Société

Reportage

Quand la prison devient un point de départ

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Quand la prison devient un point de départ

Quand la prison devient un point de départ

«De peur de la “chouha” de la famille dans le quartier, mon frère m'a donné l'ordre de ne plus y mettre les pieds après ma libération"; "M'accusant de mauvaise graine et de vaurien, ma famille a jeté mes vêtements par la fenêtre.

Je n'oublierai jamais ce moment où même les personnes les plus proches de moi m'ont laissé tomber parce que je ne suis plus à leurs yeux qu'un ex-taulard". Des témoignages qui donnent froid dans le dos et qui mettent la lumière sur ce que vivent des personnes qui ont, certes, péché, mais qui se trouvent, une fois leur peine purgée, confrontées à une autre sorte de châtiment: la difficile, voire parfois impossible, réinsertion dans la société.

Créé en 2006 par la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus, un dispositif d'accompagnement post- carcéral, vient au secours de cette couche sociale, qui jusqu'alors était complètement laissée pour compte. Ce programme s'appuie sur une action entamée au niveau interne, dès le début de l'incarcération. Il consiste notamment en la mise en place d'un projet individuel, la préparation à la libération et, opération hautement importante, la définition d'un plan de réinsertion après la libération.

Situé au jardin de la Palestine au quartier Belvédère à Casablanca, le Centre d'accompagnement post carcéral (CAPC) a pour mission "la préparation de l'ex-détenu aux problèmes du monde de la liberté", selon l'expression de Kabira Lify, coordinatrice au Service de préparation de réinsertion (SPR). Pour elle, c'est un outil destiné à l'orientation des ex-détenus et pas à l'assistanat passif. "Le bénéficiaire est censé être menu de son propre projet, qu'il a déjà élaboré pendant sa période d'incarcération, notamment en suivant, grâce au SPR, une formation professionnelle au sein de l'établissement pénitentiaire", explique Hassan Harrouchi, coordinateur du CAPC. Et de poursuivre: "Nous accompagnons également ceux qui n'ont pas de projet et qui cherchent des postes de salariés. Notre cellule spécialisée dans la prospection se charge de leur trouver un travail auprès de certaines entreprises qui répondent favorablement à notre sollicitation". Cependant, précise Kabira Lify, le CAPC n'est pas un service d'embauche. "Nous aidons les bénéficiaires qui montrent une grande volonté à rebâtir leur vie en demandant aux entreprises de leur accorder une égalité de chances".
Encouragés par les expériences de leurs camarades, les bénéficiaires de ce Centre sont de plus en plus nombreux.

En cette matinée du mois de novembre, plusieurs jeunes semblent se réjouir devant les écrans neufs des ordinateurs alignés dans un coin spécialement aménagé pour cette activité. L'ambiance est sereine et les jeunes sont complètement absorbés par la navigation sur le net. Abdellatif, 36 ans, indique qu'il est en visite au centre pour la deuxième fois. Très satisfait de la qualité de l'accueil, ce jeune homme dont le visage est marqué par un passé peu confortable, avoue que c'est la première fois de sa vie qu'il touche le clavier d'un ordinateur. Pour cet ex-détenu, libéré en 2005 après une grâce royale, et apparemment peu habitué à être traité convenablement, rien que la qualité de l'accueil compte déjà beaucoup pour lui. "Khouya, je me sens finalement comme un être humain.

C'est comme si mon humanité me revenait", affirme Abdellatif, plusieurs fois incarcéré pour divers motifs, dont un viol doublé d'une tentative de meurtre, crime pour lequel, il a écopé de huit années d'emprisonnement. Malgré sa libération, Abdellatif traîne toujours un passé peu réjouissant. Associé à la précarité de sa situation et à l'absence de bons conseils, son passé a toujours représenté un handicap pour lui. Aussi, les gens ont perdu confiance en lui et le traitent avec dédain et méfiance. Somme toute, il a toujours été considéré comme un moins que rien. "Se ranger et commencer une nouvelle vie passe forcément par un embauche. Mais trouver un boulot avec de telles références relève presque de l'impossible. Des amis m'ont dit que c'est possible grâce à ce centre, c'est pour cela que je suis ici", indique-t-il. Même topo pour Noureddine, 22 ans. "Le centre d'accompagnement est une vraie solution pour son calvaire", affirme-t-il. Il a déjà trois incarcérations a son actif pour différents motifs, mais aussi un diplôme en tôlerie décroché au sein de l'établissement pénitentiaire. Deux fois, il a été casé dans de grandes sociétés, avec un bon salaire.

