Les dramatiques incendies qui se sont déclarés le 26 avril à Lissasfa et le 28 du même mois à Ettacharok aux niveaux d'une usine de fabrication de matelas et d'un atelier de confection et qui ont fait plusieurs dizaines de victimes, viennent encore une fois nous interpeller sur nos droits et nos devoirs en tant que gestionnaires de structures qui emploient des personnes ou reçoivent du public.
La nature humaine est ainsi faite: il faut une catastrophe pour qu'elle se remue et réagisse (électrochoc?) et comme par miracle, elle s'aperçoit ainsi qu'après la catastrophe elle à les moyens de faire ce qu'elle n'a pas fait (faute de moyens…) avant cette catastrophe!
Les «ERT» (Etablissements recevant des travailleurs), les «ERP» (Etablissements recevant du public), les «IGH» (Immeubles de grande hauteur), les «ICPE» (Installations classées protection environnement), en un mot, tous les établissements employant ou recevant des travailleurs et/ou du public sont régis par la loi et de ce fait, les gestionnaires de ces établissements, le Collectif des travailleurs (syndicat–délégués) et l'Etat sont tous responsables devant la loi.
Analysons rapidement ces trois niveaux de responsabilité:
1 – Le gestionnaire de l'un de ces établissements est civilement responsable de la sécurité des travailleurs qu'il emploie et à ce titre, il doit obligatoirement prendre en considération toutes les mesures organisationnelles, matérielles, etc. nécessaires à la sécurité. Ces mesures sont d'abord préventives (comment prévenir un incident-accident et faire de la sorte qu'il ne se produise pas?), puis curatives (comment réagir immédiatement afin que les conséquences de l'incident-accident soient aussi minimes que possible?). De même qu'il est pénalement responsable car dès qu'il y a un mort, la suite relève du pénal et il est moralement responsable.
2 – Le Collectif des travailleurs (syndicat– délégués) est responsable comme le gestionnaire de la sécurité des travailleurs et à ce titre, il doit veiller à ce que toutes les conditions sécuritaires soient réunies dans le lieu du travail et en cas de carence, il faut exiger la mise en œuvre de ces conditions.
3 – L'Etat est de par la Constitution le garant de la sécurité et de la quiétude de tous les citoyens, donc des travailleurs…
Et à ce titre, il promulgue des lois et des textes réglementaires et met en place les mécanismes nécessaires au contrôle de la bonne et effective application de ces lois.
Ce postulat étant établi, voyons maintenant en matière de prévention et de sécurité au travail ce qu'il faut faire et ne pas faire! Et ce qu'il faut toujours faire, c'est qu'au niveau du gestionnaire, il faut faire un audit des risques sécuritaires de son établissement. Il existe au Maroc, Dieu merci, quelques sociétés de sécurité et bureaux d'études capables de mener à bien et à terme de tels audits. Sur la base de cet audit de sécurité, mettre en œuvre –progressivement et graduellement- toutes les mesures préconisées et qui seront de trois ordres, à savoir les mesures d'ordre préventif: formation-information de tous les employés sur les risques réels, les extincteurs (nombre–qualité–validité–emplacement); RIA (Robinet d'incendie armé) – (fonctionnel et accessible); bacs à sable (surtout pour les produits hautement inflammables); couloirs menant vers les issues de secours (balisés et dégagés); portes sorties de secours (indiquées–dégagées–ouverture facile); plan d'évacuation (conforme et à jour); procédures d'évacuation (connues de tous et affichées); rôle de chacun en cas d'évacuation (formation-information); former les personnes devant manipuler les outils de lutte contre le feu.
