Le prix lui sera remis officiellement au cours de la séance publique annuelle de l'Académie, qui se tiendra à la mi- novembre sous la Coupole de l'Institut de France.
Peu connu au Maroc, Ahmed Essyad mène une brillante carrière musicale en France, en tant que professeur de musique, compositeur et directeur d'orchestre. Il est considéré comme l'un des compositeurs classiques les plus éminents. Homme d'une grande discrétion, il parle très peu de lui-même. Les quelques informations disponibles sur sa vie sont de peu de secours pour renseigner sur sa trajectoire. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il est né à Salé en 1938 et qu'il s'est installé en France depuis 1962.
Il s'y était rendu pour poursuivre ses études supérieures de musique après un passage au Conservatoire de Rabat. Il a 24 ans et il est inscrit au Conservatoire 110nal Supérieur de Musique de Paris, section composition et analyse. Il est l'élève d'un certain Max Deutsch, dont il devient le disciple privilégié. Deutsch est lui-même un admirateur du compositeur autrichien Arnold Schoenberg (1874-1951), dont les théories ont semble-t-il révolutionné la musique classique du XXe siècle.
En tout cas, notre compositeur en herbe semble bien tomber sous l'influence du maître. Voici ce qu'écrit un critique musical à ce sujet : «Max Deutsch lui transmet la grande leçon de Schoenberg, ce qui fortifie son sens inné de la rigueur, du respect de l'artisanat, de l'intégrité artistique et intellectuelle et qui a contribué sans doute à réaliser avec une acuité sans cesse croissante la synthèse de la musique arabo-berbère, dont il est un connaisseur éminent, et de la musique européenne incarnée par la grande tradition classico-romantique viennoise aboutissant à Schoenberg et à ses disciples». Sous l'influence de son maître, selon lequel «la musique est vocale, sinon elle n'existe pas», Ahmed Essyad a essentiellement écrit pour la voix.
En fait, il n'aurait pas eu beaucoup de difficultés à penser comme le maître, la musique dans la tradition de son pays d'origine, arabe ou berbère, est inconcevable sans un support vocal. On fait de la musique pour chanter des paroles. Avait-il l'obsession de la synthèse entre ses deux cultures ? Pour Ahmed Essyad en tout cas, «une synthèse culturelle qui ne porterait pas la réflexion des hommes en avant, qui n'enrichirait pas le présent d'une expérience nouvelle, ne saurait permettre le double étonnement, continent à continent, ce territoire où l'homme peut se perdre enfin».
Avec le prix René Dumesnil, Ahmed Essyad n'en est pas à sa première récompense. De 1991 à 1994, il est compositeur en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon pour laquelle il compose un opéra-lumière sous le titre «L'Exercice de l'Amour», compositeur en résidence au Conservatoire de la Région de Strasbourg
en 1994, Grand Prix 110nal de la Musique 1994,
compositeur invité du Festival Musica 94. 111rogé un jour sur son obsession, il donne cette réponse :
«Je ne pense pas qu'il puisse y avoir d'écriture sans obsession.
Quand je regarde les œuvres des anciens, Mozart, Beethoven, Stravinsky, Schoenberg, Debussy, je vois, je sens leurs obsessions constamment présentes. Personnellement, j'ignore la nature de la mienne et je veux l'ignorer, car il me semble que si je la saisissais un jour, je cesserais d'écrire. Et si cet opéra (Héloïse et Abélard) n'a pu m'en affranchir, il m'a permis d'aller plus loin que jamais dans cette tentative de fusion entre mes deux cultures» Ahmed Essyad est d'ailleurs l'un des rares musiciens à travailler à la collecte des musiques populaires traditionnelles du Haut-Atlas .
Pour lui, ce travail «est d'autant plus important et urgent que nous sommes entrés dans une période d'amnésie où les mémoires surtout orales meurent de l'absence de leur écho en nous et de la rupture des chaînes d'apprentissage intégrées au vécu 116ial. Comme toute pratique orale, cette musique est guettée par l'oubli».
