Un chiffre, un seul témoigne de l'immense échec de notre système éducatif : chaque année 400.000 enfants abandonnent l'école. Le monde entier reconnaît la valeur fondamentale de l'investissement dans l'éducation et la société du savoir, notamment l'éducation des filles. L'objectif du développement humain nous rappelle que si le progrès économique est nécessaire, il n'a de sens que s'il s'accompagne de progrès social et de progrès humain. Dans l'entretien que M. Ahmed Akhchichine nous a accordé, une idée de fond se dégage selon laquelle la solidarité est fondée sur l'idée de responsabilité collective les uns vis-à-vis des autres. Il met l'accent sur le mandat que la société a fixé à l'école et qui fait de l'éducation le domaine qui porte sans doute le plus ces valeurs d'égalité de chance, de solidarité nationale et de dignité humaine.
Dans son plaidoyer, il présente les premières réformes mises en place pour améliorer « le biotope de l'école, les constituants du système, les bâtiments avec la rénovation de 3000 établissements scolaires, les apprenants et les différents dispositifs d'aide apportés aux familles par le biais d'allocations et d'offres de repas gratuits, la formation des maîtres et enseignants et des gestionnaires, les améliorations du contenu. Il souligne que s'il revient à l'Etat d'améliorer les conditions générales, le cœur et l'acteur de tout changement reste l'enseignant chargé de la transmission du savoir. Il présente dans ce sens les nouvelles mesures prises en termes de formation, de recrutement et de motivation des enseignants.
Mais, attention, dit ce ministre, qui entend s'investir totalement dans ce chantier de la réforme de l'éducation et qui ne se présentera pas à la députation de Mohammedia, rien n'est joué si tous les maillons de la chaîne ne se mettent pas en place «même si l'école fait tout son travail pour transmettre le savoir et acquérir les compétences, si les familles ne sont pas suffisamment vigilantes pour assurer un contrôle sur le rendu de l'école, et pour répondre à leur tour aux besoins de l'enfant, si l'environnement éducatif, notamment à travers les bibliothèques, la télévision, n'est pas performant, si l'ensemble de la chaîne de la socialisation ne fonctionne pas en symbiose, nous n'évoluerons pas».
--------------------------------------------------------------------------------
Interview Ahmed Akhchichine, ministre de l'Education nationale.
Le ministre de l'Éducation nationale dresse l'état des lieux de l'école marocaine, ses dysfonctionnements et ses acquis et fixe les priorités du plan d'urgence de la réforme.
Le Matin : Au cours du dernier Conseil de gouvernement, le Premier ministre a rappelé quelques grandes lignes du plan d'urgence de la réforme de l'enseignement, en insistant sur l'idée de réhabiliter l'école publique, renforcer la confiance et traiter ses dysfonctionnements. Il y a aujourd'hui, et on le remarque, une réelle prise de conscience mais devant ce vaste programme, par quoi allez-vous commencer ?
Ahmed Akhchichine : Nous n'en sommes plus à la prise de conscience. Il existe actuellement une réelle volonté de mener jusqu'au bout la réforme. Ici et là, on évoque une énième réforme. Je voudrais d'emblée fixer le cadre et rappeler qu'il s'agit d'un programme d'urgence qui s'est fixé un plafond et un plancher. Le plafond ce sont les fondements stratégiques de l'école marocaine qui sont définis clairement par la Charte et qui sont en cours de mise en œuvre depuis huit ans. Nous avons encore deux années dans le segment temps fixé pour la réforme pour boucler “la décennie de l'école''. De ce point de vue, le programme d'urgence ‘'ne revisite'' pas les choix stratégiques établis par la Charte. Le plancher, c'est le plan d'urgence qui définit les priorités qui sont celles que le Conseil supérieur de l'enseignement a fixées dans son rapport 2008. Le Conseil a défini quatre priorités que le programme d'urgence va traduire en mode opératoire et en mesures concrètes.
Revenons si vous le voulez bien rapidement sur la vision stratégique avant de décliner les mesures concrètes…
Il y a une question de fond que nous nous sommes posés: est-ce que l'on peut se permettre de laisser un système d'éducation et de formation fonctionner à un rythme différent de la place qui doit revenir au Maroc dans le monde d'aujourd'hui? Le mandat que la société a fixé à l'école et tel qu'il est défini dans la Charte répond à cette préoccupation. Il correspond à trois horizons: forger la citoyenneté, offrir à chaque citoyen les atouts dont il aura besoin pour contribuer à la création de la richesse collective et enfin donner à chacun les ingrédients pour comprendre le monde dans lequel il évolue et pour s'ouvrir sur l'autre. Nous sommes tous d'accord sur cela, ce qui peut ne pas avoir marché, c'est la manière de les mettre en œuvre qui fait appel à un mode opératoire mieux adapté et que l'on retrouve dans le programme.
Le mandat est clair, mais avant de revenir aux priorités du programme d'urgence de la réforme de l'enseignement, faisons l'état des lieux de l'école marocaine. Ses dysfonctionnements nous permettront-ils de comprendre le bien-fondé des mesures que vous comptez mettre en œuvre ?