Malheureusement, ses récidives, qu'il qualifie maintenant de stupides et d'insensées, l'ont empêché de poursuivre son chemin. Après sa dernière libération il y a deux mois, il visite souvent le centre en quête de travail. "Au lieu de traîner avec des copains pas très corrects, je préfère venir ici faire de petites recherches sur Internet", indique Noureddine dont l'objectif actuel est la création, en compagnie d'un associé, de son propre atelier de tôlerie, chose qu'il compte réaliser avec l'aide du Centre d'accompagnement post carcéral.

Si Abdellatif et Noureddine sont en stade "d'initiation" avec le Centre, d'autres ex-détenus sont déjà arrivés au bout de leur objectif, ou presque.
C'est le cas, par exemple, de cette fille qu'on va appeler, par respect pour son souhait de garder l'anonymat, Rachida. Agréable à voir, coquette et soigneusement maquillée, cette jeune femme de 32 ans a passé l'essentiel de sa courte existence en prison pour un meurtre qu'elle a commis à l'âge de 17 ans. Libérée en décembre 2004, elle avait tout à apprendre, mais personne sur qui compter. Même sa famille ne lui a été d'aucun secours. Pire, l'un de ses frères l'a chassée de la maison familiale. Pleine de rage de vivre et armée d'une volonté de fer, Rachida a poursuivi son apprentissage en couture dans un centre de formation professionnelle. "Certaines mauvaises connaissances m'invitaient vers d'autres sentiers peu orthodoxes, mais je refusais catégoriquement", raconte cette fille au tempérament nerveux.

Mais, ne dit-on pas qu'après la pluie vient le beau temps ? Et en effet, le beau temps est arrivé quand Rachida est entrée en contact avec les assistantes du centre d'accompagnement qui, après quelques mois, lui ont déniché, en compagnie de plusieurs autres ex détenues, des contrats de travail au sein de grandes sociétés à Casablanca. "A présent, j'apprends à vivre", confie Rachida. "Comme j'étais incarcérée à un très jeune âge, j'ignore tout de la vie. Dès que j'ai eu ce boulot, et malgré certaines autres difficultés, j'ai commencé quand même à profiter de ma vie. Chose qui n'était probablement pas réalisable sans l'intervention de ce centre auprès des entreprises", admet-elle, reconnaissante.
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3.000 interventions

Créé en 2006, le dispositif d'accompagnement post carcéral représente une vraie opportunité pour les ex détenus désireux de se réinsérer dans la société et de refaire leur vie. Deux centres d'accompagnement sont opérationnels à Salé et à Casablanca et un autre est en cours de réalisation à Agadir. Après sa libération, le porteur de projet est accompagné dans la mise en œuvre et le suivi jusqu'à sa réinsertion sociale et professionnelle.

A fin 2006, plus de 3.000 interventions post carcérales ont été menées par la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus, réparties comme suit : 179 embauches; 12 formation pré emplois; 14 formations à la carte; 25 stages rémunérés; 22 stages de perfectionnement et 45 poursuites de formation. La Fondation a accompagné 75 porteurs de projets.

Cheveux courts, mains sèches, maigre mais pleine de sérénité, la fille, qu'on va appeler Nadia, a goûté quatorze fois à la misère des établissements pénitentiaires, essentiellement pour vente de drogue. A trente-six ans, elle a déjà été onze fois incarcérée. La première date de 1985, c'est-à-dire quand elle avait quatorze ans. Libérée il y a une année et demie, elle mène actuellement une vie paisible avec ses parents et sa petite fille de douze ans. "Hamdoulillah, je paie mon loyer et je subviens à mes besoins. Je ne fume plus, je ne prends plus de drogue et les gens me respectent de plus en plus.

