Menu
Search
Mercredi 13 Mai 2026
S'abonner
close

On achève la Maâmora

Des bergers tuent le chêne-liège en enlevant son écorce

No Image
«Délinquance forestière». Profitant du Dahir de 1917 qui autorise la population à exploiter les ressources forestières (collecte du bois mort, produits forestiers, pâturage, etc.), des bergers ont réussi à détourner ce texte de son objectif en pratiquant la technique d'écorçage. Ces derniers enlèvent l'écorce du chêne-liège pour le tuer et reviennent quelques semaines après pour le ramasser comme bois mort. Souvent ce pillage se déroule sous les yeux des forestiers.

Autre texte règlementaire derrière lequel se cachent ces délinquants, une circulaire émise par les autorités territoriales lors des années 80 pour réduire l'impact de la sécheresse sur le cheptel local et qui autorise les habitants à couper les branches des arbres pour nourrir leur bétail. Depuis ce jour-là, des bergers qui sont devenus les maîtres de la forêt se promènent avec des haches, coupent les branches verdoyantes pour leurs bêtes et les ramassent pour les vendre. Cette circulaire en vigueur constitue un vrai obstacle pour une bonne gestion de cette forêt.

Celle-ci est passée de 133.000 à 60.000 ha entre 1955 et 2000, une perte de plus de 1.600 ha par an. Au rythme actuel de sa détérioration, les experts prédisent que, d'ici 2050, si rien n'est fait, cet écosystème disparaîtrait avec pour conséquence directe l'ensablement de la région de Rabat-Salé.
Si les bergers ont tué le chêne-liège, les responsables qui se sont penchés sur cette forêt malade ont tué son sol en autorisant l'implantation de l'eucalyptus occupant actuellement 40% de ses terres.

«L'eucalyptus est à l'origine du dessèchement de la Maâmora et l'appauvrissement de ses sols. Toute solution pour la réhabilitation du chêne-liège passera par l'élimination de cet arbre», explique Habiba Faraj, spécialiste de l'étude des sols. Mais il va falloir concilier entre deux objectifs contradictoires : besoin de l'industrie des pâtes à papier et lutte contre l'eucalyptus. La solution serait de délocaliser la plantation de cette espèce dans d'autres régions ou recourir à l'importation de la pâte à papier.

Les industriels du liège sont aussi mécontents de la situation et déplorent l'absence d'un inventaire permettant de connaître la situation réelle de l'état de la forêt en termes de superficie, âge, état phytosanitaire avec un diagnostic parcellaire permettant d'apprécier la productivité de la forêt pour assurer une meilleure visibilité de la production. «En priorité, il nous semble qu'un inventaire précis et actualisé de la suberaie devrait être effectué tant au niveau de la superficie que de la densité, âge et état phytosanitaire avec l'établissement d'un diagnostic par parcelle», lance Mohamed Anasse, président de l'Association marocaine des industriels de liège (AMIL).

De leur côté, les pouvoirs publics, conscients de la gravité de la situation, ont réagi. Ainsi, les deuxièmes assises de la recherche forestière, organisées les 17 et 18 mai dernier à Kénitra, se sont penchées sur le plan de redressement de cette suberaie, qui émane du plan décennal (2005-2014) avec approche participative.

Ce programme vise la protection, la mise en défense et le reboisement des espaces dégradés. «Les résultats sont d'ores et déjà à constater au niveau des espaces traités et concernent 12.000 ha depuis la mise en place de ce plan. Quant à la question de l'eucalyptus, notre politique tend à rétablir l'équilibre de cette suberaie et prévoit de reconquérir 20.000 ha, en les destinant au reboisement du chêne-liège, ce qui fait une moyenne de 2.000 ha/an.

Pour ce qui est des techniques de reboisement, il faut dire que les opérations d'accompagnement sont totalement maîtrisées. Quelque 4.500 ha ont déjà été reboisés et réussis durant les trois premières années de notre plan», indique Abdeladim Lhafi, Haut commissaire aux Eaux et Forêts et à la Lutte contre la désertification et qui ajoute que l'écosystème de la Maâmora est parfaitement bien étudié et qu'il dispose d'une radioscopie détaillée sur les plans de la cartographie, de l'inventaire, de l'écologie et des études socio-économiques.

Malgré les efforts accomplis, la sauvegarde de cet écosystème demande une grande mobilisation et mérite une approche globale sous forme d'un projet de développement durable intégré doté d'un Plan Marshal.

Ainsi pour entamer une réflexion sur cette problématique, l'Association Ribat El Fath pour le développement durable à Rabat, en partenariat avec l'Association marocaine pour l'écotourisme et la protection de la nature (AMEPN), l'Association Hassan II pour la sauvegarde de la Maâmora, l'AMIL avec l'appui de l'Académie Hassan II des sciences et technologies, lance l'«Initiative pour la contribution de la société civile à la sauvegarde de la biodiversité de la forêt de la Maâmora » qui aboutira à l'organisation en mars 2008 d'un colloque international sur cette forêt en partenariat avec le Centre culturel espagnol Cervantès.
-------------------------------

Écotourisme

L'écotourisme est l'un des aspects les plus sensibles qu'il va falloir entreprendre avec prudence et professionnalisme dans la Maâmora. Au Maroc, l'écotourisme a été introduit comme composante essentielle dans la stratégie nationale sur les aires protégées et il est considéré notamment comme solution de compensation pour les populations riveraines.

La Maâmora reçoit annuellement 300.000 visiteurs et plus de 4.000 véhicules sur 400 ha. Devant cette invasion, le problème de la capacité d'accueil de cet espace se pose avec acuité. Dans le cadre des efforts visant la valorisation de ce patrimoine écologique, le premier écomusée au Maroc est en cours de construction dans cette forêt.

Sidi Boughaba présente aussi des atouts écologiques pour la promotion de l'écotourisme, de même que la région de Taicha près de Salé a été proposée pour envisager un parc récréatif. Une réflexion très sérieuse devrait être menée sur la stratégie à poursuivre en la matière pour à la fois répondre à la demande croissante de l'écotourisme et préserver cette forêt des dommages collatéraux de projets irréfléchis dans ce domaine.
Lisez nos e-Papers