Le Matin : Quand Sidi Benomar (1904-1959) se fait le héraut d'une destitution et tente de récupérer les Zaouiyas ?
Jilali El Adnani : est professeur à l'Université Ibn Zohr, à Agadir, et chercheur associé à l'IREMAM, Aix-en-Provence. Auteur de
"La Tijaniya (1791-1880) : les origines d'une confrérie maghrébine", éditions Marsam, Rabat, 245p, 2007. "Anthropologie religieuse et colonialisme : le dilemme de la modernité" (étude et présentation d'un document inédit de J. Berque), ouvrage à paraître.
Revisiter l'histoire, notamment celle de notre région, et sur un sujet aussi délicat que celui de la Résistance et de la collaboration, n'est-ce pas ouvrir la boîte de pandore ! Quel pan de l'histoire avez-vous choisi, quel personnage et pourquoi ?
Il peut paraître prétentieux de tenter de remettre en question un passé qui, selon l'expression de C. Liauzu «ne passe pas», et surtout de remettre en question les concepts de collaboration et de résistance.
Ces termes forgés au cours de la période coloniale et postcoloniale semblent perdre de leur pertinence et de leur fraîcheur épistémologique. Pire encore, ces termes risquent de ne pas rendre compte des situations complexes de certains personnages religieux qui ont rallié les autorités coloniales avant de se jeter dans les girons d'une cause nationale.
Il est question bien sûr d'un personnage peu connu, mais qui a joué un rôle important dans la vie politique et religieuse maghrébine et ouest-africaine.
Il s'agit de Sidi Benomar, qui est le fils de Mohammed al-Kabir al-Tijâni. Il est né à ‘Ayn-Madî, en 1904, où il mourra dans les années soixante.
Sidi Benomar Tijjani, pour mieux revenir et comprendre cette période de l'histoire, sans doute faut-il retourner dans le passé et suivre son itinéraire ?
Pour pouvoir comprendre l'itinéraire et les fluctuations de sa personne, il va falloir parler des différents itinéraires de ses prédécesseurs et surtout dresser, pour la première fois, sa biographie. La confrérie Tijaniya n'est pas un ordre centralisé et ne marche pas d'un seul pas. Nous avons mis l'accent sur la dichotomie dans le regard des spécialistes de la Tijaniya qui ont vu dans la Tijaniya maghrébine un allié de l'ordre colonial et dans la Tijaniya ouest-africaine un ardent adversaire des autorités françaises.
Cette grille de lecture ne marchait ni au Maghreb ni en Afrique subsaharienne. Il faut dire que les forces tijanies avaient constitué des attitudes différentes et que chaque prêche s'adapta aux nouveaux rapports de force.
Ces attitudes contradictoires sont lisibles dans l'itinéraire d'une seule personne. A la mort de son oncle, Sidi Mahmoud, Sidi Benomar rentra en compétition avec son cousin Sidi Tayeb al-Tijani pour la direction de la zawiya. Plus âgé que lui, son cousin, appuyé aussi par les autorités coloniales, prendra la tête de la zawiya.
En colère, Benomar voyage au Maroc et tente de s'emparer de la direction des zawiyas marocaines. Il sera établi définitivement à Khénifra. A partir de cette ville, il collabora avec son ami A. al-Kettani, le pacha Glaoui, al-Kansoussi et autres personnages religieux en faveur d'une politique musulmane française. Après son retour du pèlerinage par avion en 1945, il entame à partir de Casablanca en 1948 une longue tournée en Afrique de l'Ouest française et en Afrique de l'Est française.
A cette époque déjà, on parle des luttes intestines entre les réformistes de différents bords ?