Pour les établissements employant des agents de sécurité, il faut s'assurer que ceux-ci ont bien reçu une formation «EPI/SST» (Equipier de première intervention-Sécurité secourisme au travail). Ceci sans parler de toute une panoplie de mesures préventives relevant de la «Sécurité électronique», complémentaires à la sécurité humaine telles que les détecteurs de fumée; les détecteurs ioniques; les détecteurs de chaleur; les alarmes sonores et visuelles après détection; l'extinction automatique des débuts de feu (SPRINKLERS), etc. En ce qui concerne les mesures d'ordre correctif (première intervention): attaquer le feu dans les premières secondes de son déclenchement (extincteurs – RIA – sable, etc.). Et si le départ du feu n'est pas maîtrisé, il faut appeler immédiatement les pompiers (procédure d'alerte); informer le personnel de la situation (procédure d'alarme); le faire évacuer (procédure d'évacuation).
Quant aux mesures d'ordre curatif, il faut tirer les leçons de ce qui est arrivé; identifier toutes les anomalies et les lacunes à l'origine de l'incident-accident; tester les nouvelles mesures mises en place pour s'assurer de leur fiabilité.
Au niveau du Collectif des travailleurs: il faut se préoccuper constamment des conditions sécuritaires du travail; connaître ses droits et ses obligations en la matière (code du travail); exiger la création de la cellule «HSE» (Hygiène-sécurité-environnement) et veiller à son bon fonctionnement; éduquer les travailleurs et les former sur les risques qu'ils encourent en cas de non respect des règles sécuritaires (connaissance et respect des consignes de sécurité - défense de fumer – port du casque – port d'uniformes de travail spécifiques - de chaussures de sécurité – etc.) Au niveau de l'Etat: promulguer les lois et les textes réglementaires régissant la sécurité du travail; mettre en œuvre tous les outils pédagogiques nécessaires à la bonne compréhension de ces lois et textes réglementaires; mettre en œuvre tous les mécanismes garantissant «l'applicabilité» effective de ces lois et textes réglementaires; réprimer sévèrement tout contrevenant à ces derniers… Ceci dit, la question qui se pose aujourd'hui est de savoir combien d'entreprises marocaines ont effectivement pris en charge la préoccupation «sécuritaire» dans toutes ses dimensions (documentaires – réglementaires – matérielles – pédagogiques) au niveau de leurs structures afin de prévenir – à défaut de prévoir – tout risque pouvant avoir des conséquences dramatiques.
A en croire la presse écrite, juste 15% des entreprises marocaines auraient effectivement commencé à appliquer les dispositions du code du travail en matière de HSE, et ce, quatre ans après sa promulgation! Cela veut-il dire que l'immense majorité des entreprises (85%) – dont celles à hauts risques – n'appliquent pas à ce jour la loi? C'est à la fois préoccupant et angoissant! Au Maroc, les dispositions du code du travail (titre IV – chapitre 1er – articles 281 à 295) font obligation à tous (gestionnaires – travailleurs…) d'appliquer les mesures propres à sauvegarder la sécurité ainsi que le préservation du patrimoine économique. Combien sont-ils à appliquer ces dispositions aujourd'hui?
Pour revenir aux incendies de Lissasfa et Ettacharok, s'agit-il de la négligence ou de la fatalité? Partant du principe qu'il n' y a pas de fatalité lorsque l'on est reqponsables et que nous avons toujours la latitude de prévenir à défaut de prévoir, il y a certainement quelque part une part de responsabilité humaine -l'Homme étant par définition infaillible– il ne nous appartient pas – loin s'en faut – d'émettre une quelconque sentence en la matière, laissons faire la «Commission d'enquête» diligentée à très juste titre par Sa Majesté et attendons les résultats de ses travaux, pourvu que ceux-ci (les résultats) puissent servir de leçon! Pour l'un comme pour l'autre de ces deux drames, une chose est au moins sûre aujourd'hui: c'est que plus l'on aurait mis en place de mesures preventives et correctives de securite du travail, moins on aurait eu de victimes ! En quarante années de pratique de la sécurité du travail à travers le monde - dont un bon tiers au Maroc -, je sais que j'ai encore beaucoup de choses à apprendre en la matière, mais il y a au moins une chose que j'ai bien apprise et dont je suis profondément convaincu, à savoir : «Que la securite est l'affaire de tous et qu'elle n'a pas de prix».
