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Reportage : Au fin fond d'un laboratoire scientifique

Rien n'échappe aux experts de la police
Jusqu'à présent, vous aviez l'habitude de ne voir la police scientifique que sur les séries américaines et canadiennes. Pour la première fois, nous vous ferons découvrir les couloirs d'un véritable laborat

Reportage : Au fin fond d'un laboratoire scientifique
Au rez-de-chaussée, seul un officier est là pour accueillir les visiteurs. Mais en pénétrant plus à l'intérieur, c'est tout un monde parallèle qui s'ouvre à nous. Créé en 1995, ce laboratoire, qui a traité depuis 4.580 affaires, regroupe près de 35 fonctionnaires.

Réparti sur quatre étages et une superficie de 2.500 m2, il comprend trois départements : la biologie, la toxicologie stupéfiants, et la chimie-incendie-explosifs. Cinq scientifiques sont à sa tête. «Notre objectif est d'orienter les enquêteurs et de leur donner un maximum d'indices qui peuvent apporter la preuve de la culpabilité ou de l'innocence d'un suspect», expliquent les scientifiques du laboratoire de la police scientifique.

Le Dr Zaâri Ahmed est chef du service biologie. Sa section travaille essentiellement sur : l'identification et l'analyse des traces et indices biologiques prélevés sur les scènes de crime, la reconnaissance des individus par empreintes génétiques, la détermination de paternité par analyse ADN et l'analyse microscopique des micro traces.

Depuis 1996, il a traité 1.052 cas, dont 342 en 2006. «Jusqu'à 2003, nous ne travaillions que sur l'analyse des groupes sanguins pour orienter les enquêteurs. C'était donc une identification par groupage or avec l'introduction de l'analyse de l'ADN, en 2004, nous pouvons faire des identifications individuelles, ce qui est plus intéressant», explique Zaâri Ahmed.

Actuellement, son équipe travaille sur des ossements trouvés dans un terrain de construction dans le Sud ainsi que sur la détermination de paternité par analyse ADN sur ordre du tribunal. «Nous sommes sollicités aussi bien par la police judiciaire que par les tribunaux. Généralement, nous arrivons à donner des résultats 48 heures après, mais bien évidemment tout dépend de la substance biologique»,
précise Ahmed Zaâri.
Le Dr Fawzi Slaoui gère, quant à lui, le département toxicologie-stupéfiants.

Ses objectifs sont d'analyser et d'identifier des poisons et des toxiques dans les aliments et les prélèvements issus des autopsies après empoisonnement, les drogues, leurs précurseurs et additifs sous différentes formes et matrices (plantes, comprimés, pilules…)… Depuis 1996, 934 affaires ont été traitées, dont 273 en 2006. «Nous avons également pour mission de rechercher des traces de drogue dans différents supports (vêtements, emballages, véhicules, liquides biologiques, aliments…).

D'ailleurs, ce qu'on peut remarquer, c'est que les trafiquants font preuve de beaucoup d'ingéniosité, que ce soit par rapport aux cachettes que par rapport à la fabrication des drogues», explique Fawzi Slaoui. En effet, suite à une saisie, la police lui a fait parvenir un carton en provenance de Colombie contenant des fleurs séchées.

Après moult analyses, les scientifiques n'ont pas réussi à trouver de traces de drogue. «Nous étions sur le point de tout laisser tomber quand j'ai constaté que la colle n'était pas très normale. Nous avons donc décortiqué les plaques du carton. Et la colle était en fait de la cocaïne. En tout, il y avait 9 kg de drogue», dit-il.

De la même manière, il explique que souvent, les trafiquants utilisent des substances dans les comprimés d'ecstasy qui trompent les analyses.

D'ailleurs, le Dr Slaoui a tenu à préciser que souvent, ce qui provoque les overdoses, ce n'est pas la drogue elle-même, mais les additifs.
«Les trafiquants n'hésitent pas à utiliser des substances très dangereuses, des médicaments qui ont été retirés du marché…», précise-t-il.

Troisième département : la section physique-chimie et incendies-explosifs, avec pour chef le Dr Abderrahim Louia. Sa mission : analyser les différents matériaux liquides ou/et solides prélevés sur les lieux d'infraction (écailles de peinture, encres, débris de verres, plastiques, colles, bandes adhésives, explosifs, métaux, roches, sols…), faire des constatations techniques et des prélèvements sur les lieux d'incendie ou d'explosion, des recherches et analyses des résidus d'accélérant de feu ou d'explosifs en vue de la détermination des causes des incendies ou des explosions… Depuis 1996, ce département a traité 3.000 affaires, dont 1.135 en 2004 suite aux attentas du 16 mai.

«Le pic correspond aux perquisitions qui ont été menées après les attentats, mais également au fait qu'à l'époque, nous traitions également tous les dossiers concernant les faux documents, qui aujourd'hui sont acheminés vers Rabat», explique Abderrahim Louai.

Ainsi, selon les dires de nos scientifiques, tout policier est censé savoir quoi faire en arrivant sur une scène de crime. Seulement voilà, dans un des articles publiés il y a peu de temps sur nos colonnes, nous avions pu constater directement sur le terrain le travail des techniciens, et c'était loin de correspondre à ce qui nous a été dit. Espérons qu'il ne s'agissait que de débutants !

REPÈRES
Le laboratoire en chiffres

> 1996 : 88 affaires reçues
> 1997 : 143
> 1998 : 136
> 1999 : 176
> 2000 : 199
> 2001 : 291
> 2002 : 311
> 2003 : 385
> 2004 : 1.246
> 2005 : 930
> 2006 : 700

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Les «laborantins» en herbe

En 2004, pour perfectionner ses services, la direction de la police scientifique et technique a mis en place un plan de formation. Ainsi, depuis 3 ans déjà, le service s'est doté de techniciens de scènes de crime qualifiés.

D'ailleurs, chaque année, des policiers sont formés. «Il y a au niveau de la Direction générale de la sûreté nationale un grand souci de sensibilisation.

Ainsi nous formons continuellement les policiers sur l'apport de la police scientifique dans les enquêtes et nous leur enseignons également comment prélever des échantillons, comment protéger et gérer les scènes de crime…», explique Abdel Hamid, chef
du laboratoire scientifique et commissaire divisionnaire.

Ainsi, aujourd'hui, chaque préfecture est censée avoir parmi son personnel des techniciens de scènes de crime. «C'est un travail de partenariat et nous exigeons d'ailleurs que ce soit la même personne qui a prélevé les échantillons qui nous les amène», conclut Abderrahim Louai.
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