privilégier la démarche stratégique. Un plan plus flexible, qui trace des objectifs à caractère macro-économique ou de grands secteurs moteurs et sur le plan du développement humain. La démarche globale du plan ne s'intéresse plus à la croissance en elle-même, mais de faire coïncider les objectifs de la croissance avec le développement humain. Le développement humain devient non seulement une résultante de la croissance mais un facteur également de cette croissance.
Cela voudrait-il dire que la notion des plans quinquennaux sera enterrée ?
Non. Les grandes orientations seront toujours décidées par le Souverain. Mais, le plan en lui-même privilégiera la démarche stratégique sur la base d'ailleurs de ces orientations. Une autre caractéristique de cette planification est qu'elle sera aussi d'évaluation.
Cela veut dire que la planification est souple, mais régulièrement il y aura une évaluation de la politique générale du pays. Cela consiste à savoir si le cap de la réalisation des objectifs stratégiques est maintenu ou s'il faut y apporter des ajustements. C'est une planification, enfin, qui tient compte de l'orientation du pays vers plus de participation et une régionalisation. Il y a une planification stratégique en termes d'objectifs nationaux, mais il y a aussi ses articulations avec des objectifs locaux et régionaux.
L'organe de planification doit être aussi un animateur des débats nationaux sur les problèmes de fonds, comme le développement humain, l'évolution technologique, les investissements…Le but est que ces problèmes ne restent plus l'apanage de quelques techniciens de l'administration, mais alimentent la pensée et la formation de l'opinion publique.
Regarder ce qui se passe aujourd'hui lors des élections, les partis égrènent une série de vœux qu'ils offrent comme leurs programmes. Le risque est grand pour eux de perdre leur crédibilité. Si on met à la disposition des citoyens, des partis, des intellectuels, de l'administration les objectifs du plan et les déterminants de ces objectifs, tout le monde s'inscrira à coup sûr dans une perspective de planification qui aura été définie par le pays.
De fait, le débat changera de nature. Pour donner un autre exemple, je vous invite à regarder les dialogues sociaux. C'est une chose merveilleuse qu'un pays puisse inviter tous les partenaires économiques et sociaux pour trouver un consensus sur des questions importantes. Mais, si nous n'avons pas un plan qui définisse les grandes orientations et l'itinéraire des réformes, d'investissement, de mobilisation et de participation de tous, le dialogue social a des risques de se transformer en revendications catégorielles qu'il n'est pas facile de satisfaire.
La satisfaction de certaines revendications en suscitent d'autres et ampute le pays de sa capacité de réaliser des objectifs plus importants. Le dialogue social, à la lumière d'un nouveau plan, pourra se faire non pas sur des revendications immédiates, mais sur la bse d'une réflexion au meilleur moyen de partage des plues values entre les différents partenaires du développement.
Ces deux exemples nous montrent le rôle que doit avoir le plan dans une société, celui d'être un instrument au service des grandes orientations de développement. Un instrument qui donne de manière objective et indépendante de toute influence le niveau de réalisation des projets mis en œuvre pour servir les objectifs nationaux.
On est souvent surpris de voir circuler des chiffres et des statistiques contradictoires. Comment expliquer cette situation ?
Il faut de fermer la porte à cette espèce d'anarchie qui caractérise les données statistiques. Au niveau officiel il y a des sources différentes mais spécialisées. La direction de la statistique se consacre aux enquêtes et résultats statistiques. La comptabilité nationale a pour rôle de fournir la comptabilité nationale et les éléments permettant de suivre les différents agrégats.
La direction de la prévision a pour mission de suivre et d'anticiper les évolutions économiques sur la base des données fournies par la comptabilité nationale. L'Institut national de conjoncture est chargé, pour sa part, de suivre la conjoncture. Enfin, le centre de recherches et d'études démographiques suit tout ce qui concerne la population. Ces organismes sont tout à fait indépendants et fournissent les éléments sur les réalités socio-économiques du pays de manière scientifique.
Ce qui se passe, c'est que d'autres départements ministériels se lancent dans la publication d'indices économiques, sociaux ou de développement humain en recourant simplement à des données fournies à un moment ou un autre par les organismes cités et les présentent souvent selon des méthodes contestables. Ces informations sont généralement repris par la presse. Confrontés aux chiffres actualisés, sortis au même moment par les organismes officiels, ces données paraissent contradictoires. La confusion s'installe alors.
Comment dépasser cette situation ?
On ne peut pas empêcher le pluralisme de l'information. Que des organismes privés sortent des indices et des chiffres sur la situation économique ou sociale ne pose pas problème.
Ces données seront prises pour ce qu'elles sont. Mais, il faut simplement souligner que le département du plan est celui qui théoriquement constitue la référence en ce qui concerne les données officielles pour les dirigeants, les opérateurs économiques et l'opinion publique.
