Saîd, Hajiba, Brahim et Houcine font partie du lot. Le cap de l'adolescence à peine franchi, ces mômes ne vivent pas cette transition comme leurs semblables. Et pour cause. De tous les soucis de la vie, ils n'en ont qu'un seul : il faut la gagner, cette vie.
Issus tous de familles nécessiteuses, ils ont dû retrousser leurs manches pour subsister. Avaient-ils le choix ? Pas vraiment, pour ainsi dire.
Saîd est originaire de Kelâat Sraghna. A l'âge de 14 ans, son parcours d'écolier fut stoppé de manière brusque. Il avait pourtant réussi son année scolaire, mais les vacances d'été allaient être les dernières qui lui furent accordées. L'enthousiasme qui caractérise la rentrée scolaire est quelque chose qu'il ne vivra plus. Les raisons de cet abandon se déclinent sous plusieurs aspects.
Tout d'abord, Aziz, le père de cet enfant, est sans emploi fixe. Maçon de son état, il n'arrive pas à intégrer une entreprise qui lui garantirait une entrée régulière en argent, Kelâat Sraghna n'étant pas une ville où pullulent les chantiers. Du coup, Aziz n'a d'autre choix que de se rendre chaque matin au «moqef», lieu de recrutement pour travail journalier. Il y a des jours où on fait appel à ses services et d'autres non.
En plus de l'incapacité de ce père de subvenir aux besoins de sa famille, sa femme souffre d'une pathologie cardiaque. En d'autres termes, elle ne peut en aucun cas apporter la moindre contribution financière, car elle n'a pas la force de travailler. Le petit Saîd se retrouvera avec cette donne douloureuse et sera contraint de quitter l'école, son père n'étant plus en capacité de prendre en charge sa scolarité. C'est l'oncle maternel Ahmed, concierge qui vit à Casablanca, qui proposera de prendre en charge l'enfant, ou de lui trouver un job plus exactement. La proposition de ce dernier est intervenue après qu'il ait bénéficié de l'autorisation de gardiennage dans une ruelle, pour laquelle il s'acquitte d'un loyer en faveur de la commune.
Saîd deviendra, du jour au lendemain, aide-gardien de voitures avec son oncle. Mais, à vrai dire, c'est lui qui fait le gros du travail. La petite ruelle d'une centaine de mètres, dont la location coûte 100 DH par mois, rapporte entre 25 et 40 DH par jours, que les deux «associés» se partagent. «Toutes les voitures que vous voyez ici, à part quatre ou cinq, appartiennent à des employés des administrations avoisinantes. Du coup, elles sont garées là toute la journée, de 8h jusqu'à 17h ou plus, ce qui explique maigreur de la recette, contrairement à des endroits où les véhicules stationnent durant 1 ou 2 heures et ont une rotation en continu, et je passe sur les gens qui partent sans payer, ou ceux qui me donnent 30 ou 40 centimes», explique Saîd. Les jours de chance, il arrive qu'un client demande un lavage pour son véhicule, moyennant une dizaine de dirhams. Le soir venu, Saîd partage la même chambre où vit son oncle, sa femme et leurs deux enfants. Un jour, il deviendra adulte et devra voler de ses propres ailes, sans aucun métier ou une formation à proprement parler.
Haute comme trois pommes, Hajiba est à peine âgée de dix ans. La petite vivait avec sa mère et ses trois frères, depuis le décès de son père. La famille vit à Loudaya, dans la région de Marrakech, mais Hajiba vit en ville où elle travaille comme petite bonne dans une famille. Ce travail ingrat, elle ne l'a pas cherché, c'est sa mère qui l'a confiée à cette famille, afin que le labeur de la petite lui rapporte quelques sous et l'aide à faire face aux besoins de la vie. Analphabète, la petite le restera sans aucun doute. Elle fera certainement le même métier durant toute son existence, à moins qu'un miracle n'arrive, où qu'elle ne verse dans la débauche, comme ce fut le cas pour plusieurs fillettes qui ont été mise sur cette voie.
Son quotidien au sein de cette famille, Dieu seul en sait quelque chose. Une fois la porte de la maison fermée, on ne peut savoir si elle est bien ou mal traitée. Ce qui est sûr, c'est que ça ne peut être agréable de se retrouver dans sa situation.
Brahim, quant à lui, est originaire de la région d'Agadir. Il avait 12 ans quand son père l'avait confié à un proche de la famille, originaire de la même région. Le proche en question possède plusieurs débits d'alcool à Casablanca, dont celui où travaille Brahim. Sa journée au magasin débute vers 10h et se termine après 20h, heure réglementaire de la fermeture des débits d'alcool.
