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Il y a 87 ans la bataille d'Anoual

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Les faits de l'histoire nationale, a fortiori ceux qui ont une dimension immémoriale, ne peuvent passer sous la trappe de l'oubli. Et la modernité, si aiguë soit-elle, ne saurait se bâtir que si les peuples assument leur passé. Il y a quatre-vingt-sept ans s'était déroulée, non loin d'Al Hoceïma, une des furieuses batailles de libération anticoloniale : la bataille d'Anoual, lancée le 21 juillet 1921, et qui annonçait la « guerre du Rif ». Elle mettra face-à-face les troupes de Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi et les forces espagnoles d'occupation.

Ce fut une bataille d'autant plus curieuse qu'elle incarnait, non pas l'affrontement classique expliqué par Carl von Clauzewitz, théoricien de la guerre s'il en était, mais une sorte de guerre éclair entre une guérilla, incarnée par le chef de la tribu Ouriaghel, et une armée espagnole régulière commandée par le général Manuel Fernandez Silvestre. Ce fut alors un désastre cuisant pour son armée, parce qu'il avait cru avoir affaire à une « bande de brigands » et non à des résistants aguerris, rejetant le partage du traité de 1912 qui offrait le nord du Maroc à l'Espagne et le reste du pays à la France.

Cette bataille a laissé quelque 1000 morts côté marocain et près de 18 000 du côté de l'Espagne et plus de 1100 prisonniers. Elle s'illustra par une rageuse volonté d'en finir avec le colonialisme de la part de Mohamed Ben Abdelkrim Al Khattabi.

Celui-ci, sorti vainqueur de cet épisode, inclina les états-majors européens à une interrogation fondamentale : comment de simples combattants, pauvres, désarmés à la limite, avaient-ils réussi à démanteler une armée régulière mécanisée, équipée, forte de plusieurs cadres et stratèges ? Jusqu'à il y a encore quelques années, notamment dans les années soixante et soixante-dix, Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi était cité comme le précurseur de la guérilla, l'inspirateur de Mao Tsé-toung, initiateur de la Grande Marche en 1949 en Chine, grand timonier ; ensuite d'Ernesto Che Guevara (dit « Le Che ») à Cuba et en Bolivie, de Ho Chi-Minh au Vietnam, etc. Les mouvements marxistes-léninistes en avaient fait même une icône. Une première conséquence du désastre de l'armée espagnole fut le pronunciamiento déclenché du général Miguel Primo de Rivera qui instaura une dictature militaire à Madrid.

La bataille d'Anoual, illustre exemple de résistance, ouvrit en son époque la boîte de Pandore, elle donna l'occasion aux deux pays coloniaux, l'Espagne et la France de coordonner leur action, de former une coalition militaire pour engager une guerre qui dura près de cinq ans avant de contraindre en 1925 le leader rifain à la reddition. Mohamed Ben Abdelkrim a incarné un modèle de résistance populaire, la volonté de protéger son pays contre toute pénétration étrangère ou le démantèlement de sa nation.

Exemplaire dans sa dimension patriotique, il était attaché aux valeurs et à l'unité de son pays. Tant et si bien que l'une des toutes premières initiatives que Sa Majesté le Roi Mohammed VI, quelques semaines après avoir accédé, en juillet 1999 au Trône, et dans le cadre de sa première visite dans le Nord, aura été de rendre visite à la famille de Mohamed Ben Abdelkrim Khattabi. Une manière d'hommage au leader nationaliste qui a valeur de symbole.
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