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Mardi 26 Mai 2026
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Conférence historique sur la suppression de l'excision

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Des parlementaires de toute l'Afrique se sont réunis cette semaine à Dakar (Sénégal) à l'occasion d'une conférence sans précédent pour obtenir des informations sur l'excision/mutilation génitale féminine (E/MGF) et débattre de ce qu'ils peuvent faire pour contribuer à éliminer cette pratique violente et dangereuse.

Les organisateurs de la Conférence - l'Assemblée nationale du Sénégal et l'Union parlementaire africaine, en coopération avec l'Union interparlementaire (UIP) et l'UNICEF - affirment que les parlements nationaux d'Afrique ont un rôle crucial à jouer contre l'E/MGF et qu'ils devraient prendre de concert des mesures plus énergiques pour lutter contre cette pratique et assigner à cet objectif un rang de priorité plus élevé.

D'après un rapport que vient de publier le Centre de recherche Innocenti de l'UNICEF, plus de 3 millions de filles d'Afrique sub-saharienne sont soumises à une mutilation génitale et à l'excision chaque année. L'E/MGF est une violation de leurs droits fondamentaux et elle affecte un nombre bien plus élevé de filles et de femmes que l'on pensait jusqu'à présent.

Les progrès en vue d'éliminer cette pratique ont été extrêmement lents, mais les experts estiment toutefois que l'on pourrait supprimer cette pratique en une génération seulement avec l'appui d'une vaste gamme de partenaires, dont les parlements nationaux. «Les législateurs africains disposent de pouvoirs énormes pour mettre fin à l'excision/mutilation génitale féminine», a affirmé la Directrice générale de l'UNICEF Ann M. Veneman, il est essentiel qu'ils prennent des mesures pour interdire cette pratique nocive et d'autres formes de violence sexuelle.

Plus d'une centaine de parlementaires venus de plus de 20 pays participent à la conférence régionale appelée «Violences faites aux femmes, abandon de la pratique de l'excision : le rôle des parlementaires». La conférence de deux jours donnera aux parlementaires l'occasion d'échanger leurs vues et expériences et de mieux comprendre le rôle qu'ils devraient jouer pour mettre fin à l'E/MGF. Ils débattront également du problème avec d'autres parties concernées, notamment des chefs religieux et traditionnels, des représentants des médias et d'organisations non gouvernementales, des dirigeants de communautés locales, des experts juridiques etc.

Les présentations, discussions et débats seront axés sur les mesures spécifiques les plus urgentes et les plus efficaces que les parlements devraient prendre aux niveaux local, national et international.

Le président de l'UIP Ferdinando Casini, qui est également le président de la Chambre des députés italiens, a déclaré que la réunion était une occasion historique et qu'elle aiderait considérablement à renforcer la capacité des parlements africains à demander des comptes aux gouvernements et à influencer les attitudes au niveau de la communauté.

Une fois que la situation et les problèmes seront mieux compris, on peut espérer que l'action des parlementaires africains permettra de changer, réellement et durablement, la situation des millions de femmes et de filles qui souffrent en silence depuis trop longtemps de la violence de l'E/MGF.

L'Imam Cheikh Hassan Cissé, président des Associations islamiques d'Afrique, jouera un rôle capital lors de la conférence, de même que d'autres dirigeants religieux et traditionnels. En raison de leur influence, de leur crédibilité et de leur enracinement dans leurs communautés, les dirigeants confessionnels jouent un rôle vital dans la lutte contre l'E/MGF. Les participants seront informés des initiatives couronnées de succès prises par des dirigeants confessionnels qui se sont opposés publiquement à la pratique et ont joué un rôle décisif pour stimuler un débat public en vue de la suppression de cette pratique.

La Conférence devrait adopter une Déclaration finale qui sera la base d'une action de suivi menée de concert avec les parlements nationaux africains, d'autres organismes et personnalités, et la communauté internationale au cours des mois à venir.

Mutilations génitales par millions

En Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient, quelque trois millions de filles subissent chaque année des mutilations génitales féminines/excisions, d'après un rapport de l'UNICEF rendu public aujourd'hui.
Pourtant, si l'on faisait preuve de détermination, et avec des moyens suffisants, on pourrait éliminer cette coutume millénaire en une seule génération, affirme le rapport.