Oui. Sa tournée qui commence par Dakar se termine à Bamako et au Darfour. La ville du Caire et la mosquée d'Al-Azhar font aussi partie du voyage car Benomar était chargé d'inviter les savants égyptiens de venir au Maroc pour dialoguer avec les savants marocains. Les autorités coloniales ont eu l'idée de s'attaquer au nouveau «péril islamique» qui est le réformisme et le wahhabisme. En compagnie de Hampaté Ba, il a tenté de lutter contre les écoles islamiques dirigées par des savants formés en Egypte. En 1952, il participe activement à la destitution du Sultan Mohammed V. Au mois d'août, il a failli périr dans l'attentat qui a visé le train reliant Casablanca-Alger à la gare de Rabat. Entre cette date et 1956, Benomar se réfugie en Algérie et confie au chef du territoire de Laghouat son pessimisme par rapport à la situation en Algérie. Benomar va jusqu'à affirmer au chef du territoire de Laghouat que le FLN est une réalité et que les Algériens envisagent une république mais demande à ce que les Français restent en Algérie. La même année, il a été soupçonné d'être derrière un trafic de gandouras en faveur des combattants du FLN. En 1957, il a été accusé par trois Algériens d'avoir ravitaillé des rebelles. Il est arrêté le 8 mars 1957 à Laghouat et mis en résidence au centre d'hébergement de Paul Cazelles. Le rapport établi par les autorités françaises affirme que Benomar a été libéré «sur des instances inconnues de nos services».
A partir de cette date, on n'entend plus parler de lui en dehors de son retour au Maroc en 1958 et son souci de rapatrier deux voitures achetées auprès de Mohammed Zizi au Club royal de l'automobile à Casablanca.
Quel rôle a joué Benomar dans la destitution du Roi Mohammed V ?
Voici le récit que Benomar a écrit sous forme d'une lettre en français qu'il a adressée au gouverneur général de l'Algérie en août 1953 concernant la destitution du Roi Mohammed V: «Je vous présente un petit détail sur la question marocaine, nous nous sommes ralliés à Haj Thami Glaoui, après son retour de France à Casablanca avec quelques pachas, caïds, khalifes et un cheikh très connu sur la place, influent et lié au protectorat. Nous nous sommes mis en accord pour une rencontre à Agadir le mardi matin(…). Toutes les réunions ont été tenues sans qu'aucun contrôleur français n'ait été présent, sauf les Marocains. A 10h30 avant la prière, apparaissent les généraux de Marrakech, Boniface de Casablanca, Valat, directeur de l'intérieur. Ils ont dit que le gouvernement veut que le Sultan soit détrôné. Nous avons répondu que cela est impossible sinon il y aurait une révolution. Ils ont demandé un certain temps pour rendre compte en France et après à vous de décider. En fait, les généraux rapportent la même réponse» Nous avons accepté ainsi que la France désigne un Imam (sultan). Le général Guillaume est parti en France puis retourné. Un jour avant la fête, il a demandé au Sultan de signer les Dahirs ou d'abdiquer et accepter le départ pour la Corse. Le Souverain a refusé de signer et à 14h30 a été déporté en Corse alors que Rabat est sous la garde de l'armée, pas un qui sort ni qui rentre jusqu'à ce que la radio ait annoncé l'arrivée du Sultan en Corse».
Quel sens donneriez-vous à cette lettre ?
Le style avec lequel a été écrite cette lettre montre que Benomar écrivait lui-même ses correspondances et qu'il avait la confiance du gouverneur général de l'Algérie pour lui rendre compte de la situation au Maroc. Néanmoins, on pourrait poser des questions quant à l'intention du saint de destituer le Sultan Mohammed V. Sidi Benomar se présente comme un agent au service de la colonisation et exprime une réserve quant à la destitution du Sultan puisqu'il a mesuré l'ampleur de la légitimité et de l'attachement du peuple au Souverain. La position de Benomar ne peut être fondée sur des principes religieux ou politiques mais exclusivement sur des intérêts individuels et économiques.
Il ne faut pas oublier que Benomar s'était toujours plaint de l'ombre projetée par son cousin et concurrent Ben Tayeb qui contrôlait autrefois les zawiyas tijanies au Maroc.
Cette concurrence est aussi liée à l'influence d'une certaine famille connue, dont le nom est plusieurs fois cité dans les archives, qui a cordonné depuis Tlemcen avec les autorités coloniales la question marocaine.
En quels termes peut-on parler de l'accommodation de Benomar ?
Je ne peux répondre à cette question sans préciser que Benomar cherchait à combattre les leaders du parti de l'Istiqlal. En fait, il faudrait dire que le combat se jouait entre mouvement réformiste et courant confrérique.
Pour les autorités coloniales et aussi pour Benomar, la sacralité du Sultan est indéniable mais la coalition entre ce dernier et l'Istiqlal reste un geste impardonnable.