Je ne rappellerais que les dysfonctionnements majeurs. Nous avons des indicateurs liés à la faiblesse interne du système: nous avons des taux de redoublement et d'échec qui sont trop élevés et qui montrent qu'il y a un problème d'efficacité interne. A valeur d'aujourd'hui, nous avons chaque année 400.000 enfants qui quittent l'école sans qualification. Nous savons quel est le coût social et le coût économique de tout acteur qui se retrouve demain sur le marché du travail sans qualification.
Pour le remettre dans le circuit de la production de la richesse, il faudra de nouveau payer pour le qualifier. Par rapport à toutes les normes d'efficacité, nous ne pouvons plus nous le permettre. Il y a un autre indicateur: celui relatif à la capacité de l'école et de l'université à répondre à des besoins exprimés par notre économie. Une partie de nos diplômés ne trouve pas sa place dans le marché du travail, alors que paradoxalement, nous avons besoin de profils que l'université ne forme pas. Il y a un réel problème d'adéquation entre les deux. D'autre part, quand on analyse la nature de l'offre scolaire marocaine, à valeur d'aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a deux écoles: une école de la ville qui assure un service minimum et une école du monde rural réduite en peau de chagrin, délabrée, non raccordée aux réseaux de l'eau potable et de l'électricité où se démène l'enseignant. Ce hiatus entre deux offres d'un même système national est source de dysfonctionnements majeurs: les élèves du monde rural ont des difficultés à ‘'rester dans le train'' et une partie de leur avenir est obérée. Peut-on nous permettre, compte tenu des enjeux de demain et de la mondialisation, de voir la moitié des enfants de demain bénéficier d'une formation au rabais ?
Le diagnostic est établi dans son ensemble et avec précision. Que mettez-vous en face en termes de priorités et de mesures ?
Première priorité incessible: nous devons par tous les moyens assurer l'effectivité du principe de l'obligation scolaire jusqu'à 15 ans.
Nous devons faire cela pour interdire le travail des enfants de moins de 15 ans, éviter le travail des petites bonnes, des petites mains... Si nous ne combattons pas ces phénomènes, le Maroc ne pourra être éligible dans une société moderne. Un enfant qui quitte l'école avant 15 ans se retrouve dans la rue, sans qualification, en proie aux multiples dangers de la rue : proxénétisme, pédophilie, exploitations diverses…
Deuxième priorité, mettre l'accent sur l'excellence dans certaines filières pointues qui nécessitent une préparation de qualité pour ceux qui seront sélectionnés parmi les plus talentueux qu'il faudra accompagner jusqu'à ce qu'ils s'expriment au mieux dans le domaine des sciences, des technologies, des arts, du sport… On pourra ainsi disposer d'une élite en termes de compétences et de talents.
Une troisième priorité concerne le ministère de l'Education…
Qui mieux que n'importe quel département mérite le nom de “mammouth''. Quelques chiffres pour le présenter avant de passer ses priorités...
300.000 fonctionnaires, 25.000 établissements et de nombreux dysfonctionnements relatifs à la politique de recrutement, la qualité de formation des ressources humaines, l'absence de gouvernance dans le pilotage du système, la répartition des rôles, la maîtrise des langues. Comment dès lors faire de ce département un levier pour assurer les conditions de réussite, à savoir l'optimisation des ressources humaines et matérielles, la mobilisation autour de l'école pour établir ce contrat de confiance entre elle et la société? Ce sont là les territoires qui fondent la vision stratégique déclinée dans la Charte à un moment exceptionnel dans la mesure où nous allons bénéficier de ce que les démographes appellent ‘'une fenêtre d'opportunité démographique''. Nous allons avoir pendant près de douze ans plus de personnes qui seront en âge d'être actives que de personnes qui seront prises en charge par la société. Aujourd'hui, près de 250.000 jeunes arrivent chaque année sur le marché de l'emploi et dans les prochaines années, ce chiffre atteindra les 400.000. C'est une donnée fondamentale, une grande équation qui doit être au cœur de toutes nos préoccupations et décisions et qui doit mobiliser la société tout entière. Cette ‘'fenêtre'' s'ouvre au moment où il y a un besoin réel de main-d'œuvre active. Il faut répondre à cette demande avec des ressources humaines qualifiées qui vont générer de la richesse.
Qui fait quoi dans le programme et ne craignez-vous pas une déperdition d'énergie et de moyens avec la multiplication des conseils, des commissions ?
A valeur d'aujourd'hui, il y a deux instances qui fonctionnent en symbiose avec des rôles et des mandats définis et énoncés. Celui qui a la maîtrise d'œuvre et d'ouvrage du système au quotidien, c'est le ministère qui fonctionne de manière pléthorique et duale l'un pour l'école, l'autre pour l'université …Nous travaillons à la rationalisation de son fonctionnement.
De l'autre côté et nous avons la chance de disposer d'un think-tank qui travaille en permanence, c'est le Conseil supérieur de l'enseignement. Il représente des sensibilités, reflets de la société marocaine, il a un mandat clair, il est consultatif auprès de Sa Majesté pour produire des idées, un rapport sur l'état des lieux établi tous les deux ans.
