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Vendredi 05 Juin 2026
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la sensibilisation fait défaut

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Au Maroc, disposons-nous d'une littérature juridique suffisante pour permettre une meilleure connaissance des droits des femmes ?
Les associations font tout ce qui est en leur pouvoir dans ce domaine. Mais le constat est là : il y a un manque à combler au niveau des publications en matière d'éducation et de vulgarisation des droits juridiques des femmes.

La dizaine de documents édités à cet effet ne suffit pas à couvrir les besoins des associations. «Cette carence touche aussi bien les manuels ou modules, qui servent d'outils de travail pour les cadres associatifs, que les publications destinées aux bénéficiaires des cours d'alphabétisation. Ces femmes font généralement leur apprentissage à partir de manuels du ministère de l'Education nationale ou ceux de l'éducation informelle. Lesquels manuels ne leur inculquent pas l'égalité et la citoyenneté.

Ce dont nous avons le plus besoin ce sont des guides basiques, simplifiés au maximum, qui expliquent aux femmes analphabètes le Code de la famille», se plaint Bouchra Abdou, militante au sein de la Ligue démocratique pour les droits de la femme.

Cette même instance avait publié un guide pour les cadres administratifs et les professeurs en vue de les initier aux principes des droits de l'homme pour qu'ils puissent à leur tour les enseigner aux bénéficiaires. Le problème s'est posé par la suite au niveau de sa distribution à une grande échelle pour en faire profiter un plus grand nombre d'associations. «C'est peut-être le rôle que devrait jouer le Centre marocain pour la famille (du secrétariat d'Etat chargé de la Famille, de l'Enfance et des Handicapés) qui centralise les publications», propose-t-elle.

Plus chanceuse que sa consœur, l'association « Amal Femmes en mouvement pour un avenir meilleur» a quant à elle reçue une proposition de la part du secrétariat d'Etat pour prendre en charge la distribution des cassettes audio en arabe, tamazight et tachlhit qui expliquent la Moudawana aux femmes. Mais en dehors de cette contribution officielle, l'association s'acquitte de cette tâche avec ses propres moyens.

Et c'est là où le bât blesse. Le manque de moyens fait que les publications sont distribuées selon dans un circuit limité et le plus souvent fermé. «Nous avons édité deux ouvrages mais au moment de les distribuer nous avons été contraints de le faire à travers notre réseau habituel», avoue Saâdia Saâdi, présidente de l'association «Amal Femmes en mouvement pour un avenir meilleur».

En l'absence de subvention de la part de l'Etat, les acteurs de la société civile n'ont d'autre choix que d'œuvrer avec les moyens du bord. Et pourtant, les livres de vulgarisation juridique, qui prodiguent informations et conseils, ne manquent pas d'intérêt pour les citoyens. « Ils jouent un rôle très important dans la mesure où il y a pas mal de lois qui ont vu le jour avec le nouveau code de la famille.

Le citoyen a besoin de connaître et de comprendre ces lois ainsi que l'arsenal juridique international. Cette connaissance devrait se faire justement par le biais de ces manuels juridiques qui devraient propager et généraliser ce genre d'information», insiste Mme Saâdi.

La publication d'une série de livres par le bureau de terrain à Rabat de Global Rights, en collaboration avec des organisations des droits des femmes, associations de développement local, avocats et activistes en Algérie et en Tunisie, tombe à point nommé pour contribuer à enrichir le paysage éditorial associatif. Ces publications sont des versions spécifiques pour l'Algérie et la Tunisie de son manuel d'éducation en droits humains et juridiques auprès des femmes «Rendons réels les droits humains».

Les versions pour l'Algérie et la Tunisie, du Manuel, sont le fruit de plus de deux ans de collaboration entre Global Rights et ses partenaires dans ces deux pays pour promouvoir l'éducation et le plaidoyer pour les droits humains des femmes. Destiné aux animatrices, «Rendons réels les droits humains» contient une Introduction à l'éducation des droits humains, un Guide pratique pour les animatrices, de nombreuses séances sur les droits humains de la femme à mener avec des groupes de bénéficiaires, des fiches de référence juridique pour chaque séance et des Appendices avec d'autres ressources.

Parallèlement à cette action, la même instance, et en collaboration avec des avocats partenaires en Algérie, au Maroc et en Tunisie, lance la distribution de sa nouvelle publication «Promouvoir les droits humains des femmes au Maghreb : Un guide pratique pour plaider les normes internationales devant les tribunaux nationaux».

Destiné aux avocats afin de servir d'outil pratique dans leur travail quotidien au service des droits humains des femmes sur le terrain, la première partie du Guide examine comment les avocats peuvent intégrer des normes internationales de droits humains dans leurs litiges traitant des questions de droits des femmes devant les tribunaux nationaux, cherche à encourager les avocats à entreprendre de tels plaidoyers et fournit des techniques et des stratégies pratiques pour le faire.

La deuxième partie présente, quant à elle, les résultats des recherches participatives réalisées par des avocats partenaires de Global Rights en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Pendant plus d'un an de collaboration, ces avocats ont mené des entretiens intensifs auprès des avocats et d'autres professionnels juridiques, et ont réuni et analysé de nombreuses décisions de justice d'une diversité de tribunaux à travers leurs pays respectifs. Leurs rapports font un bilan de l'application des normes internationales devant les tribunaux de leurs pays dans des litiges traitant des questions de droits des femmes et proposent des stratégies pour plaider et encourager leur application.

Ces ouvrages ont déjà été distribués aux association et ONG marocaines qui œuvrent dans le domaine des droits de la femme, à commencer par les partenaires qui ont collaboré à la réalisation des ouvrages ainsi que les avocates, juges et magistrats concernés par le sujet.

Global Rights, qui a fait son entrée au Maroc depuis 6 ans, bénéficie d'un financement diversifié qui regroupe bailleurs de fonds privés et publics. Côté moyens, elle ne se plaint pas. Ses publications sont prises en charge par les deniers des gouvernements américain et britannique et de fondations hollandaises. Les derniers ouvrages ont été financés par le département d'Etat du gouvernement américain et plus spécialement par le bureau des droits de l'Homme.

«Les publications de Global Rights devraient être distribués à toutes les associations et non à un nombre réduit ou aux plus connues. Ces publications sont importantes dans la mesure où elles nous permettent de faire la comparaison entre ce qui se fait en matière de droits de la femme au Maroc et dans les pays du Maghreb.


Et éventuellement de profiter des expériences de pays qui sont plus avancés que nous en matière d'égalité, comme, notamment, la Tunisie. Mais nous sommes plus avancés en matière de coordination associative et de lobbying», souhaite Bouchra Abdou.
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