Les autorités coloniales ne peuvent faire un reproche direct au sultan en parlant de l'influence des réformistes sur sa personne et précisent que les mesures prises par les autorités coloniales étaient dans le but de sauver la monarchie du péril islamique.
Nous pourrons dire que les historiens marocains ont mis du temps pour conclure que l'anarchie n'a jamais visé la monarchie et la personne du sultan. Ne serait-il pas prudent de dire que l'attitude des Tijanis ne visait pas le sultan-saint mais le sultan politique ? C'est dire que les attitudes politiques n'avaient pas de fondements religieux.
La destitution du Sultan Mohammed V est une action due à une mauvaise interprétation des bureaux des affaires musulmanes.
La réserve émise par Benomar quant à la destitution du Sultan montre que malgré le manque de lucidité politique du saint, ce dernier avait un regard valable sur la situation politique et religieuse.
Les jeunes historiens font du relativisme une règle d'or, la vérité n'étant jamais ni blanche ni noire .Quelle conclusion tirez-vous de ce travail de recherche ?
Parler de divers types de collaborations (intégrale, passive) nécessite aussi les différentes réactions des mouvements nationaux et des Etats envers les confréries souvent classées en tant que confréries combattantes ou collaboratrices.
Le cas a touché plus l'Algérie que le Maroc.
Les saints et les confréries marocaines ont laissé passer l'orage pour reprendre vie alors qu'en Algérie, elles étaient marginalisées jusqu'à l'extinction. La montée en puissance des mouvements islamistes les a ressuscités en Algérie et fortifiés au Maroc. Il a fallu énumérer les changements d'attitudes des Tijanis envers les sultans du Maroc, des autorités coloniales envers les sultans et les Tijanis pour voir combien est hasardeux de taxer un mouvement ou une personne de collaborateur ou de résistant. Benomar peut avoir sa place dans l'histoire de la libération en Algérie. Les sources traitant du colonialisme, du confrérisme, du réformisme et de l'islamisme sont loin de libérer le sens de certaines phases de l'histoire. Appartenant à une génération d'historiens de l'après-indépendance, ayant accès aux nouvelles sources, ma démarche a consisté à traiter la pathologie de l'amnésie et du silence en abordant ce thème de l'histoire.
Jilali El Adnani : est professeur à l'Université Ibn Zohr, à Agadir, et chercheur associé à l'IREMAM, Aix-en-Provence. Auteur de
"La Tijaniya (1791-1880) : les origines d'une confrérie maghrébine", éditions Marsam, Rabat, 245p, 2007. "Anthropologie religieuse et colonialisme : le dilemme de la modernité" (étude et présentation d'un document inédit de J. Berque), ouvrage à paraître.
Revisiter l'histoire, notamment celle de notre région, et sur un sujet aussi délicat que celui de la Résistance et de la collaboration, n'est-ce pas ouvrir la boîte de pandore ! Quel pan de l'histoire avez-vous choisi, quel personnage et pourquoi ?
Il peut paraître prétentieux de tenter de remettre en question un passé qui, selon l'expression de C. Liauzu «ne passe pas», et surtout de remettre en question les concepts de collaboration et de résistance.
Ces termes forgés au cours de la période coloniale et postcoloniale semblent perdre de leur pertinence et de leur fraîcheur épistémologique. Pire encore, ces termes risquent de ne pas rendre compte des situations complexes de certains personnages religieux qui ont rallié les autorités coloniales avant de se jeter dans les girons d'une cause nationale.
Il est question bien sûr d'un personnage peu connu, mais qui a joué un rôle important dans la vie politique et religieuse maghrébine et ouest-africaine.
Il s'agit de Sidi Benomar, qui est le fils de Mohammed al-Kabir al-Tijâni. Il est né à ‘Ayn-Madî, en 1904, où il mourra dans les années soixante.
Sidi Benomar Tijjani, pour mieux revenir et comprendre cette période de l'histoire, sans doute faut-il retourner dans le passé et suivre son itinéraire ?
Pour pouvoir comprendre l'itinéraire et les fluctuations de sa personne, il va falloir parler des différents itinéraires de ses prédécesseurs et surtout dresser, pour la première fois, sa biographie. La confrérie Tijaniya n'est pas un ordre centralisé et ne marche pas d'un seul pas. Nous avons mis l'accent sur la dichotomie dans le regard des spécialistes de la Tijaniya qui ont vu dans la Tijaniya maghrébine un allié de l'ordre colonial et dans la Tijaniya ouest-africaine un ardent adversaire des autorités françaises.