Il dispose enfin d'une instance d'évaluation habilitée à produire toutes les évaluations dont le système a besoin.
Il n'y a donc pas de confusion, les rôles de chacun sont bien définis.
Le ministère étant, si l'on peut dire, le grand
ordonnateur ?
C'est le ministère qui est comptable vis-à-vis de la société par rapport au rendement et à l'utilisation des ressources.
En filigrane de toutes les priorités, mise à niveau de l'école du monde rural notamment et de l'obligation d'école jusqu'à 15 ans, il y a ce ‘'réel douloureux'' de la pauvreté qui fait que les familles font travailler les enfants très jeunes pour se débarrasser de bouches à nourrir et pour en tirer des ressources. Comment agir en amont et en aval pour en limiter les conséquences, étant entendu que l'opération «Un million de cartables» ne peut pas suffire ?
Avant de répondre à votre question, je voudrais dire qu'il est plus utile à la société qu'un enfant reste à l'école jusqu'à 15 ans que par rapport aux gains que la famille peut en tirer, y compris dans le monde rural où il n'y a pas de déficit de bras. Si un élève sort de l'école sans moyens de s'intégrer et de produire quelques richesses, c'est à la société de suppléer, c‘est-à-dire à la collectivité de le prendre en charge.
Tous les rapports des organisations internationales montrent que le coût socio-économique de la non-scolarisation est très élevé. Un mot sur l'opération d'un million de cartables: ce n'est pas une opération caritative, elle procède d'une démarche d'efficacité. Nous ne pouvons plus nous permettre de responsabiliser la seule famille ou sur la collectivité de proximité.
C'est une responsabilité sociale collective de tous les acteurs pour faire en sorte de garder les enfants à l'école au minimum jusqu'à 15 ans. Dans les sociétés avancées, cette obligation est figée dans la loi. Pour cela et pour revenir à notre programme d'urgence, nous avons voulu stabiliser le système. J'ai évoqué l'école dans le monde rural. Il faut savoir que 80% de nos écoles dans le monde rural ne disposaient pas de toilettes et n'étaient pas raccordées au réseau d'eau et d'électricité. Nous avons commencé par remettre à niveau quelque 3.000 établissements et nous accélérerons le rythme en 2009. Nous allons également construire mille nouveaux établissements collèges, lycées parmi lesquels il y aura 300 nouveaux internats. Nous allons, d'autre part, à partir de 2008, lancer un programme à titre pilote dans certaines communes de transfert de ressources à des familles dans le besoin, en contrepartie du maintien des enfants à l'école. Nous allons, en d'autre terme, aider financièrement des familles pour qu'elles gardent leurs enfants à l'école.
Quel est le montant de cette réallocation ?
Il s'agit d'une enveloppe globale de 50 millions DH qui sera augmentée.
Nous partons d'expérience concrétisée au Mexique, en Bolivie, au Brésil et ailleurs et qui donne des résultats. Nous testerons d'autres dispositifs pour contrer des logiques de certaines familles qui préfèrent mettre les enfants très jeunes au travail.
Il faut trouver en effet des incitatifs qui pallient les défaillances comme le déficit nutritionnel dans le monde rural. Dans ce sens, nous allons multiplier par huit l'offre des cantines scolaires gratuites pour que le maximum d'enfants puissent bénéficier au moins d'un repas par jour.
Pour les bourses, nous serions à ‘'un ratio de 1 x 12''.
La communauté doit se donner les moyens de mobiliser des ressources pour réussir une réconciliation effective entre l'école et la société, nous ne ferons que différer la facture pour les générations qui viennent et cette facture n'en sera que plus lourde face aux mutations du monde.
Le vecteur du changement, celui qui est au cœur des évolutions, c'est l'enseignant. Comment en faire un acteur impliqué et responsable ?
Celui qui reste au cœur de toutes les évolutions, c'est celui qui est chargé de transmettre le savoir, celui qui est maître à bord dans sa classe.
A ce niveau, nous avons de réels problèmes que nous avons identifiés, débattus avec nos partenaires sociaux et avec les syndicats qui en sont conscients.
Nous avons tout d'abord des problèmes sur le pré-requis au recrutement. Le métier d'enseignant, qui était un métier de vocation, la nature de la mission étant très complexe et difficile, est devenu un métier palliatif. Nous avons d'autre part des problèmes dans la formation initiale et la formation continue, qui doivent être développées, compte tenu la complexité du métier d'enseignant et de celle de l'environnement marqué par la violence des rapports sociaux. Le programme d'urgence apporte des réponses : la formation sera assurée par l'université et elle sera ouverte.
Des filières spécialisées sont ouvertes pour assurer des formations et des compétences professionnelles et pédagogiques et seuls les lauréats pourront accéder aux concours pour le recrutement d'enseignants. Ils auront une ‘'formation résidentielle'' et une formation parrainée en trois temps et c'est seulement à l'issue de ce processus que des classes leur seront confiées.
Y a-t-il d'autres dispositifs de soutien ?
