Menu
Search
Vendredi 15 Mai 2026
S'abonner
close

La baraka des deux amoureux d'Azemmour

À Azemmour, le sacré et le mystique entourent cette cité. Une sensation particulière et attachante envahit tous visiteurs de la ville. L'histoire amoureuse, échouée, de Moulay Bouchaïb et Lalla Aïcha El Bahriya continuera d'attiser les sens et de régner sur toutes les générations et sur tous les hôtes de la ville de Moulay Bouchaïb.

La baraka des deux amoureux d'Azemmour
Le mouvement maraboutique est très populaire dans cette ville. Du temps des Almoravides et des Almohades, un homme a marqué cette époque dans la ville d'Azemmour : c'est Moulay Bouchaïb Erredad Essaria. Actuellement, le sanctuaire de Moulay Bouchaïb Erredad reçoit la visite de plusieurs centaines de visiteurs venant de toutes les villes du Royaume. Il en est de même pour le sanctuaire de Lalla Aïcha El Bahriya qui se trouve près de l'embouchure de Oued Oum Rebia.

Selon la légende, Lalla Aïcha El Bahriya, dont on connaît peu de choses sur la vie et sur l'itinéraire, était venue de Bagdad jusqu'au Maroc pour connaître le patron d'Azemmour, Moulay Bouchaïb. De nos jours, Lalla Aïcha El Bahriya est devenue une sainte réputée pour guérir des femmes stériles. Celles-ci se rendent à sa tombe tous les jours et durant toute l'année.

Une fois arrivée, la femme stérile se déshabille et se couvre de henné mélangé avec de l'eau de mer. Puis elle se lave, aidée de la moqadma, par l'eau de sept vagues successives. Quand elle termine, elle doit laisser sur place quelques éléments de ses habits et tout ce qu'elle a utilisé pour se laver comme le peigne. Ensuite, vient l'étape où la moqadma lui donne une ceinture verte qu'elle doit constamment porter. Avant de partir, elle laisse des présents à la sainte. Si la femme tombe enceinte, elle revient avec des présents plus importants et rend la ceinture ; dans le cas contraire, elle peut recommencer l'opération si elle le désire.

Lalla Aïcha El Bahriya est aussi, selon les croyances, la sainte marieuse. Elle appelle donc, selon l'imaginaire populaire, au devoir de la visite, celles et ceux qui ne parviennent pas à se marier. Lalla Aïcha aurait le don de désenvoûter, de libérer les emmurés de la vie séparée…

L'espoir de la vie en couple pousse alors les femmes aux rituels millénaires : offrir des bougies, faire don d'argent aux gardiens du sanctuaire puis murmurer des vœux près du tombeau de la sainte sacrée, se laver à l'eau purificatrice des environs ou transcrire avec du henné, sur le mur blanc de l'enceinte, son prénom et celui de l'être aimé et espéré. Le destin s'occupera du reste. Il faut croire, abandonner son sort, avoir la foi, aime-t-on répéter ici : sans foi, rien n'est possible. Auprès du sanctuaire se rangent, par dizaines, des voyantes et des fkihs pour offrir leurs services. Des femmes jeunes et âgées les entourent assises dans une grande résignation et soumission. Lalla Aïcha El Bahriya est aussi réputée pour guérir du «Tqaf». Mais en réalité, tous ces soi-disant miracles ne sont que des actes ignobles de charlatanisme, d'escroquerie et qui peuvent jeter sataniquement dans le gouffre de la prostitution.

Plus loin, autre lieu, autre saint. Moulay Bouchaïb défie par son minaret l'ondulation éternelle de l'océan. Des milliers de personnes de toute condition socio-professionnelle y accourent. Des rituels en tout genre s'y pratiquent. Toutefois, le scénario reste le même : l'investigation du mal et le désenvoûtement. Les hommes arrivent furtivement, une véritable procession de femmes s'accroche au catafalque. D'autres se bousculent à l'entrée de la «chambre des supplications». Dans l'imaginaire populaire, Moulay Bouchaïb est un saint dont la baraka est souvent synonyme de fertilité.
---------------------------------------------

L'imaginaire populaire

La légende de Moulay Bouchaïb et Lalla Aïcha El Bahriya est un symbole parfait du sacré et du mystique dans l'imaginaire populaire marocain. L'histoire des deux amoureux est celle d'un destin incompris, d'un amour impossible. Ainsi, selon la légende, les larmes qui n'avaient pas réussi à tarir les deux cœurs meurtris avaient rempli un fleuve, Oum Rebia, le fleuve le plus légendaire du Maroc. Cependant, il faut signaler que ces deux saints n'ont jamais prétendu durant leur vie qu'ils guérissent du "Tqaf" et de la stérilité ou qu'ils "donnent des garçons".

Loin de là, ces derniers savaient bel et bien que l'Islam bannit ce genre de croyances car les pesronnes qui les possèdent perdent la foi en Dieu le Tout-puissant. En plus, ceux qui demandent secours aux saints, morts ou vivants, ne diffèrent pas moralement des membres des tribus primitives des forêts de l'Afrique noire.
Lisez nos e-Papers