- LE MATIN : Qu'attend le Maroc de la Conférence euro-africaine sur la migration et le développement ?
- KHALID ZEROUALI : Permettez-moi d'abord de souligner une chose : la tenue de cette conférence à Rabat vient confirmer l'importance de la place et du rôle du Maroc en tant qu'acteur incontournable dans la gestion du dossier de l'immigration sur le plan régional et international.
Les bons résultats réalisés sur ce plan montrent que le Maroc est un pays modèle en la matière et qu'à bien des égards, son expérience peut servir d'exemple. La tenue de cette conférence à Rabat est une reconnaissance en quelque sorte des efforts fournis par le Royaume et de ses positions dans ce domaine. Cela dit, la conférence nous permettra de partager notre expérience avec nos partenaires régionaux et de dégager un certain nombre de mesures concrètes à prendre pour juguler ce phénomène. Il s'agit de créer des synergies entre les différentes parties concernées et surtout essayer de concilier l'approche des uns et des autres pour pouvoir la rendre globale, cohérente et efficiente.
- L'Europe est très exigeante puisqu'elle est la cible du raz-de-marée. Mais un pays de transit comme le Maroc ne peut pas supporter à lui seul pareil fardeau. Comment la division des tâches peut-elle se faire ?
- Les pays de transit doivent disposer de moyens de renseignement et de contrôle de leurs frontières. Les pays pourvoyeurs de l'immigration doivent bénéficier d'aides leur permettant de sédentariser leur population. Et les pays d'accueil doivent œuvrer dans le sens de la " facilitation " de l'intégration des immigrés, la sauvegarde des intérêts des populations établies sur leur sol. Le problème c'est que, jusqu'à récemment, nous n'avons pas compris que le défi est commun. Par conséquent, si nous arrivons à résoudre ce problème, tout le monde en tirera profit ; dans le cas contraire, tout le monde en pâtira. Les événements de Sebta et Melilla ont démontré d'une manière palpable que tout le monde est dans le même bateau et qu'il vaut mieux coopérer et se concerter pour obtenir des résultats qui servent les intérêts de toutes les parties concernées.
- Comment définissez-vous la stratégie du Maroc dans ce domaine ?
- Le Maroc a inscrit depuis toujours cette question dans un cadre stratégique qui dépasse le volet sécuritaire. Notre stratégie concernant ce dossier repose d'ailleurs sur cinq composantes : sur le plan de la réforme, nous avons un cadre législatif qui nous permet d'une part de pénaliser le trafic des personnes avec des sanctions très lourdes, mais aussi de préserver les droits et acquis des étrangers sur le territoire national. Sur le plan institutionnel, il y a lieu de signaler la création de la Direction de l'émigration et de la surveillance des frontières et la création de l'Observatoire de l'immigration. Sur le plan sécuritaire, notre stratégie vise à renforcer les renseignements, à faire avorter les tentatives d'immigration illégale en amont et à focaliser nos efforts sur le démantèlement des réseaux.
- Quel message adressez-vous à la population marocaine ?
- La sensibilisation et la communication sont également un volet important de notre stratégie et là, je voudrais souligner le dynamisme de la société civile à l'échelle de la région. Elle a contribué sensiblement au tarissement des flux migratoires. Autre composante de la stratégie nationale en la matière, le développement local, et là je crois que l'INDH contribuera à coup sûr à la sédentarisation de la population, notamment dans les zones pourvoyeuses de l'immigration. Et puis, dernière composante, la coopération internationale. Dès lors qu'il s'agit d'un problème transnational et qu'un pays seul ne peut pas le résoudre, la conjugaison des efforts de plusieurs Etats est d'une importance primordiale.
- Quels résultats a eu cette stratégie marocaine ?
- Dans la stratégie nationale, nous avons adopté une approche globale. Sa mise en œuvre n'est pas chose aisée. Mais l'essentiel, c'est que nos efforts commencent à porter leurs fruits. Si nous devons nous en tenir aux résultats, force est de constater qu'ils sont probants.
C'est ainsi que durant le premier semestre de cette année, le nombre de candidats à l'immigration clandestine a enregistré une baisse de 48 % pour les nationaux et de 64 % pour les originaires des pays tiers, par rapport à la même période de l'année 2005. De plus, concernant les réseaux, durant la période couvrant les deux dernières années et le premier semestre 2006, nous avons pu en démanteler un millier. Je pense que peut-être nous sommes arrivés à un niveau incompressible, ce qui veut dire que maintenir cette performance nécessite plus de moyens et plus d'efforts.