Le système traite aujourd'hui tous les enseignants de la même manière, ceux de Casablanca, d'Ouissert ou de Mhamed Ghizlane. Des critères de différenciation vont être introduits, motivation pécuniaire qui sera définie dans le cadre d'une proposition gouvernementale. Les logements de fonction seront assurés et l'évolution de carrières sera examinée à l'aune du parcours.
Il faut reconnaître la difficulté des conditions de travail et nous devons, de manière collective, mobiliser des ressources pour qu'elles assurent leurs missions dans les meilleures conditions.
Vous avez parlé de la maîtrise des langues: où en est l'apprentissage du tamazight ?
Nous avons constaté dans l'ensemble une déperdition de la maîtrise de l'outil linguistique dans notre système scolaire. Nous avons fait des “benchmarks'' à travers le monde et étudié les différentes expériences dans le monde. A partir de 2009, nous mettrons sur pied un schéma directeur de maîtrise des langues arabe, française, tamazighte… Nous verrons également les “matchings'' entre les langues et la place qu'il faudra donner à telle ou telle langue dans telle ou telle région.
Le ministère est comptable vis-à-vis de la société. Il doit également épouser tous ces changements que nous avons évoqués et donc se réformer lui-même. Comment cela ?
De tous les systèmes, c'est celui de l'éducation qui a parié le plus loin et le plus profondément sur la décentralisation. La réforme avait mis en place les Académies régionales d'éducation et de formation, les dispositifs d'autonomie des universités… Nous avons parié sur la formation et l'autonomie mais nous ne pouvons pas fonctionné seuls à des vitesses différentes par rapport aux autres structures.
Nous sommes convaincus que le niveau central ne peut pas dépasser les fonctions régaliennes et de vision stratégique qui intéressent l'architecture générale.
Tout ce qui renvoie à l'opérationnalisation, à la gestion des ressources doit se faire à l'étage régional pour les Académies et à l'étage provincial pour ce qui est des délégations en contrepartie d'une relation contractuelle avec l'Etat.
Nous donnons des moyens en contrepartie d'objectifs qui doivent être réalisés. Nous ferons la même chose avec les universités. Deuxième principe: nous allons recentrer le système sur ces métiers de base: formation, évaluation et tout ce qui ne relève pas de cela sera externalisé. Il n'est pas normal par exemple que nos directeurs d'Académies et nos délégués passent la moitié de leur temps à vérifier et suivre les chantiers de construction. Dans ce même sens, avons-nous les qualifications pour assurer les services d'hôtellerie des internats? La logique d'ensemble veut que les acteurs de l'enseignement se concentrent et soient évalués sur leurs cœurs de métier et que des partenariats opérationnels soient développés autour des établissements scolaires. Les collectivités locales vont, quant à elles, prendre une place grandissante et incontournable dans ce schéma.
Un mot sur les gestionnaires du système…
Nous avons initié cet été une première expérience de stage au profit des directeurs d'école. 9.000 directeurs d'établissements ont été regroupés pendant 10 jours et ont reçu une formation aux nouvelles technologies et autres outils de gestion mais pas seulement...
Ces directeurs qui devront faire un suivi précis de certains points comme l'abandon scolaire, le suivi de la mise à niveau et la maintenance préventive du délabrement physique d'un établissement scolaire… L'idée étant de développer les compétences des acteurs à travers la formation continue et les cycles de formation et de les encourager vers l'autonomie à travers l'élaboration des projets d'établissements. Nous avons consacré pour cette année une enveloppe de 10 millions DH pour financer des projets d'établissements. Demain, un lycée pourra choisir d'avoir une thématique dominante comme le tourisme écologique par exemple…
Concernant les différentes enveloppes qui seront allouées à tel et tel projet, quel est le budget de votre département ?
La contribution globale se situe à 26% du budget global de l'Etat, soit, pour les deux secteurs, 39 milliards DH. En réalité, derrière ces chiffres se cachent des éléments de différentiation qu'il faut rappeler. Aujourd'hui, l'indicateur réel pour savoir le niveau de mobilisation collective de la ressource pour l'éducation, c'est celui de la dépense pour un enfant jusqu'à l'âge de 21 ans. Notre dépense reste très faible, soit 525 dollars par an et par enfant.
A titre comparatif, qu'en est-il de cette dépense en Tunisie ou en Jordanie ?
En Tunisie, elle est de 1.100 dollars, en Jordanie 1.400 dollars et en Afrique du Sud 1.600. C'est important de rappeler ces chiffres pour dire que l'école réussit quand elle a un prolongement naturel dans le tissu social. Même si l'école fait tout son travail pour transmettre le savoir et acquérir les compétences, si les familles ne sont pas suffisamment vigilantes pour assurer un contrôle sur ‘'le rendu de l'école'' ,et pour répondre à leur tour aux besoins de l'enfant, si l‘environnement éducatif à travers les bibliothèques et la télévision n'est pas performant, si l'ensemble de la chaîne de la socialisation ne fonctionne pas en symbiose, il ne faut pas rêver, l'école réussira avec les autres maillons de la chaîne.