Cette grille de lecture ne marchait ni au Maghreb ni en Afrique subsaharienne. Il faut dire que les forces tijanies avaient constitué des attitudes différentes et que chaque prêche s'adapta aux nouveaux rapports de force.
Ces attitudes contradictoires sont lisibles dans l'itinéraire d'une seule personne. A la mort de son oncle, Sidi Mahmoud, Sidi Benomar rentra en compétition avec son cousin Sidi Tayeb al-Tijani pour la direction de la zawiya. Plus âgé que lui, son cousin, appuyé aussi par les autorités coloniales, prendra la tête de la zawiya.
En colère, Benomar voyage au Maroc et tente de s'emparer de la direction des zawiyas marocaines. Il sera établi définitivement à Khénifra. A partir de cette ville, il collabora avec son ami A. al-Kettani, le pacha Glaoui, al-Kansoussi et autres personnages religieux en faveur d'une politique musulmane française. Après son retour du pèlerinage par avion en 1945, il entame à partir de Casablanca en 1948 une longue tournée en Afrique de l'Ouest française et en Afrique de l'Est française.
A cette époque déjà, on parle des luttes intestines entre les réformistes de différents bords ?
Oui. Sa tournée qui commence par Dakar se termine à Bamako et au Darfour. La ville du Caire et la mosquée d'Al-Azhar font aussi partie du voyage car Benomar était chargé d'inviter les savants égyptiens de venir au Maroc pour dialoguer avec les savants marocains. Les autorités coloniales ont eu l'idée de s'attaquer au nouveau «péril islamique» qui est le réformisme et le wahhabisme. En compagnie de Hampaté Ba, il a tenté de lutter contre les écoles islamiques dirigées par des savants formés en Egypte. En 1952, il participe activement à la destitution du Sultan Mohammed V. Au mois d'août, il a failli périr dans l'attentat qui a visé le train reliant Casablanca-Alger à la gare de Rabat. Entre cette date et 1956, Benomar se réfugie en Algérie et confie au chef du territoire de Laghouat son pessimisme par rapport à la situation en Algérie. Benomar va jusqu'à affirmer au chef du territoire de Laghouat que le FLN est une réalité et que les Algériens envisagent une république mais demande à ce que les Français restent en Algérie. La même année, il a été soupçonné d'être derrière un trafic de gandouras en faveur des combattants du FLN. En 1957, il a été accusé par trois Algériens d'avoir ravitaillé des rebelles. Il est arrêté le 8 mars 1957 à Laghouat et mis en résidence au centre d'hébergement de Paul Cazelles. Le rapport établi par les autorités françaises affirme que Benomar a été libéré «sur des instances inconnues de nos services».
A partir de cette date, on n'entend plus parler de lui en dehors de son retour au Maroc en 1958 et son souci de rapatrier deux voitures achetées auprès de Mohammed Zizi au Club royal de l'automobile à Casablanca.
Quel rôle a joué Benomar dans la destitution du Roi Mohammed V ?
Voici le récit que Benomar a écrit sous forme d'une lettre en français qu'il a adressée au gouverneur général de l'Algérie en août 1953 concernant la destitution du Roi Mohammed V: «Je vous présente un petit détail sur la question marocaine, nous nous sommes ralliés à Haj Thami Glaoui, après son retour de France à Casablanca avec quelques pachas, caïds, khalifes et un cheikh très connu sur la place, influent et lié au protectorat. Nous nous sommes mis en accord pour une rencontre à Agadir le mardi matin(…). Toutes les réunions ont été tenues sans qu'aucun contrôleur français n'ait été présent, sauf les Marocains. A 10h30 avant la prière, apparaissent les généraux de Marrakech, Boniface de Casablanca, Valat, directeur de l'intérieur. Ils ont dit que le gouvernement veut que le Sultan soit détrôné. Nous avons répondu que cela est impossible sinon il y aurait une révolution. Ils ont demandé un certain temps pour rendre compte en France et après à vous de décider. En fait, les généraux rapportent la même réponse» Nous avons accepté ainsi que la France désigne un Imam (sultan). Le général Guillaume est parti en France puis retourné. Un jour avant la fête, il a demandé au Sultan de signer les Dahirs ou d'abdiquer et accepter le départ pour la Corse. Le Souverain a refusé de signer et à 14h30 a été déporté en Corse alors que Rabat est sous la garde de l'armée, pas un qui sort ni qui rentre jusqu'à ce que la radio ait annoncé l'arrivée du Sultan en Corse».