- Quel jugement portez-vous sur la coopération internationale ?
- Dans ce domaine, la performance globale est multiplicative et non pas additive. Nous avons trois maillons dans la chaîne. Les pays d'origine, de transit et de destination. Si un maillon est faible, c'est toute la chaîne qui casse et par conséquent le système ne fonctionne pas. La conférence à mon avis permettra déjà de réduire le "gap" en matière d'approche et en matière de réflexion. Elle devrait créer des synergies entre les différentes parties concernées et ce n'est que de cette façon que l'on pourra faire face à ce problème.
D'ailleurs la conférence est placée sous le signe “ Immigration et développement ”. Car il est bien entendu que immigration et développement sont intimement liés. Encore une fois, le problème qui se posait jusqu'à présent est que les différentes parties concernées n'avaient jamais travaillé de manière concertée. Le plus important donc, c'est de se mettre autour d'une même table, écouter l'autre, comprendre ses contraintes, mettre à profit ses potentialités. En se concertant davantage, nous pourrons peut-être optimiser les moyens et les ressources dont nous disposons.
- Savez-vous comment les partenaires européens du Maroc soutiendront les efforts du Royaume ?
- Je crois qu'il est nécessaire que l'on procède étape par étape. Le chantier est énorme. Mais le plus important est de commencer. La conférence constitue un point de départ. Nous nous félicitons de la coopération avec nos partenaires européens, notamment les Français et les Espagnols. Il y avait un projet initial de 40 millions d'euros comme aide. Mais ce projet a été recadré à la lumière de nouvelles données sur le terrain et de besoins occasionnés par le développement de la situation aux frontières.
L'aide promise par nos voisins du Nord tournera autour de 70 millions d'euros. Encore une fois, il ne faut pas focaliser l'attention sur ce montant. La coopération s'inscrit dans la durée et dans une démarche progressive. Il faut commencer d'abord par construire des relations de confiance. La question du financement sera facile à débloquer par la suite.
- KHALID ZEROUALI : Permettez-moi d'abord de souligner une chose : la tenue de cette conférence à Rabat vient confirmer l'importance de la place et du rôle du Maroc en tant qu'acteur incontournable dans la gestion du dossier de l'immigration sur le plan régional et international.
Les bons résultats réalisés sur ce plan montrent que le Maroc est un pays modèle en la matière et qu'à bien des égards, son expérience peut servir d'exemple. La tenue de cette conférence à Rabat est une reconnaissance en quelque sorte des efforts fournis par le Royaume et de ses positions dans ce domaine. Cela dit, la conférence nous permettra de partager notre expérience avec nos partenaires régionaux et de dégager un certain nombre de mesures concrètes à prendre pour juguler ce phénomène. Il s'agit de créer des synergies entre les différentes parties concernées et surtout essayer de concilier l'approche des uns et des autres pour pouvoir la rendre globale, cohérente et efficiente.
- L'Europe est très exigeante puisqu'elle est la cible du raz-de-marée. Mais un pays de transit comme le Maroc ne peut pas supporter à lui seul pareil fardeau. Comment la division des tâches peut-elle se faire ?
- Les pays de transit doivent disposer de moyens de renseignement et de contrôle de leurs frontières. Les pays pourvoyeurs de l'immigration doivent bénéficier d'aides leur permettant de sédentariser leur population. Et les pays d'accueil doivent œuvrer dans le sens de la " facilitation " de l'intégration des immigrés, la sauvegarde des intérêts des populations établies sur leur sol. Le problème c'est que, jusqu'à récemment, nous n'avons pas compris que le défi est commun. Par conséquent, si nous arrivons à résoudre ce problème, tout le monde en tirera profit ; dans le cas contraire, tout le monde en pâtira. Les événements de Sebta et Melilla ont démontré d'une manière palpable que tout le monde est dans le même bateau et qu'il vaut mieux coopérer et se concerter pour obtenir des résultats qui servent les intérêts de toutes les parties concernées.
- Comment définissez-vous la stratégie du Maroc dans ce domaine ?
