Il poursuit: "Cela a duré jusqu'au jour où un voisin m'a fait la remarque. Mon Samy était reculant à la vue du sang. C'était le jour de l'Aïd, on s'est rassemblé comme d'habitude à la terrasse pour égorger les moutons. Mon enfant reculait sans que je me rende compte. C'est ainsi que j'ai compris qu'il développait une certaine peur du sang".
Après avoir ramené le petit chez un spécialiste, ce jeune père a saisi qu'il est passé à côté de certaines précisions: "Je me rappelle de la première fois où Samy a assisté à la cérémonie, on était plusieurs à papoter de tout et de rien et cela m'a échappé de lui raconter l'histoire de Sidna Abraham…Je comprends que je n'aurai jamais dû faire cela".
Actuellement, le petit Samy est réticent à la vue du sang, il a peur le jour de l'Aïd et évite de voir la scène de l'égorgement que la majorité d'enfants se bousculent pour voir. "Les cauchemars, il en fait pas trop, je crois qu'il n'a plus peur mais sa réticence est plutôt traduite par un dégoût de la scène. Enfin, c'est ce que m'a expliqué son pédopsy", rajoute Haitam.
En effet, les spécialistes en psychologie de l'enfant ont d'autres explications à ce comportement. Ils parlent de l'imaginaire.
Pour faire simple, parfois les enfants, comme les adultes, sont sujets à des angoisses "spéciales" et communes à la fois : "Il s'agit des angoisses de dévorations, on les retrouve mises en scène dans les contes pour enfants, les mythes fondateurs. Ces histoires ne sont qu'une tentative de mise en mots et en pensées concernant des questions portant sur les origines", explique le pédopsychiatre Amine Benjelloun. Il poursuit: "Les ogres, les barbes bleues et autres personnages peuplent toute la littérature enfantine -contes de Grimm, d'Andersen, de Perrault, contes véritablement indispensables pour grandir à condition qu ils soient lus par l'adulte, repris et relus encore- aussi bien que les histoires que racontent les grands-mères. Ces angoisses doivent être gérées au niveau de l'imaginaire et… encore une fois, mises en scène à travers l'histoire et mises en mots par les adultes bienveillants et protecteurs". Ces deux actions permettent petit à petit aux enfants de mettre à distance leurs angoisses et surtout d'accéder, au fur et à mesure, au temps de la narration et au temps de la symbolisation.
Tout ceci pour revenir à cet acte de sacrifice où l'imaginaire se télescope rapidement avec la réalité. Certaines angoisses reviennent avec une identification (toute naturelle chez les petits), de l'enfant à l'animal. "Souvent, le sacrifice n'est pas accompagné par cette reprise orale des mythes fondateurs (ce sont les grands mythes de l'humanité, toutes cultures confondues, par exemple le mythe de l'histoire de Sidna Abraham), sacrificiel, commun aux trois grandes religions. Et même s'il est repris, il choque, dérange, angoisse les enfants. En fait, c'est la figure du Père comme officiant et sacrifiant son Enfant qui dérange", explique notre spécialiste.
Et puis, c'est toute cette dimension symbolique faite et pratiquée qui donnerait sa force et sa beauté à la fête de l'Aïd, permettant à chaque fidèle de revisiter les mythes fondateurs, et devenir à son tour un lien important dans la transmission, à travers, encore une fois la mise en mots répétitive.
Ainsi, "peu d'enfants, après la fête, font le lien entre le très beau mythe fondateur et ce qui s'est passé à la maison. Les angoisses de chacun vont cependant être réactivées. En ce qui concerne le développement de l'enfant, le travail constant et répété des parents ne peut être que louable. Un travail qui, en grande partie, basé sur la mise en mots continuelle (ce ne sont pas des ordres donnés à l'enfant), d'histoires fabuleuses empruntées soit à la culture historique d'une zone géographique ou d'histoires toutes aussi belles empruntées aux grands textes religieux", rappelle Amine Benjelloun. Pour lui, l'imaginaire est plus beau, plus important, que la réalité. Il aide à mieux grandir que la réalité, souvent brutale et angoissante.
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Elle est souvent assimilée aux craintes ayant trait à l'univers médical: hôpitaux, piqûres, accouchements… Cette affection se manifeste non par un état de nervosité et une envie de fuir, mais par un ralentissement de la circulation sanguine et une baisse du rythme cardiaque, avec pour risque la syncope. Le dégoût du sang est archaïque. Il fait partie de ces terreurs fondamentales, à savoir la peur du noir, de la solitude et des phénomènes naturels (tonnerre, éclipse…). Le sang, quant à lui, est signe de vitalité tant qu'il est caché à l'intérieur du corps. Dès lors qu'il devient visible, il est la manifestation d'une vitalité qui nous échappe. Il exprime la mort. La peur du sang a longtemps été maîtrisée par des pratiques culturelles: le sacrifice, la chasse, les rituels entourant l'abattage des animaux… A travers elles, l'Homme reprenait le contrôle de son aversion.