Quel sens donneriez-vous à cette lettre ?
Le style avec lequel a été écrite cette lettre montre que Benomar écrivait lui-même ses correspondances et qu'il avait la confiance du gouverneur général de l'Algérie pour lui rendre compte de la situation au Maroc. Néanmoins, on pourrait poser des questions quant à l'intention du saint de destituer le Sultan Mohammed V. Sidi Benomar se présente comme un agent au service de la colonisation et exprime une réserve quant à la destitution du Sultan puisqu'il a mesuré l'ampleur de la légitimité et de l'attachement du peuple au Souverain. La position de Benomar ne peut être fondée sur des principes religieux ou politiques mais exclusivement sur des intérêts individuels et économiques.
Il ne faut pas oublier que Benomar s'était toujours plaint de l'ombre projetée par son cousin et concurrent Ben Tayeb qui contrôlait autrefois les zawiyas tijanies au Maroc.
Cette concurrence est aussi liée à l'influence d'une certaine famille connue, dont le nom est plusieurs fois cité dans les archives, qui a cordonné depuis Tlemcen avec les autorités coloniales la question marocaine.
En quels termes peut-on parler de l'accommodation de Benomar ?
Je ne peux répondre à cette question sans préciser que Benomar cherchait à combattre les leaders du parti de l'Istiqlal. En fait, il faudrait dire que le combat se jouait entre mouvement réformiste et courant confrérique.
Pour les autorités coloniales et aussi pour Benomar, la sacralité du Sultan est indéniable mais la coalition entre ce dernier et l'Istiqlal reste un geste impardonnable.
Les autorités coloniales ne peuvent faire un reproche direct au sultan en parlant de l'influence des réformistes sur sa personne et précisent que les mesures prises par les autorités coloniales étaient dans le but de sauver la monarchie du péril islamique.
Nous pourrons dire que les historiens marocains ont mis du temps pour conclure que l'anarchie n'a jamais visé la monarchie et la personne du sultan. Ne serait-il pas prudent de dire que l'attitude des Tijanis ne visait pas le sultan-saint mais le sultan politique ? C'est dire que les attitudes politiques n'avaient pas de fondements religieux.
La destitution du Sultan Mohammed V est une action due à une mauvaise interprétation des bureaux des affaires musulmanes.
La réserve émise par Benomar quant à la destitution du Sultan montre que malgré le manque de lucidité politique du saint, ce dernier avait un regard valable sur la situation politique et religieuse.
Les jeunes historiens font du relativisme une règle d'or, la vérité n'étant jamais ni blanche ni noire .Quelle conclusion tirez-vous de ce travail de recherche ?
Parler de divers types de collaborations (intégrale, passive) nécessite aussi les différentes réactions des mouvements nationaux et des Etats envers les confréries souvent classées en tant que confréries combattantes ou collaboratrices.
Le cas a touché plus l'Algérie que le Maroc.
Les saints et les confréries marocaines ont laissé passer l'orage pour reprendre vie alors qu'en Algérie, elles étaient marginalisées jusqu'à l'extinction. La montée en puissance des mouvements islamistes les a ressuscités en Algérie et fortifiés au Maroc. Il a fallu énumérer les changements d'attitudes des Tijanis envers les sultans du Maroc, des autorités coloniales envers les sultans et les Tijanis pour voir combien est hasardeux de taxer un mouvement ou une personne de collaborateur ou de résistant. Benomar peut avoir sa place dans l'histoire de la libération en Algérie. Les sources traitant du colonialisme, du confrérisme, du réformisme et de l'islamisme sont loin de libérer le sens de certaines phases de l'histoire. Appartenant à une génération d'historiens de l'après-indépendance, ayant accès aux nouvelles sources, ma démarche a consisté à traiter la pathologie de l'amnésie et du silence en abordant ce thème de l'histoire.
