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Lundi 08 Juin 2026
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«Le Jardinier du Désert» de Habib Mazini : La culture, c'est ce qui reste…

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«La vie d'artiste est un long et merveilleux suicide». On ne saurait ne pas penser à cette phrase d'Oscar Wilde à mesure que l'on égrène les pages de ce roman, le cinquième de Habib Mazini publié chez Afrique-Orient sous le titre évocateur «Le Jardinier du désert».

C'est désormais une religion chez Mazini, un credo qu'il ne cesse de distiller dans tout ses ouvrages : la légèreté de l'être est plus qu'insoutenable comme dirait l'autre, elle est grosse de tous les dangers, de tous les maux qui affecte les sociétés. La nôtre particulièrement où à la pauvreté matérielle, s'ajoute celle, plus pernicieuse encore, de l'esprit, qui fait que l'utile, le rentable soient les seules valeurs connues et reconnues à l'exclusion de toute autre qui touche à la culture, à la création et à l'imagination.

Un univers angoissant par sa médiocrité que Habib Mazini décrit déjà dans son second roman , «la faillite des sentiments» où argent, drogue et prostitution corrompent les âmes et avilissent les sentiment d'amour et de d ‘amitié, le tout sur fond de basse intrigues dans la frénésie prédatrice propre à tout parvenu qui se respecte.

C'est de ce même univers de parvenus inculte et fiers de l'être, «ces accident de l'univers» dirait Malraux, qu'il s'agit dans «le Jardinier du désert». Beau titre qui nous met d'entrée de jeu au cœur du paradoxe, jardiner le désert, un étendue aride et minérale où l'idée de faire pousser des fleurs relève de l'utopie oiseuse. C'est tout Mazini qui transforme un poète, le seul personnage intellectuel parmi une foule d'autres qui peuple son roman, en un fieffé assassin en série. «Je ne cherche pas à être connu, mais à être reconnu» dira notre poète au terme de son cavalcade, qui entraîna sa déchéance et fit sa célébrité en tant que rebut de la société.

«Au commencement était une femme», écrit-Mazini. C'est l'éternel recommencement de l'histoire. Eve qui incita Adan à céder à la tentation de l'arbre interdit et qui entraîna leur déchéance à tous les deux et l'humanité à leur suite tout entachée du péché originel. La cupidité, la vengeance, la convoitise, la jalousie entre bien d'autres charmes de l'espèce qui le condamne à vivre éternellement dans le conflit, le meurtre et la guerre.

Notre femme, elle, s'appelle Batoule. Pharmacienne, qui se sait belle et aguichante pour entraîner dans ses filets notre rêveur de poète, particulièrement frappé du sceau de la malchance auprès du sexe faible.

Le but de notre muse : convaincre Kebir Talsi, c'est le nom du professeur poète, de la débarrasser de son sexagénaire de mari pour retrouver sa prétendue liberté bafouée. Vaste programme pour la réalisation duquel Batoule a su user d'un savant dosage entre les atouts de son corps et la réceptivité de l'intellectuel à ses arguments sur la condition féminine. Bref elle réussit à mettre notre poète dans la poche et à le manipuler comme un bleu au point de lui faire et la tête et la capacité de discernement. «En ces instants ardents, j'étais acquis à ses désirs, esclave de ses lubies les plus insensées.

Si elle m'avait demandé la lune, je l'aurais décrochée». Il n'en fallait pas plus pour en faire un vulgaire assassin. Il n'en vit pas moins son forfait comme une sorte d'élévation, un privilège qui le hisse au rang de ces héros mythiques dont l'exaltation verbale est à la mesure de celle du geste. Mal en prit la perfide Batoule cependant, de jeter son dévolu sur un homme aussi problématique que Kébir, dont le passé de coureur de jupons éconduit, avait causé bien des déboires, mais aussi beaucoup de frustrations inassouvies.

Ce n'est pas étonnant qu'il commence son macabre carrière par amour, et la poursuit par vengeance, su la personne même de sa dulcinée. Il descendra encore bien bas au fil des pages avant de se décider sous l'effet du remord à se rendre à la police qui du reste, n'était pas loin de resserrer l'étau sur lui. Misère de l'intellectuel, misère de l'intelligence dans une société en dérive qui, fonctionnant à l'utilitaire, n'en sait que faire, ou alors si, l'emploie pour hâter sa course folle vers l'inconnu. C'est la grande angoisse qui fuse de chaque phrase de ce roman aux allures kafkaïens.

C'est le cri de rage qui fait écho à chacun des mouvements des personnages nombreux à peupler ce récit dont l'élégance du style contraste violemment avec la sécheresse des mots. Outre, Batoule, il y a Touria, Bachir, Abdelaziz, Nadia. Il y a surtout le commissaire Hamidi et ses collaborateurs, des fins limiers de la police judiciaire qui à leur manière, réussissent à démêler l'écheveau de cette affaire.

Au delà des évènements et de l'intrigue qui parcours ce roman, «Le jardinier du désert» se veut d'abord un hymne à la culture et à l'intelligence.
C'est un cri de désespoir sur la place publique contre le déferlement envahissant de la médiocrité et du culte de l'utile.
«Le Jardinier du désert» de Habib Mazini
Ed. Afrique Orient 290 pages
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