Aujourd'hui, face à cet immense chantier, et dans la solitude des coureurs de fond, quel est votre état d'esprit ?
Optimiste. Au départ, je vous avoue que je pensais que le pari n'était pas jouable ; aujourd'hui, je suis convaincu qu'il l'est et qu'il nous faut profiter de la dynamique mise en place
par Sa Majesté pour nous
préparer au mieux à cette “fenêtre d'opportunités'' que nous avons évoquée.
Dans son plaidoyer, il présente les premières réformes mises en place pour améliorer « le biotope de l'école, les constituants du système, les bâtiments avec la rénovation de 3000 établissements scolaires, les apprenants et les différents dispositifs d'aide apportés aux familles par le biais d'allocations et d'offres de repas gratuits, la formation des maîtres et enseignants et des gestionnaires, les améliorations du contenu. Il souligne que s'il revient à l'Etat d'améliorer les conditions générales, le cœur et l'acteur de tout changement reste l'enseignant chargé de la transmission du savoir. Il présente dans ce sens les nouvelles mesures prises en termes de formation, de recrutement et de motivation des enseignants.
Mais, attention, dit ce ministre, qui entend s'investir totalement dans ce chantier de la réforme de l'éducation et qui ne se présentera pas à la députation de Mohammedia, rien n'est joué si tous les maillons de la chaîne ne se mettent pas en place «même si l'école fait tout son travail pour transmettre le savoir et acquérir les compétences, si les familles ne sont pas suffisamment vigilantes pour assurer un contrôle sur le rendu de l'école, et pour répondre à leur tour aux besoins de l'enfant, si l'environnement éducatif, notamment à travers les bibliothèques, la télévision, n'est pas performant, si l'ensemble de la chaîne de la socialisation ne fonctionne pas en symbiose, nous n'évoluerons pas».
Interview Ahmed Akhchichine, ministre de l'Education nationale.
Le ministre de l'Éducation nationale dresse l'état des lieux de l'école marocaine, ses dysfonctionnements et ses acquis et fixe les priorités du plan d'urgence de la réforme.
Le Matin : Au cours du dernier Conseil de gouvernement, le Premier ministre a rappelé quelques grandes lignes du plan d'urgence de la réforme de l'enseignement, en insistant sur l'idée de réhabiliter l'école publique, renforcer la confiance et traiter ses dysfonctionnements. Il y a aujourd'hui, et on le remarque, une réelle prise de conscience mais devant ce vaste programme, par quoi allez-vous commencer ?
Ahmed Akhchichine : Nous n'en sommes plus à la prise de conscience. Il existe actuellement une réelle volonté de mener jusqu'au bout la réforme. Ici et là, on évoque une énième réforme. Je voudrais d'emblée fixer le cadre et rappeler qu'il s'agit d'un programme d'urgence qui s'est fixé un plafond et un plancher. Le plafond ce sont les fondements stratégiques de l'école marocaine qui sont définis clairement par la Charte et qui sont en cours de mise en œuvre depuis huit ans. Nous avons encore deux années dans le segment temps fixé pour la réforme pour boucler “la décennie de l'école''. De ce point de vue, le programme d'urgence ‘'ne revisite'' pas les choix stratégiques établis par la Charte. Le plancher, c'est le plan d'urgence qui définit les priorités qui sont celles que le Conseil supérieur de l'enseignement a fixées dans son rapport 2008. Le Conseil a défini quatre priorités que le programme d'urgence va traduire en mode opératoire et en mesures concrètes.
Revenons si vous le voulez bien rapidement sur la vision stratégique avant de décliner les mesures concrètes…
Il y a une question de fond que nous nous sommes posés: est-ce que l'on peut se permettre de laisser un système d'éducation et de formation fonctionner à un rythme différent de la place qui doit revenir au Maroc dans le monde d'aujourd'hui? Le mandat que la société a fixé à l'école et tel qu'il est défini dans la Charte répond à cette préoccupation. Il correspond à trois horizons: forger la citoyenneté, offrir à chaque citoyen les atouts dont il aura besoin pour contribuer à la création de la richesse collective et enfin donner à chacun les ingrédients pour comprendre le monde dans lequel il évolue et pour s'ouvrir sur l'autre. Nous sommes tous d'accord sur cela, ce qui peut ne pas avoir marché, c'est la manière de les mettre en œuvre qui fait appel à un mode opératoire mieux adapté et que l'on retrouve dans le programme.
Le mandat est clair, mais avant de revenir aux priorités du programme d'urgence de la réforme de l'enseignement, faisons l'état des lieux de l'école marocaine. Ses dysfonctionnements nous permettront-ils de comprendre le bien-fondé des mesures que vous comptez mettre en œuvre ?
Je ne rappellerais que les dysfonctionnements majeurs. Nous avons des indicateurs liés à la faiblesse interne du système: nous avons des taux de redoublement et d'échec qui sont trop élevés et qui montrent qu'il y a un problème d'efficacité interne. A valeur d'aujourd'hui, nous avons chaque année 400.000 enfants qui quittent l'école sans qualification. Nous savons quel est le coût social et le coût économique de tout acteur qui se retrouve demain sur le marché du travail sans qualification.
