L'artiste présente ses dernières œuvres dans une exposition intitulée «Moroccan Graffiti». Un titre dont les sonorités rappellent le célèbre film de Georges Lucas «American Graffiti» qui s'apparente à un documentaire nostalgique de l'histoire et de la jeunesse américaines. L'exposition évoque également le graffiti en tant que mode d'expression libre des jeunes. «Le graffiti constitue un champ d'investigation photographique que j'ai déjà abordé dans mes travaux précédents. C'est un puissant révélateur des tensions et des attentes propres à une société pour ceux qui savent ouvrir les yeux sur cette portée muette de leurs cris et de leurs rêves», nous confie l'auteur. Mais dans les photos exposées, le graffiti se présente comme un ingrédient qui se mélange à des scènes de la vie courante marocaine. Un autre élément est en jeu dans l'œuvre de Thami Benkirane. «Il y a une attention soutenue au travail d'érosion du temps comme la rouille sur les portes métalliques, le délabrement et les fissures des murs, les ruines…Le résultat est une sorte de d'archéologie du quotidien et du banal, une sorte de palimpseste», explique le photographe.
Dans les «Moroccan Graffiti», il n'y a pas d'unité du lieu et du temps comme dans le cas d'une prise de vue unique qui ne nécessite qu'un seul déclenchement. La série de photos se fonde en fait sur l'esthétique de la «troisième image», celle qui résulte, lors d'un diaporama, de la projection en fondu enchaîné de deux images. Techniquement, cette écriture photographique repose sur la surimpression d'images directement à la prise de vue sur film argentique.
L'auteur accorde une grande part au hasard en cultivant volontairement l'accident, plusieurs réalités se télescopent et s'interpénètrent. «Je ne planifie rien et ne décide pas à l'avance du rapport entre le contenu de la première image et de celle qui viendra se superposer avec elle…», nous affirme-t-il. La construction composite, le rapprochement de registres différents et le métissage des matières offrent à l'œuvre une alchimie coloriste et plastique très recherchée. Dès le premier abord, on est interpellé par cette ambivalence originale qui donne lieu à des rencontres formelles et graphiques qui, en frôlant l'irréalité, bouleversent la sensibilité visuelle habituelle. Un choix qui n'est pas fortuit pour l'artiste. Il nous explique : «L'approche retenue est volontairement coloriste, mais le rendu coloré des images est décalé par rapport à notre perception habituelle du spectre des couleurs qui habille notre quotidien.»
L'exposition est la révélation d'un univers plastique et poétique qui suggère plus qu'il ne montre. Le photographe philosophe déclare : « Je n'ai jamais cherché à inscrire mon travail photographique dans une démarche documentaire ou sociale.
Cependant, à travers le mariage heureux des couleurs et des formes, à travers la légèreté qu'imprègne ces images pointe une certaine gravité, une gravité qui vient avec l'âge». Selon Thami Benkirane, en regardant de plus près ces photographies, d'aucuns pourraient se poser la question : Que dit la métaphore de la rouille ? Une société qui demeure symboliquement rouillée, verrouillée… Que signifient ces cadenas fermés et ces portes closes ? Un avenir incertain…Que murmurent ces murs qui menacent de ruine ? Que racontent ces ciels absents et ces horizons fermés?...Il nous répond lui-même : « Je n'ai pas la prétention de fournir des clefs ou des pistes de lecture. La photographie est par essence frappée de mutisme. C'est à chaque spectateur de la faire parler selon ses bagages, son histoire propre, ses attentes, sa lucidité et son humeur du moment…».
Le parcours de l'artiste
Né en 1954 à Fès, Thami Benkirane y vit et y travaille. Il enseigne les sciences du langage à l'Université de Fès et se spécialise dans la phonétique expérimentale. Il présente ses différents travaux dans des expositions personnelles à travers le Royaume mais aussi dans de nombreuses villes européennes. Il participe également dans plusieurs expositions collectives. Son travail photographique procède davantage de l'expérimentation que du documentaire. Il nous déclare : « La photographie est pour moi une passion et une pratique régulière. Plusieurs chantiers sont ouverts et plusieurs paradigmes sont investis.» Outre son projet de faire circuler «Moroccan Garffiti» au Maroc et à l'étranger, notre artiste aimerait pouvoir réaliser la publication de ses images sous la forme de monographies.
Dans les «Moroccan Graffiti», il n'y a pas d'unité du lieu et du temps comme dans le cas d'une prise de vue unique qui ne nécessite qu'un seul déclenchement. La série de photos se fonde en fait sur l'esthétique de la «troisième image», celle qui résulte, lors d'un diaporama, de la projection en fondu enchaîné de deux images. Techniquement, cette écriture photographique repose sur la surimpression d'images directement à la prise de vue sur film argentique.
L'auteur accorde une grande part au hasard en cultivant volontairement l'accident, plusieurs réalités se télescopent et s'interpénètrent. «Je ne planifie rien et ne décide pas à l'avance du rapport entre le contenu de la première image et de celle qui viendra se superposer avec elle…», nous affirme-t-il. La construction composite, le rapprochement de registres différents et le métissage des matières offrent à l'œuvre une alchimie coloriste et plastique très recherchée. Dès le premier abord, on est interpellé par cette ambivalence originale qui donne lieu à des rencontres formelles et graphiques qui, en frôlant l'irréalité, bouleversent la sensibilité visuelle habituelle. Un choix qui n'est pas fortuit pour l'artiste. Il nous explique : «L'approche retenue est volontairement coloriste, mais le rendu coloré des images est décalé par rapport à notre perception habituelle du spectre des couleurs qui habille notre quotidien.»
L'exposition est la révélation d'un univers plastique et poétique qui suggère plus qu'il ne montre. Le photographe philosophe déclare : « Je n'ai jamais cherché à inscrire mon travail photographique dans une démarche documentaire ou sociale.
Cependant, à travers le mariage heureux des couleurs et des formes, à travers la légèreté qu'imprègne ces images pointe une certaine gravité, une gravité qui vient avec l'âge». Selon Thami Benkirane, en regardant de plus près ces photographies, d'aucuns pourraient se poser la question : Que dit la métaphore de la rouille ? Une société qui demeure symboliquement rouillée, verrouillée… Que signifient ces cadenas fermés et ces portes closes ? Un avenir incertain…Que murmurent ces murs qui menacent de ruine ? Que racontent ces ciels absents et ces horizons fermés?...Il nous répond lui-même : « Je n'ai pas la prétention de fournir des clefs ou des pistes de lecture. La photographie est par essence frappée de mutisme. C'est à chaque spectateur de la faire parler selon ses bagages, son histoire propre, ses attentes, sa lucidité et son humeur du moment…».
Le parcours de l'artiste
Né en 1954 à Fès, Thami Benkirane y vit et y travaille. Il enseigne les sciences du langage à l'Université de Fès et se spécialise dans la phonétique expérimentale. Il présente ses différents travaux dans des expositions personnelles à travers le Royaume mais aussi dans de nombreuses villes européennes. Il participe également dans plusieurs expositions collectives. Son travail photographique procède davantage de l'expérimentation que du documentaire. Il nous déclare : « La photographie est pour moi une passion et une pratique régulière. Plusieurs chantiers sont ouverts et plusieurs paradigmes sont investis.» Outre son projet de faire circuler «Moroccan Garffiti» au Maroc et à l'étranger, notre artiste aimerait pouvoir réaliser la publication de ses images sous la forme de monographies.