Lorsqu'il avait débarqué dans la capitale économique, le petit, après une journée de travail, dormait dans le magasin. Ce n'est que trois mois plus tard que le patron l'a mis, en compagnie de deux autres employés, dans une chambre de location dans l'ancienne médina. Tout comme la petite Hajiba, Brahim est analphabète. Un banc d'école, il ne sait pas à quoi cela ressemble, à part ce qu'il peut éventuellement en voir à la télé.
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Les yeux mouillés, le regard triste, l'allure chétive, des sandales en plastique de couleur verte enfilées avec des chaussettes, Houcine est un cas qui reflète tout le côté désagréable de la vie, fauché en pleine enfance par l'injustice du destin. Cela fait 21 mois qu'il est incarcéré au Centre de réforme de Casablanca. Cette durée prend toute sa signification lorsque l'on apprend que Houcine n'a que 14 ans aujourd'hui. A la question relative au motif de sa détention, il répond par un seul mot : «rouh» («âme», dénomination utilisée par les prisonniers pour désigner le meurtre).
Issus d'une famille défavorisée de Taroudant, Houcine et son frère aîné sont venus s'installer à Casablanca en quête de travail, afin de subvenir aux besoins de leurs parents et de leurs quatre sœurs. Ils travaillaient séparément dans des snacks. Un jour, Houcine était en train de préparer une sauce-tomate quand le jeune homme qui travaillait dans le même snack a commencé à faire des attouchements sur lui. Il est allé encore plus loin quand il a essayé de le violer.
Le petit s'est alors saisi d'un couteau qui était à portée de sa main et se montra menaçant. Chose qui n'a pas intimidé son agresseur qui est revenu à l'assaut. Les choses se passèrent très vite et le violeur reçut un coup de couteau fatal en pleine poitrine. Le petit fut condamné à 5 ans de prison. Depuis, il n'a plus revu ses parents. «Ils ne peuvent pas venir me voir, ils sont trop âgés et n'ont pas les moyens pour faire le déplacement», explique-t-il. Seul son frère lui rend visite de temps à autre, une fois tous les deux mois.
Issus tous de familles nécessiteuses, ils ont dû retrousser leurs manches pour subsister. Avaient-ils le choix ? Pas vraiment, pour ainsi dire.
Saîd est originaire de Kelâat Sraghna. A l'âge de 14 ans, son parcours d'écolier fut stoppé de manière brusque. Il avait pourtant réussi son année scolaire, mais les vacances d'été allaient être les dernières qui lui furent accordées. L'enthousiasme qui caractérise la rentrée scolaire est quelque chose qu'il ne vivra plus. Les raisons de cet abandon se déclinent sous plusieurs aspects.
Tout d'abord, Aziz, le père de cet enfant, est sans emploi fixe. Maçon de son état, il n'arrive pas à intégrer une entreprise qui lui garantirait une entrée régulière en argent, Kelâat Sraghna n'étant pas une ville où pullulent les chantiers. Du coup, Aziz n'a d'autre choix que de se rendre chaque matin au «moqef», lieu de recrutement pour travail journalier. Il y a des jours où on fait appel à ses services et d'autres non.
En plus de l'incapacité de ce père de subvenir aux besoins de sa famille, sa femme souffre d'une pathologie cardiaque. En d'autres termes, elle ne peut en aucun cas apporter la moindre contribution financière, car elle n'a pas la force de travailler. Le petit Saîd se retrouvera avec cette donne douloureuse et sera contraint de quitter l'école, son père n'étant plus en capacité de prendre en charge sa scolarité. C'est l'oncle maternel Ahmed, concierge qui vit à Casablanca, qui proposera de prendre en charge l'enfant, ou de lui trouver un job plus exactement. La proposition de ce dernier est intervenue après qu'il ait bénéficié de l'autorisation de gardiennage dans une ruelle, pour laquelle il s'acquitte d'un loyer en faveur de la commune.