Pour le remettre dans le circuit de la production de la richesse, il faudra de nouveau payer pour le qualifier. Par rapport à toutes les normes d'efficacité, nous ne pouvons plus nous le permettre. Il y a un autre indicateur: celui relatif à la capacité de l'école et de l'université à répondre à des besoins exprimés par notre économie. Une partie de nos diplômés ne trouve pas sa place dans le marché du travail, alors que paradoxalement, nous avons besoin de profils que l'université ne forme pas. Il y a un réel problème d'adéquation entre les deux. D'autre part, quand on analyse la nature de l'offre scolaire marocaine, à valeur d'aujourd'hui, on se rend compte qu'il y a deux écoles: une école de la ville qui assure un service minimum et une école du monde rural réduite en peau de chagrin, délabrée, non raccordée aux réseaux de l'eau potable et de l'électricité où se démène l'enseignant. Ce hiatus entre deux offres d'un même système national est source de dysfonctionnements majeurs: les élèves du monde rural ont des difficultés à ‘'rester dans le train'' et une partie de leur avenir est obérée. Peut-on nous permettre, compte tenu des enjeux de demain et de la mondialisation, de voir la moitié des enfants de demain bénéficier d'une formation au rabais ?
Le diagnostic est établi dans son ensemble et avec précision. Que mettez-vous en face en termes de priorités et de mesures ?
Première priorité incessible: nous devons par tous les moyens assurer l'effectivité du principe de l'obligation scolaire jusqu'à 15 ans.
Nous devons faire cela pour interdire le travail des enfants de moins de 15 ans, éviter le travail des petites bonnes, des petites mains... Si nous ne combattons pas ces phénomènes, le Maroc ne pourra être éligible dans une société moderne. Un enfant qui quitte l'école avant 15 ans se retrouve dans la rue, sans qualification, en proie aux multiples dangers de la rue : proxénétisme, pédophilie, exploitations diverses…
Deuxième priorité, mettre l'accent sur l'excellence dans certaines filières pointues qui nécessitent une préparation de qualité pour ceux qui seront sélectionnés parmi les plus talentueux qu'il faudra accompagner jusqu'à ce qu'ils s'expriment au mieux dans le domaine des sciences, des technologies, des arts, du sport… On pourra ainsi disposer d'une élite en termes de compétences et de talents.
Une troisième priorité concerne le ministère de l'Education…
Qui mieux que n'importe quel département mérite le nom de “mammouth''. Quelques chiffres pour le présenter avant de passer ses priorités...
300.000 fonctionnaires, 25.000 établissements et de nombreux dysfonctionnements relatifs à la politique de recrutement, la qualité de formation des ressources humaines, l'absence de gouvernance dans le pilotage du système, la répartition des rôles, la maîtrise des langues. Comment dès lors faire de ce département un levier pour assurer les conditions de réussite, à savoir l'optimisation des ressources humaines et matérielles, la mobilisation autour de l'école pour établir ce contrat de confiance entre elle et la société? Ce sont là les territoires qui fondent la vision stratégique déclinée dans la Charte à un moment exceptionnel dans la mesure où nous allons bénéficier de ce que les démographes appellent ‘'une fenêtre d'opportunité démographique''. Nous allons avoir pendant près de douze ans plus de personnes qui seront en âge d'être actives que de personnes qui seront prises en charge par la société. Aujourd'hui, près de 250.000 jeunes arrivent chaque année sur le marché de l'emploi et dans les prochaines années, ce chiffre atteindra les 400.000. C'est une donnée fondamentale, une grande équation qui doit être au cœur de toutes nos préoccupations et décisions et qui doit mobiliser la société tout entière. Cette ‘'fenêtre'' s'ouvre au moment où il y a un besoin réel de main-d'œuvre active. Il faut répondre à cette demande avec des ressources humaines qualifiées qui vont générer de la richesse.
Qui fait quoi dans le programme et ne craignez-vous pas une déperdition d'énergie et de moyens avec la multiplication des conseils, des commissions ?
A valeur d'aujourd'hui, il y a deux instances qui fonctionnent en symbiose avec des rôles et des mandats définis et énoncés. Celui qui a la maîtrise d'œuvre et d'ouvrage du système au quotidien, c'est le ministère qui fonctionne de manière pléthorique et duale l'un pour l'école, l'autre pour l'université …Nous travaillons à la rationalisation de son fonctionnement.
De l'autre côté et nous avons la chance de disposer d'un think-tank qui travaille en permanence, c'est le Conseil supérieur de l'enseignement. Il représente des sensibilités, reflets de la société marocaine, il a un mandat clair, il est consultatif auprès de Sa Majesté pour produire des idées, un rapport sur l'état des lieux établi tous les deux ans.
Il dispose enfin d'une instance d'évaluation habilitée à produire toutes les évaluations dont le système a besoin.
Il n'y a donc pas de confusion, les rôles de chacun sont bien définis.
Le ministère étant, si l'on peut dire, le grand
ordonnateur ?
C'est le ministère qui est comptable vis-à-vis de la société par rapport au rendement et à l'utilisation des ressources.
