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La formation des cadres pédagogiques : état des lieux

La Charte nationale d'éducation et de formation accorde une importance capitale aux instituts de formation dont elle recommande la fusion, l'intégration, au niveau régional, et leur connexion avec l'université, la finalité en étant la mobilisation de l'e

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Qu'en est-il réellement dans les faits quatre ans après le début de mise en œuvre de ladite Charte avalisée par sa Majesté le Roi Mohammed VI en 1999?
A ce propos, il conviendrait de rappeler que la Direction de la formation des cadres impulsait la recherche, supervisait l'élaboration, la réalisation et la mise en œuvre des plans de formation, en évaluait les résultats, etc. En dépit des insuffisances, les acquis en matière de recherche, de formation des formateurs et de conception des plans de formation au niveau des ENS et des CPR sont indéniables et, partant, très appréciables.

Cependant, il est regrettable de constater que depuis sa suppression de l'organigramme du ministère de l'Education nationale, les établissements de formation connaissent une grave crise identitaire : leurs missions n'ont connu aucune évolution ; au contraire, le travail en leur sein se caractérise par des pratiques routinières, une sclérose que les formateurs déplorent et dénoncent bien souvent.

Conscients de la nécessité d'un interlocuteur qui puisse redynamiser la formation dans ces établissements, les responsables ont décidé, par décret n° 2.02.O82 du 17 juillet 2002, la « revalorisation » de la formation des cadres et son intégration avec la Direction des ressources humaines.

Les missions qui sont les siennes se ramènent, entre autres, aux suivantes :
- Elaboration de la politique éducative nationale en matière de formation des cadres ;
- Mise en œuvre des stratégies de formation initiale et continue des différents personnels du ministère ;
-Encouragement et suivi de la recherche pédagogique dans les établissements de formation des cadres ;
- Supervision des mesures à même de contribuer à faciliter l'insertion des stagiaires dans la vie professionnelle.

Plus d'une année s'est écoulée depuis. Cependant, on constate qu'aucune initiative digne d'intérêt n'a été prise dans le but d'examiner l'efficacité du modèle de formation par alternance en un an initié par la Direction de la formation des cadres d'antan, lequel avait été adopté depuis 1997 : aucune enquête systématique conséquente auprès des enseignants des promotions précédentes n'est venue nous éclairer sur la qualité d'une telle formation.

Des mesures pour l'évaluation de la formation continue ? Oui, ces derniers temps, mais de manière superficielle et sporadique, alors que les professeurs de l'enseignement collégial/ secondaire candidats aux examens professionnels s'interrogent sur l'efficience de cette formation qui est un droit institutionnellement reconnu. Les établissements ont récemment reçu une note de la Direction des programmes, fruit d'une journée d'étude organisée au bénéfice des acteurs des CPR, stipulant l'actualisation du plan de formation en fonction des nouveautés pédagogiques, mais s'agit-il d'une véritable réforme ?

C'est plutôt un ajustement aux circonstances et non une vision globale de la formation émanant de la base. Le plan d'action pour l'année 2004-05 indique un certain nombre d'orientations visant la réorganisation des établissements aussi bien que l'amélioration de la formation et de la recherche ; cependant, jusqu'à présent, à notre connaissance, aucune réalisation pratique. En plus, de telles notes parviennent mal à cacher les structures figées et le malaise des enseignants-chercheurs exerçant dans les établissements de formation des cadres pédagogiques.

De ce fait, des questions urgentes, au moment où de nouveaux programmes d'enseignement collégial/secondaire sont conçus, s'imposent relativement à la formation initiale des cadres pédagogiques : quels mécanismes de suivi/ évaluation ont été mis en place pour réguler la mise en œuvre du plan de formation par alternance ? Quelles leçons peut-on tirer de cette expérience, dans la perspective du développement du modèle ? Quel plan pour la remobilisation des formateurs afin qu'ils s'investissent davantage dans la recherche et l'innovation pédagogiques ?

Il est grand temps de répondre à ces interrogations tant il est vrai qu'une formation de qualité est un véritable levier pour le développement du pays et des citoyens. Mais pour arriver à cette fin, des réformes de fond s'imposent, en particulier la réorganisation des instituts de formation en prenant en considération les orientations de la Charte nationale et la loi 01.00 et non les textes devenus caducs tels que le décret N° 2.84.500 du 28 mars 1986 portant par exemple réorganisation des CPR. A ce sujet, il faut signaler que l'autonomie des établissements de formation des cadres supérieurs, objet de la loi déjà citée (01.00), relève toujours des souhaits. Or, personne ne peut nier que «l'absence d'autonomie constitue une entrave sérieuse pour l'épanouissement (des établissements d'enseignement supérieur) ».