La nature humaine est ainsi faite: il faut une catastrophe pour qu'elle se remue et réagisse (électrochoc?) et comme par miracle, elle s'aperçoit ainsi qu'après la catastrophe elle à les moyens de faire ce qu'elle n'a pas fait (faute de moyens…) avant cette catastrophe!
Les «ERT» (Etablissements recevant des travailleurs), les «ERP» (Etablissements recevant du public), les «IGH» (Immeubles de grande hauteur), les «ICPE» (Installations classées protection environnement), en un mot, tous les établissements employant ou recevant des travailleurs et/ou du public sont régis par la loi et de ce fait, les gestionnaires de ces établissements, le Collectif des travailleurs (syndicat–délégués) et l'Etat sont tous responsables devant la loi.
Analysons rapidement ces trois niveaux de responsabilité:
1 – Le gestionnaire de l'un de ces établissements est civilement responsable de la sécurité des travailleurs qu'il emploie et à ce titre, il doit obligatoirement prendre en considération toutes les mesures organisationnelles, matérielles, etc. nécessaires à la sécurité. Ces mesures sont d'abord préventives (comment prévenir un incident-accident et faire de la sorte qu'il ne se produise pas?), puis curatives (comment réagir immédiatement afin que les conséquences de l'incident-accident soient aussi minimes que possible?). De même qu'il est pénalement responsable car dès qu'il y a un mort, la suite relève du pénal et il est moralement responsable.
2 – Le Collectif des travailleurs (syndicat– délégués) est responsable comme le gestionnaire de la sécurité des travailleurs et à ce titre, il doit veiller à ce que toutes les conditions sécuritaires soient réunies dans le lieu du travail et en cas de carence, il faut exiger la mise en œuvre de ces conditions.
3 – L'Etat est de par la Constitution le garant de la sécurité et de la quiétude de tous les citoyens, donc des travailleurs…
Et à ce titre, il promulgue des lois et des textes réglementaires et met en place les mécanismes nécessaires au contrôle de la bonne et effective application de ces lois.
Ce postulat étant établi, voyons maintenant en matière de prévention et de sécurité au travail ce qu'il faut faire et ne pas faire! Et ce qu'il faut toujours faire, c'est qu'au niveau du gestionnaire, il faut faire un audit des risques sécuritaires de son établissement. Il existe au Maroc, Dieu merci, quelques sociétés de sécurité et bureaux d'études capables de mener à bien et à terme de tels audits. Sur la base de cet audit de sécurité, mettre en œuvre –progressivement et graduellement- toutes les mesures préconisées et qui seront de trois ordres, à savoir les mesures d'ordre préventif: formation-information de tous les employés sur les risques réels, les extincteurs (nombre–qualité–validité–emplacement); RIA (Robinet d'incendie armé) – (fonctionnel et accessible); bacs à sable (surtout pour les produits hautement inflammables); couloirs menant vers les issues de secours (balisés et dégagés); portes sorties de secours (indiquées–dégagées–ouverture facile); plan d'évacuation (conforme et à jour); procédures d'évacuation (connues de tous et affichées); rôle de chacun en cas d'évacuation (formation-information); former les personnes devant manipuler les outils de lutte contre le feu.
Pour les établissements employant des agents de sécurité, il faut s'assurer que ceux-ci ont bien reçu une formation «EPI/SST» (Equipier de première intervention-Sécurité secourisme au travail). Ceci sans parler de toute une panoplie de mesures préventives relevant de la «Sécurité électronique», complémentaires à la sécurité humaine telles que les détecteurs de fumée; les détecteurs ioniques; les détecteurs de chaleur; les alarmes sonores et visuelles après détection; l'extinction automatique des débuts de feu (SPRINKLERS), etc. En ce qui concerne les mesures d'ordre correctif (première intervention): attaquer le feu dans les premières secondes de son déclenchement (extincteurs – RIA – sable, etc.). Et si le départ du feu n'est pas maîtrisé, il faut appeler immédiatement les pompiers (procédure d'alerte); informer le personnel de la situation (procédure d'alarme); le faire évacuer (procédure d'évacuation).
