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Samedi 16 Mai 2026
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Tan Tan : développement local, espace et élus locaux

Faouzi Hassan : Docteur en géophysique, environnement et aménagement de l'espace, Université de Nancy 2, France

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Cet article a pour objet de traiter la problématique du développement local sous l'angle de la dimension spatiale à travers l'exemple de Tan Tan, ville du sud marocain, dont l'analyse des indicateurs du développement humain révèle de graves dysfonctionnements.

Croisant développement local et espace, l'article en arrive assez logiquement à la question de la gouvernance au niveau local.
Tan Tan souffre de plusieurs handicaps au niveau d'infrastructure de base et d'une croissance urbaine mal maîtrisée, un habitat inadéquat en extension continue, carence en équipements de base, poursuite de l'élargissement de la catégorie des pauvres et absence d'un système d'information communal. En bref, des carences graves en matière de planification et absence d'une vision claire et des priorités bien définies quant au développement local. Ceci révèle de faibles capacités dans le domaine de la planification et l'incompétence des élus locaux dans le domaine de la gestion et de l'aménagement de l‘espace.

Il y a longtemps, Georges Pérec écrivait : «Les espaces se sont multipliés, morcelés et diversifiés. Il y en a aujourd'hui de toutes tailles et de toutes sortes pour tous les usages et pour toutes les fonctions». En effet, l'espace peut être national, régional ou local, rural ou urbain, social ou industriel. Le droit à l'appropriation de l'espace et la pratique de l'espace, sont librement décidés et mis en oeuvre pour les individus alors que l'aménagement du territoire est défini et mis en place par le pouvoir central et ses multiples représentants sur place (Suzanne Savey).

Au cours de ces dernières années, le ministère de l'intérieur élabore la loi de décentralisation, et invente en même temps le «développement local» sous la forme d'aides aux communes. Seules celles qui élaboreront des projets pourront recevoir des subventions ou prêts. A partir de là, au milieu d'une grande effervescence, toutes les communes mettaient sur pied les projets susceptibles d'être aidés.

Pour les élus, le «développement local» est devenu synonyme de toute initiative prise au niveau communal dont le contenu peut être tout et n'importe quoi. Le développement ne se résume pas à la croissance. On ne peut parler de développement que lorsqu'il y a production de valeur et pas seulement de produits (Suzanne Savey). Or, c'est le processus de valorisation de l'espace local qui est le moteur du développement. Si l'espace est un produit social, le développement local serait tout simplement la valorisation de l'espace d'une société territoriale.

Il s'agit d'abord d'un processus d'organisation des systèmes sociaux à la base duquel doit se développer une très forte capacité d'organisation des acteurs locaux leur permettant de valoriser les ressources locales ou importées et de réinvestir sur place le produit de la valorisation. Ceci, induit la croissance économique de l'environnement immédiat. De cette croissance économique découle une croissance démographique par maintien sur place des populations, et par attraction de populations extérieures (Suzanne Savey).

Le développement local repose sur la conscience que les acteurs concernés peuvent avoir de former un groupe cohérent, les rendant unis pour des objectifs communs et surtout liés par l'appartenance à la même unité spatiale et aussi sur un minimum de consensus entre les différents partenaires de l'espace socio-économique local, ainsi qu'une mobilisation en vue d'objectifs précis et cohérents (Suzanne Savey).

Tout dépend en fait de la nature du regroupement en hommes, de la capacité d'organisation dont ils font preuve et de la personnalité marquante, des responsables capables de focaliser l'adhésion de ceux qui seront les acteurs principaux et les troupes du développement local (à Tan Tan, le taux d'analphabétisme, est de 40 % avec une forte proportion de 54 % pour les femmes. Sur le plan de la mentalité on note le développement chez les habitants, la persistance de l'esprit d'assistanat et des subventions de l'Etat, sans
oublier les entraves que constituent les structures sociales/tribales locales).
Il faut construire un projet cohérent tenant réellement compte des ressources existantes en hommes, en produits et en cadre de vie, et du potentiel qu'elles représentent.

C'est seulement lorsqu'il existe et qu'il a déjà fait l'objet d'un début de mise en oeuvre que l'aide financière des pouvoirs publics de plus haut niveau peut servir à la réalisation du projet et au développement local en contrôlant bien l'utilisation des fonds publics et en sanctionnant sévèrement toute malversation. Les subventions doivent être utilisées dans la logique du projet de vie collectif défini et accepté par le plus grand nombre possible des habitants concernés (Suzanne Savey).

En bref, la définition d'une politique de développement local serait la forme achevée de la capacité à s'organiser pour atteindre les objectifs définis en commun ou collectivement acceptés. Ceci passerait par la recherche des moyens susceptibles de produire une nouvelle valorisation de l'espace porteuse de développement.

Ceci nécessite la remise en cause des traditions et parfois même de l'identité collective des groupes concernés (la société locale, connaît un certain blocage lié à des facteurs complexes, dont le plus apparent est l'élément socioculturel. Le phénomène urbain est assez récent dans ces zones sahariennes. La majorité des résidents est originaire du milieu rural, encore largement marqué par des traditions conservatrices, entravant ainsi le développement socio-économique). Les plus grandes chances de succès paraissent être assurées quand l'initiative des nouvelles formes d'organisation et du changement provient d'acteurs ayant une connaissance intime du terrain, et capables de convaincre de la nécessité des transformations dans le respect de l'identité des hommes et des lieux. La notion de gouvernance accompagne de très près celle de développement. La gouvernance contribue à préciser les liens que le développement durable institue entre les acteurs et les territoires.

La gouvernance comme un mode d'organisation des acteurs (institutions, entreprises, associations...), plus fondé sur l'entente que sur la domination, et destiné à concevoir et à mettre en œuvre un projet. Cependant, l'évaluation des compétences révèle que la ville de Tan Tan et les collectivités locales rencontrent des difficultés dans l'élaboration de plans de développement. Ceci est du au manque de formation des élus locaux, sachant que la majorité d'entre eux n'est pas instruite, n'a pas de vision à long terme et ignore même le sens des termes tels que «espace», «développement», «aménagement» etc. Faute de capacités et d'accumulation d'expériences au niveau local, les plans de développement économique et social n'ont pas été élaborés selon les démarches de planification participative, comme il était souhaité. Il faut que la société civile œuvre pour le développement, pour une société prospère et pour que les ténèbres s'évanouissent.

C'est un dépôt confié aux électeurs et aux candidats, et je ne crois pas que nous souhaitions qu'elle échoue à cause d'une poignée d'incultes, affairistes et opportunistes dont le premier souci est de tirer profit de l'ignorance et de la pauvreté de la population au lieu de participer à la création de la richesse et de l'emploi. Alors ne laissons pas les calcules malsains pièger notre avenir et celui des générations futures, c'est ce que je qualifie de complot pacifique contre le développement.
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