Mais la meilleure chose qui m'est arrivée c'est que ma petite fille, qui me rejetait avant à cause de mes longues absences en prison, a fini par accepter ma présence et elle m'aime à nouveau", se réjouit-elle, une lueur de bien-être traversant ses yeux. Et d'expliquer: "Khti Kabira (faisant allusion à la coordinatrice du SPR) m'a beaucoup aidée.
Elle suit mon cas de très près et elle m'a insufflé beaucoup de bonnes choses. Je lui dois ma résurrection".

En effet, Nadia est actuellement employée, grâce au programme d'accompagnement, dans une société à Casablanca et elle est fière de son travail. Si un tel intérêt et une telle orientation avaient été jadis prodigués aux détenus, souligne-t-elle, j'aurais sûrement évité beaucoup de mes erreurs passées.
Pour le bonheur des bénéficiaires, de tels happy ends, où des ex-détenus ont réussi à refaire leur vie grâce aux efforts de la Fondation Mohammed VI sont de plus en plus nombreux. Certains d'entre eux ont même monté leur propre projet, qui ne manque pas d'originalité. C'est le cas de Khalid Taftanazi, qui a développé un projet de petite école de musique. "Mon séjour d'une année dans un établissement pénitentiaire ne m'a pas découragé. Et la Fondation Mohammed VI a été un vrai catalyseur dans ma vie", souligne ce jeune de 27 ans, plein de vie et dont le regard et les gestes sont pleins d'assurance. Selon lui, grâce à sa volonté, sa persévérance ainsi que l'aide et le soutien de la Fondation, il a réussi à avoir un crédit de 15.000 DH de la part de la Fondation Zakoura.

Une somme qui a servi à l'achat de matériel musical et à l'aménagement du vieux local où son père donnait également des cours de musique à certains amateurs. Grâce à son sérieux et à son travail acharné, Khalid compte actuellement 43 apprentis qui se relayent sur ce local, constitué d'une pièce et d'une soupente, dont la surface globale ne dépasse pas une douzaine de mètres carrés.
"Les affaires marchent très bien et j'arrive à vivre convenablement des revenus de mon école", affirme-t-il, et ajoutant qu'un projet d'extension de cette école est en cours d'élaboration. La Fondation Zakoura est prête à financer ce projet par un micro-crédit. Malgré ses engagements envers ses apprentis musiciens, Khalid n'a pas oublié le lieu qui lui a ouvert tant de perspectives: l'établissement pénitentiaire de Oukacha.

Trois fois par semaine, il rend visite aux détenus pour leur donner, bénévolement, des cours de musique. Qui sait, peut-être qu'un autre détenu suivra le même parcours?
Un vœu que les responsables de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus souhaiteraient bien voir comblé.
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Humaniser le milieu carcéral

"Humanisation du milieu carcéral et instauration de la fonction réformatrice et pédagogique des établissements pénitentiaires et des centres de l'enfance", telle est la mission de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des pensionnaires des établissements pénitentiaires.

Depuis sa date de création en janvier 2002, cette institution a fortement contribué à l'amélioration des conditions dans les établissements
pénitentiaires.
A fin 2006, 19 établissements bénéficient de programmes de réinsertion socioprofessionnelle. D'autres sont en cours de réalisation. Six centres de sauvegarde bénéficient de l'accompagnement pour la rééducation et la réinsertion familiale et professionnelle.
Un centre de sauvegarde pour la jeune fille a été construit et équipé à Agadir.
Par ailleurs, plusieurs filières de formation ont été créées. La formation professionnelle en compte 36, l'artisanat 9, alors que la filière agricole en totalise 13.

A fin 2006, l'effectif des stagiaires en formation professionnelle a atteint, à fin 2006, près de 8.000 détenus.

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