«Un changement profond et durable est possible», a affirmé Marta Santos Pais, directrice du Centre de recherche Innocenti de l'UNICEF, qui a publié ce vendredi l'étude Changer une convention sociale néfaste : la pratique de l'excision/mutilation génitale féminine. «Ce changement surviendra lorsque les communautés, filles, garçons, hommes et femmes, et la société dans son ensemble, bénéficieront des connaissances qui leur permettront de rester en bonne santé et de se prendre en charge.» L'excision/mutilation génitale féminine (E/MGF) est une coutume traditionnelle qui, aux yeux de certains, améliorerait la beauté des filles, garantirait leur honneur, leur statut social et leur virginité et les rendrait plus aptes au mariage.

Les parents encouragent l'excision pour préserver l'honneur de la famille et l'intérêt supérieur de leurs filles. Quelque 130 millions de femmes et de filles sont concernées dans les 28 pays d'Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient où l'on pratique l'E/MGF. Les estimations précédentes chiffraient à 2 millions le nombre de filles victimes chaque année de cette coutume. La nouvelle estimation de 3 millions ne reflète pas une augmentation mais une amélioration dans la collecte des données, note l'UNICEF.

Le rapport examine également les stratégies les plus prometteuses pour mettre fin à cette pratique. En Egypte, par exemple, des initiatives bénéficiant du soutien de l'UNICEF aident les communautés à confronter ouvertement la coutume au cours de discussions publiques où l'on encourage la tolérance, à s'engager publiquement à l'abandonner et à diffuser ce message dans les communautés voisines.

La mobilisation des faiseurs d'opinion, y compris les chefs religieux et traditionnels, peut jouer un rôle décisif et stimuler le débat public. Il faut former les personnels de santé, les guérisseurs traditionnels, les assistants sociaux et les enseignants et les aider à bannir cette pratique. Les E/MGF sont un problème mondial, car elles affectent également les femmes des communautés immigrées dans les pays industrialisés. Le pourcentage de la population féminine qui les subit, le type d'E/MGF subie, ou l'âge auquel on commence, varient beaucoup d'un pays à l'autre.

Non seulement l'E/MGF est très douloureuse, mais elle peut entraîner des hémorragies prolongées, des infections, la stérilité ou la mort. Beaucoup de femmes et de filles souffrent en silence. A cause du caractère secret de cette affliction, il est impossible d'estimer le nombre de décès. Le rapport examine en profondeur la dynamique sociale complexe qui fait de l'E/MGF l'une des violations des droits humains les plus persistantes et les plus occultes.

«Des pères et des mères font exciser leurs filles pour qu'elles soient acceptées au sein de la société, a dit Rima Salah, directrice générale adjointe de l'UNICEF. Mais grâce au travail de longue haleine accompli au sein des communautés, celles-ci se rendront à quel point il est important de préserver les filles et elles surmonteront les craintes concernant leur statut social.»
Même s'il semble que dans certains pays ((Bénin, Burkina Faso, Erythrée, Ethiopie, Kenya, Nigeria, République centrafricaine, Tanzanie et Yémen), le taux de prévalence commence à baisser, les progrès sont faibles si l'on considère la pratique de l'E/MGF au plan mondial. Eliminer l'E/MGF à grande échelle requiert une mobilisation plus forte des pouvoirs publics, de la société civile et de la communauté internationale, affirme le rapport.

Des lois les interdisant existent déjà dans certains pays où le problème se pose dans les communautés immigrées comme en Australie, au Canada, en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis et dans plusieurs pays d'Europe occidentale. Mais même si elle prévoit des amendes et des peines de prison, la législation est rarement appliquée et ne se double pas de mesures sociales encourageant l'abandon de ces pratiques.

L'UNICEF s'efforce d'influencer les politiques, la législation et les budgets afin de promouvoir l'abandon de ces pratiques et d'aider les partenaires travaillant directement avec les communautés pour les aider à abandonner cette pratique néfaste. «Nous savons ce qu'il faut faire pour mettre fin aux souffrances infligées chaque année de façon délibérée à des millions de filles, a dit Mme Salah.

Nous comprenons beaucoup mieux pourquoi cette pratique néfaste existe et comment y mettre un terme. Nous avons toutes les raisons de croire que si la communauté internationale tout entière s'y engage, on pourra y mettre fin en une génération.»

Source Unicef
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