Leur objectif : amener les Etats à lever toutes les réserves qu'ils ont émises lors de leur ratification de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les discriminations à l'égard des femmes (CEDAW) et à ratifier le Protocole facultatif de la CEDAW.
«Les pays arabes ont émis des réserves sur pratiquement tous les articles de la convention. C'est pour cette raison que nous lançons cette campagne.
Nous avons commencé par la collecte de signatures. Une quarantaine d'associations de femmes et des droits de l'Homme ont déjà signé. Mais aujourd'hui notre but est de cibler tout type d'association, ainsi que des personnalités politiques, sociales, artistiques…», souligne Fatema Daoudi, coordinatrice de la campagne
nationale.
En effet, même si 18 Etats arabes sur 21 ont ratifié la Convention pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, ils ont cependant émis des réserves allant à l'encontre du principe d'égalité et de non-discrimination entre les hommes et les femmes.
Par ailleurs, ces Etats n'ont pas procédé à l'harmonisation de toutes leurs législations avec les dispositions de cette Convention et, à une exception près, aucun de ces Etats n'a ratifié le Protocole facultatif de la CEDAW.
Le Maroc de son côté a effectivement ratifié la CEDAW en 1993 en marge de la conférence internationale des droits de l'Homme tenue à Vienne, soit 14 ans après l'adoption de la Convention par l'Assemblée générale de l'ONU en 1979. Cette convention n'a été publiée au bulletin officiel qu'en 2001. Toutefois, plusieurs réserves ont été émises, notamment concernant les aspects liés à la nationalité, le droit de la femme de choisir sa résidence et son domicile, les dispositions relatives à l'égalité de l'homme et de la femme en ce qui concerne les droits et responsabilités au cours du mariage et lors de sa dissolution…
Entre-temps, les choses ont changé. Le nouveau code de la famille a été adopté et de nombreuses autres avancées ont été faites quant à l'instauration du principe de l'égalité entre l'homme et la femme. Mais malgré cela, aucune levée de réserves n'a été effectuée.
Et c'est justement ce qui a poussé les organisations non gouvernementales des droits des femmes et des droits humains à lancer un appel aux gouvernements des pays de la région arabe pour qu'ils consacrent l'égalité entre les hommes et les femmes en dignité et en droits, aussi bien dans le domaine des droits civils et politiques que dans celui des droits économiques, sociaux et culturels, et qu'ils garantissent le plein accès des femmes à la citoyenneté.
Elles demandent donc la levée de toutes les réserves sur les dispositions de la CEDAW, relatives aux droits des femmes, l'harmonisation de leurs législations avec lesdites dispositions et la ratification du protocole facultatif, outil indispensable pour la mise en œuvre effective de la Convention et la lutte contre les violations individuelles et collectives des droits des femmes et les violences à leur égard.
Un appel qui est plus que justifié vu que les pays arabes, tout en étant une région aux potentialités humaines et économiques considérables, sont en même temps la partie du monde qui enregistre les inégalités et les écarts les plus importants entre les hommes et les femmes et qui maintient des discriminations et des violations les plus criantes des droits humains des femmes.
«Nous avons effectivement décidé de mener une campagne au niveau de la région MENA et également au niveau national pour toucher un maximum de monde.
Le gouvernement marocain a exprimé son intention de réexaminer les réserves émises et d'adhérer au Protocole facultatif en mars 2006. Mais jusqu'à aujourd'hui rien n'a été fait. Notre objectif est donc de voir où en est la situation et de savoir si oui ou non ce gouvernement va tenir sa promesse.
En plus de la campagne, notre stratégie vise également de lancer des actions de plaidoyer», poursuit Fatema Daoudi. En 2007, le Maroc doit élaborer deux rapports périodiques sur la mise en œuvre de la CEDAW.
Tiendra-t-il sa promesse ? En tout cas, nos femmes
feront tout pour qu'il honore son engagement.
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Qu'est-ce que la CEDAW ?
Réglementer la non-discrimination à l'égard des femmes sur la base du principe de l'égalité en droit des femmes et des hommes, tel est l'objectif principal de la Convention internationale sur l'élimination de toutes les discriminations à l'égard des femmes (CEDAW), adoptée en 1979 par l'ONU.Ce traité international est l'instrument juridique fondamental en matière des droits de la femme. La convention souligne que la discrimination contre les femmes «viole les principes de l'égalité des droits et du respect de la dignité humaine». On entend par discrimination «toute distinction, exclusion ou restriction fondées sur le sexe dans les domaines politique, économique, social, culturel et civil ou dans tout autre domaine». La Convention réaffirme donc le principe de l'égalité en demandant aux Etats parties de prendre «toutes les mesures appropriées, y compris des mesures législatives, pour assurer le plein épanouissement et le progrès des femmes en vue de leur garantir l'exercice et la jouissance des droits de l'Homme et des libertés fondamentales sur la base de l'égalité avec les hommes» (art. 3). A ce jour, 185 Etats ont ratifié la Convention.
Cependant, le bilan est loin d'être satisfaisant. La mise en œuvre effective de l'égalité des droits dans les Etats parties à la CEDAW est encore loin d'être universellement acquise.
