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Dimanche 19 Avril 2026
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Zapatero décide de retirer les troupes espagnoles de l'Irak : un désengagement qui porte un dur coup à la coalition

L'annonce du président du gouvernement espagnol, José-Luis Zapatero, d'un retrait, dans les plus brefs des délais, des troupes espagnoles de l'Irak vient porter un coup dur à la coalition menée par les Etats-Unis.

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Cette décision intervient, quelques jours seulement, après l'investiture du Premier ministre espagnol, dans un contexte caractérisé par l'intensification de la résistance des Irakiens aux troupes étrangères, présentes en Irak. Ce retrait des troupes était une promesse électorale du nouveau chef de l'exécutif espagnol, d'obédience socialiste et vainqueur des législatives du 14 mars, au lendemain des attentats de Madrid, qui ont fait 191 morts.

La décision espagnole est ainsi motivée par le fait que les Nations Unies ne sont pas en mesure d'assurer le contrôle politique et militaire en Irak, d'ici le 30 juin, date limite fixée pour le transfert de la souveraineté aux Irakiens. Washington a réagi à cette décision par un communiqué émanant de la Maison Blanche, le considérant comme n'étant pas inattendue et soulignant que la trentaine de pays composant la coalition restent solidaires.

Le candidat démocrate, John Kerry a, pour sa part, regretté que Madrid prenne cette décision, la jugeant susceptible de porter préjudice à la reconstruction de l'Irak. Au niveau militaire, le général Mark Kimmitt, chef adjoint des opérations en Irak, a estimé qu'il n'y aurait pas de vide sur le terrain avec le départ des troupes espagnoles. Etant donné que la guerre contre l'Irak a été déclenchée, sans le feu vert des Nations Unies et qu'il y avait une forte opposition au recours à la force contre l'ex-régime de Bagdad, le nouveau ministre espagnol de la Défense, José Bono, a assuré, hier que son pays ne tournera plus jamais le dos à cette Organisation.

Il a, par ailleurs, souligné qu'il ne faut pas agir contre la volonté du peuple espagnol qui était majoritairement opposé à cette guerre. M. Bono a estimé, d'ailleurs, que cette guerre n'est pas légitime et qu'elle est fondée sur une cause, que ses promoteurs, eux-mêmes, ont été forcés de reconnaître comme fausse, faisant ainsi allusion aux prétentions de désarmer l'Irak parce qu'il constituait une menace pour la paix mondiale, en raison des armes de destruction massive qu'il « possédait ».

Le nouveau chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a estimé quant à lui, que prétendre que l'Espagne aurait cédé face au terrorisme est tout simplement fallacieux, considérant que de telles accusations reviendraient à mélanger de l'eau avec de l'huile.

La participation des troupes espagnoles à la guerre contre l'Irak n'était, en réalité, nullement motivée par la lutte contre le terrorisme. M. Moratinos a eu un entretien téléphonique avec le secrétaire américain aux Affaires étrangères, Colin Powell, qui n'a pas caché sa déception quant à la décision de Madrid. Le chef de la diplomatie espagnole doit, d'ailleurs, se rendre bientôt à Washington, pour expliquer la décision de son pays à l'establishment américain.

Le président de la Commission Européenne, Romano Prodi, a pour sa part, salué la décision espagnole estimant qu'elle va contribuer à réparer la fracture entre les pays de l'UE, découlant de la guerre contre l'Irak. Rappelons que M. Prodi s'était prononcé contre la participation de l'Italie aux opérations militaires en Irak, dans une tribune publiée le 27 mars, sur les pages de Corriere della Sera.

Le chef chiite, Moqtada Sadr, a réagi à la décision de M. Zapatero en lançant un appel à la résistance irakienne pour épargner les soldats espagnols à Najaf et en invitant les autres pays, qui forment la coalition, de suivre l'exemple de l'Espagne.
Le gouvernement norvégien, qui fait face à de grandes pressions de l'opinion publique pour retirer ses troupes, a rejeté, hier l'appel de l'ancien Premier ministre, Thorbjoern Jagland, prônant le rappel des 150 soldats norvégiens présents sur place.

L'administrateur américain, Paul Bremer, a estimé que les forces de sécurité irakiennes ne sont pas en mesure d'assurer, à elles seules, la sécurité du pays après le transfert de souveraineté aux Irakiens, confirmant ainsi que la présence américaine en Irak allait continuer au delà de la date du 30 juin.

Sur le terrain les préparatifs américains pour attaquer Najaf continuaient d'aller bon train, alors que 12 soldats américains ont été tués, ces trois derniers jours. Ce qui augure de nouveaux affrontements acharnés, si les américains attaquent cette ville chiite.

Dans la zone sunnite, la tension a diminué à Falloujah et les forces américaines n'ont pas encore trouvé les moyens d'en finir avec la résistance, alors que plusieurs dizaines de ressortissants étrangers sont toujours pris en otage ou portés disparus.
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Les ratés du processus de reconstruction

Des hommes d'affaires irakiens réunis, lundi, pour examiner le marché de reconstruction de plusieurs milliards de dollars, se sont plaints des retards dans les chantiers, des menaces sur leur main - d'oeuvre et des problèmes de sécurité.
Les Etats-Unis se sont engagés à consacrer 18,4 milliards de dollars (mds USD) à la reconstruction de l'Irak, soit plus du tiers des 55 mds USD nécessaires pour remettre le pays en état de marche, selon la Banque mondiale.

Les plus gros contrats sont allés à des firmes américaines et à leurs alliés, qui sous-traitent à des compagnies irakiennes dont le travail est obéré par le départ des techniciens étrangers, après la vague de prises d'otages. Les centaines d'hommes d'affaires conviés à une rencontre de travail au siège de l'Autorité provisoire de la coalition (CPA) à Bagdad hésitaient entre la déception et l'optimisme quant à l'avenir économique du pays.

Et même les bénéficiaires de contrats de reconstruction sont taraudés par le doute. "Un occupant ne peut pas assurer la reconstruction", a estimé, Majed Jassem, directeur commercial de Heet Co, une entreprise de construction. "Une année est déjà passée et nous n'avons rien vu. Les retards s'accumulent et nous faisons face à des tas de problèmes", a-t-il dit.

Après avoir arraché un contrat pour la réhabilitation de 37 écoles, il dit aujourd'hui ne plus pouvoir garder ses 35 ouvriers. "Je ne suis pas optimiste en raison de la politique américaine", dit-t-il. "Les Américains ne font pas leur travail et ne sont pas honnêtes avec les Irakiens", a-t-il affirmé.

D'autres se sont plaints des conséquences du climat d'insécurité sur l'emploi et du manque de transparence du processus d'octroi des chantiers, tout en se disant, malgré tout, optimistes.

"Je ne pourrais pas dire de ce processus qu'il est juste et je ne pense pas qu'il soit transparent, mais ce serait difficile de le rendre totalement injuste" estime, Khaled Mahdi, associé dans une firme commerciale.

L'amiral David Nash, chef du programme de reconstruction a tenté de calmer les inquiétudes. "Je pense qu'ils seront vite satisfaits une fois que le travail avancera dans des conditions de sécurité satisfaisantes" a-t-il déclaré à l'AFP.
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