Après avoir ramené le petit chez un spécialiste, ce jeune père a saisi qu'il est passé à côté de certaines précisions: "Je me rappelle de la première fois où Samy a assisté à la cérémonie, on était plusieurs à papoter de tout et de rien et cela m'a échappé de lui raconter l'histoire de Sidna Abraham…Je comprends que je n'aurai jamais dû faire cela".
Actuellement, le petit Samy est réticent à la vue du sang, il a peur le jour de l'Aïd et évite de voir la scène de l'égorgement que la majorité d'enfants se bousculent pour voir. "Les cauchemars, il en fait pas trop, je crois qu'il n'a plus peur mais sa réticence est plutôt traduite par un dégoût de la scène. Enfin, c'est ce que m'a expliqué son pédopsy", rajoute Haitam.
En effet, les spécialistes en psychologie de l'enfant ont d'autres explications à ce comportement. Ils parlent de l'imaginaire.
Pour faire simple, parfois les enfants, comme les adultes, sont sujets à des angoisses "spéciales" et communes à la fois : "Il s'agit des angoisses de dévorations, on les retrouve mises en scène dans les contes pour enfants, les mythes fondateurs. Ces histoires ne sont qu'une tentative de mise en mots et en pensées concernant des questions portant sur les origines", explique le pédopsychiatre Amine Benjelloun. Il poursuit: "Les ogres, les barbes bleues et autres personnages peuplent toute la littérature enfantine -contes de Grimm, d'Andersen, de Perrault, contes véritablement indispensables pour grandir à condition qu ils soient lus par l'adulte, repris et relus encore- aussi bien que les histoires que racontent les grands-mères. Ces angoisses doivent être gérées au niveau de l'imaginaire et… encore une fois, mises en scène à travers l'histoire et mises en mots par les adultes bienveillants et protecteurs". Ces deux actions permettent petit à petit aux enfants de mettre à distance leurs angoisses et surtout d'accéder, au fur et à mesure, au temps de la narration et au temps de la symbolisation.
Tout ceci pour revenir à cet acte de sacrifice où l'imaginaire se télescope rapidement avec la réalité. Certaines angoisses reviennent avec une identification (toute naturelle chez les petits), de l'enfant à l'animal. "Souvent, le sacrifice n'est pas accompagné par cette reprise orale des mythes fondateurs (ce sont les grands mythes de l'humanité, toutes cultures confondues, par exemple le mythe de l'histoire de Sidna Abraham), sacrificiel, commun aux trois grandes religions. Et même s'il est repris, il choque, dérange, angoisse les enfants. En fait, c'est la figure du Père comme officiant et sacrifiant son Enfant qui dérange", explique notre spécialiste.
Et puis, c'est toute cette dimension symbolique faite et pratiquée qui donnerait sa force et sa beauté à la fête de l'Aïd, permettant à chaque fidèle de revisiter les mythes fondateurs, et devenir à son tour un lien important dans la transmission, à travers, encore une fois la mise en mots répétitive.
Ainsi, "peu d'enfants, après la fête, font le lien entre le très beau mythe fondateur et ce qui s'est passé à la maison. Les angoisses de chacun vont cependant être réactivées. En ce qui concerne le développement de l'enfant, le travail constant et répété des parents ne peut être que louable. Un travail qui, en grande partie, basé sur la mise en mots continuelle (ce ne sont pas des ordres donnés à l'enfant), d'histoires fabuleuses empruntées soit à la culture historique d'une zone géographique ou d'histoires toutes aussi belles empruntées aux grands textes religieux", rappelle Amine Benjelloun. Pour lui, l'imaginaire est plus beau, plus important, que la réalité. Il aide à mieux grandir que la réalité, souvent brutale et angoissante.
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L'hématophobie
D'après l'Organisation mondiale de la santé, la phobie du sang ou "hématophobie" arrive en troisième position au rang des phobies les plus répandues, après celles des animaux et du vide.Elle est souvent assimilée aux craintes ayant trait à l'univers médical: hôpitaux, piqûres, accouchements… Cette affection se manifeste non par un état de nervosité et une envie de fuir, mais par un ralentissement de la circulation sanguine et une baisse du rythme cardiaque, avec pour risque la syncope. Le dégoût du sang est archaïque. Il fait partie de ces terreurs fondamentales, à savoir la peur du noir, de la solitude et des phénomènes naturels (tonnerre, éclipse…). Le sang, quant à lui, est signe de vitalité tant qu'il est caché à l'intérieur du corps. Dès lors qu'il devient visible, il est la manifestation d'une vitalité qui nous échappe. Il exprime la mort. La peur du sang a longtemps été maîtrisée par des pratiques culturelles: le sacrifice, la chasse, les rituels entourant l'abattage des animaux… A travers elles, l'Homme reprenait le contrôle de son aversion.