C'est ce qu'affirme l'actuel ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche scientifique, Habib El Malki, dans un article ancien paru dans la revue Lamalif et intitulé « L'Université marocaine, enjeu d'une crise » en ces termes : « c'est là une menace qui pèse sur l'avenir de l'Université, menace d'autant plus grave que ceux qui continuent de déterminer le sort de l'Université sont étrangers à l'Université» 2.

Ne pouvons- nous pas en dire autant pour les CPR dont les fonctions sont déterminées par la loi 01.00 parue dans le Bulletin Officiel N° 4798 du 25 mai 2000? Les décrets d'application de la « nouvelle » loi qui finira par devenir obsolète sans être entrée en vigueur, tardent à venir; le résultat de cette virtualité est un certain nombre de dysfonctionnements.

Il est aberrant que les formateurs soient rarement consultés dans la mise en œuvre de la réforme, laquelle ne peut être réussie sans leur participation active et responsable. Les CPR comportent en principe un conseil d'établissement avec, entre autres, une commission scientifique, des sections, des cellules de recherche. Les premières propositions relatives à la réforme de la formation doivent émaner de ces instances pédagogiques et scientifiques sous la responsabilité des chefs d'établissements.

Un autre problème de taille : existe-il des passerelles avec d'autres institutions universitaires? Pour le moment aucune relation : les établissements de formation continuent de vivre en vase clos, déconnectés des universités malgré les clauses de ladite loi et de la Charte recommandant l'ouverture des instituts de formation des cadres pédagogiques sur l'Université, voire leur fusion dans des réseaux régionaux .

Dans ce cas, peut-on parler de l'optimisation des ressources humaines et matérielles aussi bien que de la mutualisation des acquis ? Force est de constater que les universités se débattent dans d'énormes problèmes relatifs à la mise en place de la réforme, en l'occurrence le manque d'enseignants alors que la plupart des formateurs, suite à la réduction des effectifs des recrues, sont sous-employés ou tout simplement devenus « inactifs » dans les établissements de formation des cadres pédagogiques tels que les CPR, les ENS, etc.

Quant à la recherche, tout le monde s'accorde à dire que « L'enseignement supérieur n'est valorisé que par et dans la recherche. Dans le cas contraire, il se sclérose, s'appauvrit et à la limite devient anti-scientifique ».

La recherche qui est une fonction essentielle des CPR et ENS et même des Académies, reste très embryonnaire et superficielle dans ces établissements ; les raisons en sont fort diverses, l'hétérogénéité des profils des formateurs en étant la principale. Les établissements de formation des cadres pédagogiques disposent de valeurs sûres, mais très souvent individuelles. Il est indéniable que ces individualités sont d'une très grande qualité professionnelle sur les plans de recherche, pédagogie, capacité d'évolution intellectuelle et morale,etc.

Cependant, ils comportent aussi des éléments moins compétents ou qui ne le sont plus. Comment dans ces conditions améliorer la qualité de la formation sans mise à jour, recyclage, participation à des activités scientifiques ? Il importe donc de procéder au renforcement et à l'assainissement de ce corps.

D'autres mesures sont-elles souhaitables, voire nécessaires pour gagner le pari d'une formation de qualité ? Absolument ! Vue la formation disciplinaire actuelle incomplète des formés, la remise en question du profil d'entrée et de la durée de formation dans les CPR est plus urgente que jamais.

En effet, les acquis d'un rehaussement du niveau de recrutement et de prolongement de la durée de formation sont nombreux : ils permettraient non seulement d'améliorer la qualité de l'enseignement, mais aussi d'axer la formation sur la didactique et la psychopédagogie au lieu de passer le meilleur du temps de formation à une remise à niveau académique.

Pour conclure, il faut avouer que les échecs des tentatives de réorganisation des établissements de formation des cadres sont dus à certains responsables qui, dans leur volonté de défendre les avantages acquis, faussent complètement la problématique de la réforme, et donc de toute évolution susceptible de diminuer leur pouvoir ; ils n'ont qu'une exigence : rien ne change.
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