En filigrane de toutes les priorités, mise à niveau de l'école du monde rural notamment et de l'obligation d'école jusqu'à 15 ans, il y a ce ‘'réel douloureux'' de la pauvreté qui fait que les familles font travailler les enfants très jeunes pour se débarrasser de bouches à nourrir et pour en tirer des ressources. Comment agir en amont et en aval pour en limiter les conséquences, étant entendu que l'opération «Un million de cartables» ne peut pas suffire ?
Avant de répondre à votre question, je voudrais dire qu'il est plus utile à la société qu'un enfant reste à l'école jusqu'à 15 ans que par rapport aux gains que la famille peut en tirer, y compris dans le monde rural où il n'y a pas de déficit de bras. Si un élève sort de l'école sans moyens de s'intégrer et de produire quelques richesses, c'est à la société de suppléer, c‘est-à-dire à la collectivité de le prendre en charge.
Tous les rapports des organisations internationales montrent que le coût socio-économique de la non-scolarisation est très élevé. Un mot sur l'opération d'un million de cartables: ce n'est pas une opération caritative, elle procède d'une démarche d'efficacité. Nous ne pouvons plus nous permettre de responsabiliser la seule famille ou sur la collectivité de proximité.
C'est une responsabilité sociale collective de tous les acteurs pour faire en sorte de garder les enfants à l'école au minimum jusqu'à 15 ans. Dans les sociétés avancées, cette obligation est figée dans la loi. Pour cela et pour revenir à notre programme d'urgence, nous avons voulu stabiliser le système. J'ai évoqué l'école dans le monde rural. Il faut savoir que 80% de nos écoles dans le monde rural ne disposaient pas de toilettes et n'étaient pas raccordées au réseau d'eau et d'électricité. Nous avons commencé par remettre à niveau quelque 3.000 établissements et nous accélérerons le rythme en 2009. Nous allons également construire mille nouveaux établissements collèges, lycées parmi lesquels il y aura 300 nouveaux internats. Nous allons, d'autre part, à partir de 2008, lancer un programme à titre pilote dans certaines communes de transfert de ressources à des familles dans le besoin, en contrepartie du maintien des enfants à l'école. Nous allons, en d'autre terme, aider financièrement des familles pour qu'elles gardent leurs enfants à l'école.
Quel est le montant de cette réallocation ?
Il s'agit d'une enveloppe globale de 50 millions DH qui sera augmentée.
Nous partons d'expérience concrétisée au Mexique, en Bolivie, au Brésil et ailleurs et qui donne des résultats. Nous testerons d'autres dispositifs pour contrer des logiques de certaines familles qui préfèrent mettre les enfants très jeunes au travail.
Il faut trouver en effet des incitatifs qui pallient les défaillances comme le déficit nutritionnel dans le monde rural. Dans ce sens, nous allons multiplier par huit l'offre des cantines scolaires gratuites pour que le maximum d'enfants puissent bénéficier au moins d'un repas par jour.
Pour les bourses, nous serions à ‘'un ratio de 1 x 12''.
La communauté doit se donner les moyens de mobiliser des ressources pour réussir une réconciliation effective entre l'école et la société, nous ne ferons que différer la facture pour les générations qui viennent et cette facture n'en sera que plus lourde face aux mutations du monde.
Le vecteur du changement, celui qui est au cœur des évolutions, c'est l'enseignant. Comment en faire un acteur impliqué et responsable ?
Celui qui reste au cœur de toutes les évolutions, c'est celui qui est chargé de transmettre le savoir, celui qui est maître à bord dans sa classe.
A ce niveau, nous avons de réels problèmes que nous avons identifiés, débattus avec nos partenaires sociaux et avec les syndicats qui en sont conscients.
Nous avons tout d'abord des problèmes sur le pré-requis au recrutement. Le métier d'enseignant, qui était un métier de vocation, la nature de la mission étant très complexe et difficile, est devenu un métier palliatif. Nous avons d'autre part des problèmes dans la formation initiale et la formation continue, qui doivent être développées, compte tenu la complexité du métier d'enseignant et de celle de l'environnement marqué par la violence des rapports sociaux. Le programme d'urgence apporte des réponses : la formation sera assurée par l'université et elle sera ouverte.
Des filières spécialisées sont ouvertes pour assurer des formations et des compétences professionnelles et pédagogiques et seuls les lauréats pourront accéder aux concours pour le recrutement d'enseignants. Ils auront une ‘'formation résidentielle'' et une formation parrainée en trois temps et c'est seulement à l'issue de ce processus que des classes leur seront confiées.
Y a-t-il d'autres dispositifs de soutien ?
Le système traite aujourd'hui tous les enseignants de la même manière, ceux de Casablanca, d'Ouissert ou de Mhamed Ghizlane. Des critères de différenciation vont être introduits, motivation pécuniaire qui sera définie dans le cadre d'une proposition gouvernementale. Les logements de fonction seront assurés et l'évolution de carrières sera examinée à l'aune du parcours.