Saîd deviendra, du jour au lendemain, aide-gardien de voitures avec son oncle. Mais, à vrai dire, c'est lui qui fait le gros du travail. La petite ruelle d'une centaine de mètres, dont la location coûte 100 DH par mois, rapporte entre 25 et 40 DH par jours, que les deux «associés» se partagent. «Toutes les voitures que vous voyez ici, à part quatre ou cinq, appartiennent à des employés des administrations avoisinantes. Du coup, elles sont garées là toute la journée, de 8h jusqu'à 17h ou plus, ce qui explique maigreur de la recette, contrairement à des endroits où les véhicules stationnent durant 1 ou 2 heures et ont une rotation en continu, et je passe sur les gens qui partent sans payer, ou ceux qui me donnent 30 ou 40 centimes», explique Saîd. Les jours de chance, il arrive qu'un client demande un lavage pour son véhicule, moyennant une dizaine de dirhams. Le soir venu, Saîd partage la même chambre où vit son oncle, sa femme et leurs deux enfants. Un jour, il deviendra adulte et devra voler de ses propres ailes, sans aucun métier ou une formation à proprement parler.
Haute comme trois pommes, Hajiba est à peine âgée de dix ans. La petite vivait avec sa mère et ses trois frères, depuis le décès de son père. La famille vit à Loudaya, dans la région de Marrakech, mais Hajiba vit en ville où elle travaille comme petite bonne dans une famille. Ce travail ingrat, elle ne l'a pas cherché, c'est sa mère qui l'a confiée à cette famille, afin que le labeur de la petite lui rapporte quelques sous et l'aide à faire face aux besoins de la vie. Analphabète, la petite le restera sans aucun doute. Elle fera certainement le même métier durant toute son existence, à moins qu'un miracle n'arrive, où qu'elle ne verse dans la débauche, comme ce fut le cas pour plusieurs fillettes qui ont été mise sur cette voie.
Son quotidien au sein de cette famille, Dieu seul en sait quelque chose. Une fois la porte de la maison fermée, on ne peut savoir si elle est bien ou mal traitée. Ce qui est sûr, c'est que ça ne peut être agréable de se retrouver dans sa situation.
Brahim, quant à lui, est originaire de la région d'Agadir. Il avait 12 ans quand son père l'avait confié à un proche de la famille, originaire de la même région. Le proche en question possède plusieurs débits d'alcool à Casablanca, dont celui où travaille Brahim. Sa journée au magasin débute vers 10h et se termine après 20h, heure réglementaire de la fermeture des débits d'alcool.
Lorsqu'il avait débarqué dans la capitale économique, le petit, après une journée de travail, dormait dans le magasin. Ce n'est que trois mois plus tard que le patron l'a mis, en compagnie de deux autres employés, dans une chambre de location dans l'ancienne médina. Tout comme la petite Hajiba, Brahim est analphabète. Un banc d'école, il ne sait pas à quoi cela ressemble, à part ce qu'il peut éventuellement en voir à la télé.
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Travail des enfants et abus sexuel
Des mômes qui travaillent en toute illégalité, ce n'est pas le plus fâcheux de l'histoire. Dans certains cas, ça risque de tourner mal. Très mal même. Une grande partie des enfants qui travaillent fait, en effet, l'objet d'abus sexuels de la part de ses employeurs, ou de ses collègues. Le cas du petit Houcine est aussi atroce qu'édifiant à ce propos.Les yeux mouillés, le regard triste, l'allure chétive, des sandales en plastique de couleur verte enfilées avec des chaussettes, Houcine est un cas qui reflète tout le côté désagréable de la vie, fauché en pleine enfance par l'injustice du destin. Cela fait 21 mois qu'il est incarcéré au Centre de réforme de Casablanca. Cette durée prend toute sa signification lorsque l'on apprend que Houcine n'a que 14 ans aujourd'hui. A la question relative au motif de sa détention, il répond par un seul mot : «rouh» («âme», dénomination utilisée par les prisonniers pour désigner le meurtre).
Issus d'une famille défavorisée de Taroudant, Houcine et son frère aîné sont venus s'installer à Casablanca en quête de travail, afin de subvenir aux besoins de leurs parents et de leurs quatre sœurs. Ils travaillaient séparément dans des snacks. Un jour, Houcine était en train de préparer une sauce-tomate quand le jeune homme qui travaillait dans le même snack a commencé à faire des attouchements sur lui. Il est allé encore plus loin quand il a essayé de le violer.
Le petit s'est alors saisi d'un couteau qui était à portée de sa main et se montra menaçant. Chose qui n'a pas intimidé son agresseur qui est revenu à l'assaut. Les choses se passèrent très vite et le violeur reçut un coup de couteau fatal en pleine poitrine. Le petit fut condamné à 5 ans de prison. Depuis, il n'a plus revu ses parents. «Ils ne peuvent pas venir me voir, ils sont trop âgés et n'ont pas les moyens pour faire le déplacement», explique-t-il. Seul son frère lui rend visite de temps à autre, une fois tous les deux mois.