Peu connu au Maroc, Ahmed Essyad mène une brillante carrière musicale en France, en tant que professeur de musique, compositeur et directeur d'orchestre. Il est considéré comme l'un des compositeurs classiques les plus éminents. Homme d'une grande discrétion, il parle très peu de lui-même. Les quelques informations disponibles sur sa vie sont de peu de secours pour renseigner sur sa trajectoire. Tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il est né à Salé en 1938 et qu'il s'est installé en France depuis 1962.
Il s'y était rendu pour poursuivre ses études supérieures de musique après un passage au Conservatoire de Rabat. Il a 24 ans et il est inscrit au Conservatoire 110nal Supérieur de Musique de Paris, section composition et analyse. Il est l'élève d'un certain Max Deutsch, dont il devient le disciple privilégié. Deutsch est lui-même un admirateur du compositeur autrichien Arnold Schoenberg (1874-1951), dont les théories ont semble-t-il révolutionné la musique classique du XXe siècle.
En tout cas, notre compositeur en herbe semble bien tomber sous l'influence du maître. Voici ce qu'écrit un critique musical à ce sujet : «Max Deutsch lui transmet la grande leçon de Schoenberg, ce qui fortifie son sens inné de la rigueur, du respect de l'artisanat, de l'intégrité artistique et intellectuelle et qui a contribué sans doute à réaliser avec une acuité sans cesse croissante la synthèse de la musique arabo-berbère, dont il est un connaisseur éminent, et de la musique européenne incarnée par la grande tradition classico-romantique viennoise aboutissant à Schoenberg et à ses disciples». Sous l'influence de son maître, selon lequel «la musique est vocale, sinon elle n'existe pas», Ahmed Essyad a essentiellement écrit pour la voix.
En fait, il n'aurait pas eu beaucoup de difficultés à penser comme le maître, la musique dans la tradition de son pays d'origine, arabe ou berbère, est inconcevable sans un support vocal. On fait de la musique pour chanter des paroles. Avait-il l'obsession de la synthèse entre ses deux cultures ? Pour Ahmed Essyad en tout cas, «une synthèse culturelle qui ne porterait pas la réflexion des hommes en avant, qui n'enrichirait pas le présent d'une expérience nouvelle, ne saurait permettre le double étonnement, continent à continent, ce territoire où l'homme peut se perdre enfin».
Avec le prix René Dumesnil, Ahmed Essyad n'en est pas à sa première récompense. De 1991 à 1994, il est compositeur en résidence à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon pour laquelle il compose un opéra-lumière sous le titre «L'Exercice de l'Amour», compositeur en résidence au Conservatoire de la Région de Strasbourg
en 1994, Grand Prix 110nal de la Musique 1994,
compositeur invité du Festival Musica 94. 111rogé un jour sur son obsession, il donne cette réponse :
«Je ne pense pas qu'il puisse y avoir d'écriture sans obsession.
Quand je regarde les œuvres des anciens, Mozart, Beethoven, Stravinsky, Schoenberg, Debussy, je vois, je sens leurs obsessions constamment présentes. Personnellement, j'ignore la nature de la mienne et je veux l'ignorer, car il me semble que si je la saisissais un jour, je cesserais d'écrire. Et si cet opéra (Héloïse et Abélard) n'a pu m'en affranchir, il m'a permis d'aller plus loin que jamais dans cette tentative de fusion entre mes deux cultures» Ahmed Essyad est d'ailleurs l'un des rares musiciens à travailler à la collecte des musiques populaires traditionnelles du Haut-Atlas .
Pour lui, ce travail «est d'autant plus important et urgent que nous sommes entrés dans une période d'amnésie où les mémoires surtout orales meurent de l'absence de leur écho en nous et de la rupture des chaînes d'apprentissage intégrées au vécu 116ial. Comme toute pratique orale, cette musique est guettée par l'oubli».
