L'Américain Edward P. Jones est sans doute la grande révélation littéraire de ces dernières années. Il a publié son premier livre, Lost in the city (Perdu dans la ville), en 1992, un recueil de nouvelles qui avait reçu un accueil poli. C'est avec son premier roman Le monde connu, un récit immémorial de l'Amérique sous l'esclavage, paru il y a deux ans, q'il a donné la véritable mesure de ses talents.
Couronné par le prix Pulitzer 2004, mais aussi par le National Book Critic's Circle award, Le monde connu a valu à son auteur des articles dithyrambiques dans les pages des revues américaines les plus prestigieuses. Les critiques ont comparé Jones au trio William Faulkner.
Toni Morrison et Gabriel Garcia Marquez et ont qualifié son roman de «la meilleure œuvre de fiction de ces dernières années».
Les raisons d'un tel succès ? L'imagination épique de Jones et son écriture poétique. Il faut y ajouter sa narration quasi-biblique qui charrie une cinquantaine de personnages aux destins riches et émouvants.
Cette multitude d'histoires, certaines tragiques, d'autres héroïques, tissées ensemble avec brio, constitue une fresque prodigieuse, celle d'une époque et de ses mœurs. Ces histoires se déroulent dans l'Amérique d'avant la guerre de Sécession qui avait érigé l'esclavage en mode de vie et l'injustice raciale en règle. Or Jones n'est ni Alex Haley (auteur de Racines) ni Margaret Mitchell (auteur de Autant en emporte le vent).
L'originalité de son approche consiste à aborder «ce monde de la propriété humaine» à travers l'un de ses aspects les moins connus : le phénomène des maîtres noirs.Saviez-vous qu'il existait dans l'Amérique du 19è siècle des esclavagistes qui avaient été eux-mêmes d'anciens esclaves ? Henry Townsend, protagoniste de ce roman en est un: il possède trente-trois esclaves et plus de cinquante arpents de terres !
Le monde connu s'ouvre sur la mort du jeune Henry, atteint d'un mal étrange. Cette mort survient à un moment important de l'histoire américaine, tout juste onze ans avant l'explosion de la guerre civile. Le romancier en a fait un moment dans l'espace, un point de vue à partir duquel il peut contempler le passé de ses personnages d'esclaves et de maîtres – blancs et noirs – mais aussi leurs présents et leurs futurs qui bruissent de désordres et de turbulences.
Le roman se termine en 1861, lorsque éclate la guerre civile qui mettra définitivement fin au monde esclavagiste. En abordant cet univers par le biais des maîtres noirs qui avaient souvent recours aux mêmes méthodes cruelles de contrôle et de répression des esclaves que les propriétaires blancs, Jones réussit à montrer l'esclavage pour ce qu'il était : un système né des pulsions de domination, du désir de contrôler des vies.
Enfin, ce qui fait la force de ce roman, c'est l'écriture de Jones. C'est une écriture subtile qui fait cohabiter le réalisme le plus terre à terre avec des pages poétiques. Réaliste, voire même ironique dans ses descriptions du quotidien, la plume de Jones se fait magique lorsqu'il s'agit de décrire la vie intérieure des êtres, les émotions, l'amour, la tendresse. Ici, une âme survole les villes pour aller rejoindre les siens. Là, une vache emprunte une vie à un chat.
Couronné par le prix Pulitzer 2004, mais aussi par le National Book Critic's Circle award, Le monde connu a valu à son auteur des articles dithyrambiques dans les pages des revues américaines les plus prestigieuses. Les critiques ont comparé Jones au trio William Faulkner.
Toni Morrison et Gabriel Garcia Marquez et ont qualifié son roman de «la meilleure œuvre de fiction de ces dernières années».
Les raisons d'un tel succès ? L'imagination épique de Jones et son écriture poétique. Il faut y ajouter sa narration quasi-biblique qui charrie une cinquantaine de personnages aux destins riches et émouvants.
Cette multitude d'histoires, certaines tragiques, d'autres héroïques, tissées ensemble avec brio, constitue une fresque prodigieuse, celle d'une époque et de ses mœurs. Ces histoires se déroulent dans l'Amérique d'avant la guerre de Sécession qui avait érigé l'esclavage en mode de vie et l'injustice raciale en règle. Or Jones n'est ni Alex Haley (auteur de Racines) ni Margaret Mitchell (auteur de Autant en emporte le vent).
L'originalité de son approche consiste à aborder «ce monde de la propriété humaine» à travers l'un de ses aspects les moins connus : le phénomène des maîtres noirs.Saviez-vous qu'il existait dans l'Amérique du 19è siècle des esclavagistes qui avaient été eux-mêmes d'anciens esclaves ? Henry Townsend, protagoniste de ce roman en est un: il possède trente-trois esclaves et plus de cinquante arpents de terres !
Le monde connu s'ouvre sur la mort du jeune Henry, atteint d'un mal étrange. Cette mort survient à un moment important de l'histoire américaine, tout juste onze ans avant l'explosion de la guerre civile. Le romancier en a fait un moment dans l'espace, un point de vue à partir duquel il peut contempler le passé de ses personnages d'esclaves et de maîtres – blancs et noirs – mais aussi leurs présents et leurs futurs qui bruissent de désordres et de turbulences.
Le roman se termine en 1861, lorsque éclate la guerre civile qui mettra définitivement fin au monde esclavagiste. En abordant cet univers par le biais des maîtres noirs qui avaient souvent recours aux mêmes méthodes cruelles de contrôle et de répression des esclaves que les propriétaires blancs, Jones réussit à montrer l'esclavage pour ce qu'il était : un système né des pulsions de domination, du désir de contrôler des vies.
Enfin, ce qui fait la force de ce roman, c'est l'écriture de Jones. C'est une écriture subtile qui fait cohabiter le réalisme le plus terre à terre avec des pages poétiques. Réaliste, voire même ironique dans ses descriptions du quotidien, la plume de Jones se fait magique lorsqu'il s'agit de décrire la vie intérieure des êtres, les émotions, l'amour, la tendresse. Ici, une âme survole les villes pour aller rejoindre les siens. Là, une vache emprunte une vie à un chat.