- Le Maroc a inscrit depuis toujours cette question dans un cadre stratégique qui dépasse le volet sécuritaire. Notre stratégie concernant ce dossier repose d'ailleurs sur cinq composantes : sur le plan de la réforme, nous avons un cadre législatif qui nous permet d'une part de pénaliser le trafic des personnes avec des sanctions très lourdes, mais aussi de préserver les droits et acquis des étrangers sur le territoire national. Sur le plan institutionnel, il y a lieu de signaler la création de la Direction de l'émigration et de la surveillance des frontières et la création de l'Observatoire de l'immigration. Sur le plan sécuritaire, notre stratégie vise à renforcer les renseignements, à faire avorter les tentatives d'immigration illégale en amont et à focaliser nos efforts sur le démantèlement des réseaux.
- Quel message adressez-vous à la population marocaine ?
- La sensibilisation et la communication sont également un volet important de notre stratégie et là, je voudrais souligner le dynamisme de la société civile à l'échelle de la région. Elle a contribué sensiblement au tarissement des flux migratoires. Autre composante de la stratégie nationale en la matière, le développement local, et là je crois que l'INDH contribuera à coup sûr à la sédentarisation de la population, notamment dans les zones pourvoyeuses de l'immigration. Et puis, dernière composante, la coopération internationale. Dès lors qu'il s'agit d'un problème transnational et qu'un pays seul ne peut pas le résoudre, la conjugaison des efforts de plusieurs Etats est d'une importance primordiale.
- Quels résultats a eu cette stratégie marocaine ?
- Dans la stratégie nationale, nous avons adopté une approche globale. Sa mise en œuvre n'est pas chose aisée. Mais l'essentiel, c'est que nos efforts commencent à porter leurs fruits. Si nous devons nous en tenir aux résultats, force est de constater qu'ils sont probants.
C'est ainsi que durant le premier semestre de cette année, le nombre de candidats à l'immigration clandestine a enregistré une baisse de 48 % pour les nationaux et de 64 % pour les originaires des pays tiers, par rapport à la même période de l'année 2005. De plus, concernant les réseaux, durant la période couvrant les deux dernières années et le premier semestre 2006, nous avons pu en démanteler un millier. Je pense que peut-être nous sommes arrivés à un niveau incompressible, ce qui veut dire que maintenir cette performance nécessite plus de moyens et plus d'efforts.
- Quel jugement portez-vous sur la coopération internationale ?
- Dans ce domaine, la performance globale est multiplicative et non pas additive. Nous avons trois maillons dans la chaîne. Les pays d'origine, de transit et de destination. Si un maillon est faible, c'est toute la chaîne qui casse et par conséquent le système ne fonctionne pas. La conférence à mon avis permettra déjà de réduire le "gap" en matière d'approche et en matière de réflexion. Elle devrait créer des synergies entre les différentes parties concernées et ce n'est que de cette façon que l'on pourra faire face à ce problème.
D'ailleurs la conférence est placée sous le signe “ Immigration et développement ”. Car il est bien entendu que immigration et développement sont intimement liés. Encore une fois, le problème qui se posait jusqu'à présent est que les différentes parties concernées n'avaient jamais travaillé de manière concertée. Le plus important donc, c'est de se mettre autour d'une même table, écouter l'autre, comprendre ses contraintes, mettre à profit ses potentialités. En se concertant davantage, nous pourrons peut-être optimiser les moyens et les ressources dont nous disposons.
- Savez-vous comment les partenaires européens du Maroc soutiendront les efforts du Royaume ?
- Je crois qu'il est nécessaire que l'on procède étape par étape. Le chantier est énorme. Mais le plus important est de commencer. La conférence constitue un point de départ. Nous nous félicitons de la coopération avec nos partenaires européens, notamment les Français et les Espagnols. Il y avait un projet initial de 40 millions d'euros comme aide. Mais ce projet a été recadré à la lumière de nouvelles données sur le terrain et de besoins occasionnés par le développement de la situation aux frontières.
L'aide promise par nos voisins du Nord tournera autour de 70 millions d'euros. Encore une fois, il ne faut pas focaliser l'attention sur ce montant. La coopération s'inscrit dans la durée et dans une démarche progressive. Il faut commencer d'abord par construire des relations de confiance. La question du financement sera facile à débloquer par la suite.