Il faut reconnaître la difficulté des conditions de travail et nous devons, de manière collective, mobiliser des ressources pour qu'elles assurent leurs missions dans les meilleures conditions.
Vous avez parlé de la maîtrise des langues: où en est l'apprentissage du tamazight ?
Nous avons constaté dans l'ensemble une déperdition de la maîtrise de l'outil linguistique dans notre système scolaire. Nous avons fait des “benchmarks'' à travers le monde et étudié les différentes expériences dans le monde. A partir de 2009, nous mettrons sur pied un schéma directeur de maîtrise des langues arabe, française, tamazighte… Nous verrons également les “matchings'' entre les langues et la place qu'il faudra donner à telle ou telle langue dans telle ou telle région.
Le ministère est comptable vis-à-vis de la société. Il doit également épouser tous ces changements que nous avons évoqués et donc se réformer lui-même. Comment cela ?
De tous les systèmes, c'est celui de l'éducation qui a parié le plus loin et le plus profondément sur la décentralisation. La réforme avait mis en place les Académies régionales d'éducation et de formation, les dispositifs d'autonomie des universités… Nous avons parié sur la formation et l'autonomie mais nous ne pouvons pas fonctionné seuls à des vitesses différentes par rapport aux autres structures.
Nous sommes convaincus que le niveau central ne peut pas dépasser les fonctions régaliennes et de vision stratégique qui intéressent l'architecture générale.
Tout ce qui renvoie à l'opérationnalisation, à la gestion des ressources doit se faire à l'étage régional pour les Académies et à l'étage provincial pour ce qui est des délégations en contrepartie d'une relation contractuelle avec l'Etat.
Nous donnons des moyens en contrepartie d'objectifs qui doivent être réalisés. Nous ferons la même chose avec les universités. Deuxième principe: nous allons recentrer le système sur ces métiers de base: formation, évaluation et tout ce qui ne relève pas de cela sera externalisé. Il n'est pas normal par exemple que nos directeurs d'Académies et nos délégués passent la moitié de leur temps à vérifier et suivre les chantiers de construction. Dans ce même sens, avons-nous les qualifications pour assurer les services d'hôtellerie des internats? La logique d'ensemble veut que les acteurs de l'enseignement se concentrent et soient évalués sur leurs cœurs de métier et que des partenariats opérationnels soient développés autour des établissements scolaires. Les collectivités locales vont, quant à elles, prendre une place grandissante et incontournable dans ce schéma.
Un mot sur les gestionnaires du système…
Nous avons initié cet été une première expérience de stage au profit des directeurs d'école. 9.000 directeurs d'établissements ont été regroupés pendant 10 jours et ont reçu une formation aux nouvelles technologies et autres outils de gestion mais pas seulement...
Ces directeurs qui devront faire un suivi précis de certains points comme l'abandon scolaire, le suivi de la mise à niveau et la maintenance préventive du délabrement physique d'un établissement scolaire… L'idée étant de développer les compétences des acteurs à travers la formation continue et les cycles de formation et de les encourager vers l'autonomie à travers l'élaboration des projets d'établissements. Nous avons consacré pour cette année une enveloppe de 10 millions DH pour financer des projets d'établissements. Demain, un lycée pourra choisir d'avoir une thématique dominante comme le tourisme écologique par exemple…
Concernant les différentes enveloppes qui seront allouées à tel et tel projet, quel est le budget de votre département ?
La contribution globale se situe à 26% du budget global de l'Etat, soit, pour les deux secteurs, 39 milliards DH. En réalité, derrière ces chiffres se cachent des éléments de différentiation qu'il faut rappeler. Aujourd'hui, l'indicateur réel pour savoir le niveau de mobilisation collective de la ressource pour l'éducation, c'est celui de la dépense pour un enfant jusqu'à l'âge de 21 ans. Notre dépense reste très faible, soit 525 dollars par an et par enfant.
A titre comparatif, qu'en est-il de cette dépense en Tunisie ou en Jordanie ?
En Tunisie, elle est de 1.100 dollars, en Jordanie 1.400 dollars et en Afrique du Sud 1.600. C'est important de rappeler ces chiffres pour dire que l'école réussit quand elle a un prolongement naturel dans le tissu social. Même si l'école fait tout son travail pour transmettre le savoir et acquérir les compétences, si les familles ne sont pas suffisamment vigilantes pour assurer un contrôle sur ‘'le rendu de l'école'' ,et pour répondre à leur tour aux besoins de l'enfant, si l‘environnement éducatif à travers les bibliothèques et la télévision n'est pas performant, si l'ensemble de la chaîne de la socialisation ne fonctionne pas en symbiose, il ne faut pas rêver, l'école réussira avec les autres maillons de la chaîne.
Aujourd'hui, face à cet immense chantier, et dans la solitude des coureurs de fond, quel est votre état d'esprit ?
Optimiste. Au départ, je vous avoue que je pensais que le pari n'était pas jouable ; aujourd'hui, je suis convaincu qu'il l'est et qu'il nous faut profiter de la dynamique mise en place
par Sa Majesté pour nous
préparer au mieux à cette “fenêtre d'opportunités'' que nous avons évoquée.