Quant aux mesures d'ordre curatif, il faut tirer les leçons de ce qui est arrivé; identifier toutes les anomalies et les lacunes à l'origine de l'incident-accident; tester les nouvelles mesures mises en place pour s'assurer de leur fiabilité.
Au niveau du Collectif des travailleurs: il faut se préoccuper constamment des conditions sécuritaires du travail; connaître ses droits et ses obligations en la matière (code du travail); exiger la création de la cellule «HSE» (Hygiène-sécurité-environnement) et veiller à son bon fonctionnement; éduquer les travailleurs et les former sur les risques qu'ils encourent en cas de non respect des règles sécuritaires (connaissance et respect des consignes de sécurité - défense de fumer – port du casque – port d'uniformes de travail spécifiques - de chaussures de sécurité – etc.) Au niveau de l'Etat: promulguer les lois et les textes réglementaires régissant la sécurité du travail; mettre en œuvre tous les outils pédagogiques nécessaires à la bonne compréhension de ces lois et textes réglementaires; mettre en œuvre tous les mécanismes garantissant «l'applicabilité» effective de ces lois et textes réglementaires; réprimer sévèrement tout contrevenant à ces derniers… Ceci dit, la question qui se pose aujourd'hui est de savoir combien d'entreprises marocaines ont effectivement pris en charge la préoccupation «sécuritaire» dans toutes ses dimensions (documentaires – réglementaires – matérielles – pédagogiques) au niveau de leurs structures afin de prévenir – à défaut de prévoir – tout risque pouvant avoir des conséquences dramatiques.
A en croire la presse écrite, juste 15% des entreprises marocaines auraient effectivement commencé à appliquer les dispositions du code du travail en matière de HSE, et ce, quatre ans après sa promulgation! Cela veut-il dire que l'immense majorité des entreprises (85%) – dont celles à hauts risques – n'appliquent pas à ce jour la loi? C'est à la fois préoccupant et angoissant! Au Maroc, les dispositions du code du travail (titre IV – chapitre 1er – articles 281 à 295) font obligation à tous (gestionnaires – travailleurs…) d'appliquer les mesures propres à sauvegarder la sécurité ainsi que le préservation du patrimoine économique. Combien sont-ils à appliquer ces dispositions aujourd'hui?
Pour revenir aux incendies de Lissasfa et Ettacharok, s'agit-il de la négligence ou de la fatalité? Partant du principe qu'il n' y a pas de fatalité lorsque l'on est reqponsables et que nous avons toujours la latitude de prévenir à défaut de prévoir, il y a certainement quelque part une part de responsabilité humaine -l'Homme étant par définition infaillible– il ne nous appartient pas – loin s'en faut – d'émettre une quelconque sentence en la matière, laissons faire la «Commission d'enquête» diligentée à très juste titre par Sa Majesté et attendons les résultats de ses travaux, pourvu que ceux-ci (les résultats) puissent servir de leçon! Pour l'un comme pour l'autre de ces deux drames, une chose est au moins sûre aujourd'hui: c'est que plus l'on aurait mis en place de mesures preventives et correctives de securite du travail, moins on aurait eu de victimes ! En quarante années de pratique de la sécurité du travail à travers le monde - dont un bon tiers au Maroc -, je sais que j'ai encore beaucoup de choses à apprendre en la matière, mais il y a au moins une chose que j'ai bien apprise et dont je suis profondément convaincu, à savoir : «Que la securite est l'affaire de tous et qu'elle n'a pas de prix».
