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Lundi 08 Juin 2026
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«La grande menace» voit enfin le jour

Imaginez un commando terroriste infiltré au Maroc à partir de l'étranger avec mission de saboter des infrastructures stratégiques du pays! Le scénario n'a malheureusement rien d'original dans le climat actuel où il n'est question dans les médias depuis le drame du 11 septembre aux Etats-Unis que d'attentats suicide, de tueries de masse et d'opérations terroristes à la voiture piégée.

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C'était loin d'être le cas. Il n'y a pas longtemps, dans les années 90 où Habib Mazini a écrit ce roman, paru dernièrement sous le titre on ne peut plus prémonitoire « La Grande menace » où il est question justement de terrorisme, d'attentats et d'activités policières d'envergure. «J'ai écrit ce roman il y a plusieurs années, malheureusement il est resté dans les tiroirs d'un premier éditeur avant que je le récupère dernièrement».

C'est connu, les poètes, les artistes et autres ouvriers de l'irrationnel et du futile ont parfois des capacités inexplicables d'intuition plus aiguë et plus pertinente que les meilleurs des experts de l'évènementiel et de l'analyse froide et rationnelle en tout genre. Habib Mazini est de ces poètes, peu prisés - comme il est de règle dans ce pays ou tout le monde ignore joyeusement tout le monde - mais qui au moins pour une fois, dans ce roman justement, a eu le flair à la hauteur de la situation. Nous sommes depuis peu à la merci de la grande menace, celle qui plane sur la tête du monde entier aujourd'hui, globalisation aidant, et qui a pour nom hideux et effrayant : terrorisme.

La grande menace dans ce roman venait de l'Est, du pays frère attenant au notre : l'Algérie pour ne pas la nommer. Nous sommes à la fin des années 70, la guerre du Sahara fait rage et les relations entre le Maroc et l'Algérie sont dangereusement tendues. Le polisario fait beaucoup parler de lui et l'avenir est ouvert sur tous les risques. C'est dans ce contexte qu'un commando s'est infiltré au Maroc afin d'y mener des actes de sabotage. Objectif : isoler Casablanca du reste du pays afin d'empêcher le cheminement des armes du port vers le Sud via Settat et Marrakech.

Aidé par un certain Bachir, une sorte d'agent dormant installé à Settat, le commando se fixe pour objectif la destruction des ponts et des barrages sur l'Oued Oum Rabi'a dont Mechraâ ben Abbou à quelques encablures de Settat. La police finit par sentir la menace, des rumeurs confuses rien de plus. Et bientôt l'accumulation d'indices l'un après l'autre, sans liens apparents au début, puis de plus en plus en relation logique avec le projet. Ecrit à la manière d'un polar, le roman fait place aux meurtres et à l'investigation policière.

On jurerait de vivre le climat fébrile du 16 mai 2003 et après : rumeurs confuses, démentis, arrestations, gros titres suspicieux dans les journaux, c'est à qui mieux mieux rapporter la bonne, la vrai nouvelle. Mazini n'en est pas à son premier écrit. On lui doit déjà cinq romans : Le Jardinier du désert, Le Complexe du hérisson, La faillite des sentiments et La Basse cour des miracles, sans parler de ces ouvrages pour jeunes. On se croirait dans le présent avec son flot d'analyses et d'éditoriaux décriant la sécheresse de la nature et celle, plus impitoyable, des cœurs : la misère et la marginalité de pans entiers de la population, le meilleur terreau du désespoir et de la violence.
C'est la plus grande menace en fait que Mazini dénonce, celle-là même qui engendre toutes les autres et qui continue de planer sur nos têtes après que les autres finissent de se dissiper. C'est le grand message de ce roman.
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« Mon intention était d'écrire un scénario pour un film »

b>Interview • Habib Mazini
L'écriture du roman est consécutive à une rumeur

Vous êtes à votre 13e ouvrage avec 6 romans publiés. C'est une expérience pour le moins riche. Que vous inspire-t-elle ?
Les livres s'écrivent au gré des rencontres et des expériences. Autant dire que pour moi, chaque écrit est une première fois. L'écriture est un exercice que j'aime, je le fais sans prétention. Pour moi, les romans s'accumulent comme les années, chacun porte en lui son lot de joies et de déceptions, et participe d'une expérience.

Votre roman se passe à la fin des années 70, mais vous l'avez écrit dans les années 90, bien avant que le phénomène du terrorisme ne prenne la place qu'il a aujourd'hui. C'est un peu un roman prémonitoire. Qu'en pensez-vous ?

L'écriture du roman date de 1990. Elle est consécutive à une rumeur. C'était bien avant l'irruption malheureuse du terrorisme. A cette époque, j'étais fasciné par les romans de John Le Carré. Initialement, mon intention était d'écrire un scénario pour un film, puis l'idée a évolué. Evidemment, les attentats qui ont endeuillé notre pays lui donnent un caractère prémonitoire, c'est justement ce que m'a répondu un éditeur local qui devait le sortir en 2003.
Je pense que c'est un roman divertissant, genre que beaucoup de Marocains réclament. Il traite d'un sujet important mais de manière plaisante.

Au-delà de l'aspect anecdotique ou factuel, le roman dégage une certaine philosophie, une réflexion sur la part de la contingence, du hasard et du fortuit dans nos vies. C'est une série de hasards qui a conduit à l'arrestation de Bachir. C'est votre philosophie ?

Je crois au hasard, à ces circonstances qui concourent pour piéger des personnes ou dénouer une situation. J. Paulhan a parlé de jubilation des hasards. Dans la Grande Menace, c'est un crime banal loin de ses singulières affaires qui va démasquer le héros. C'est ce que j'appelle la revanche du détail.
On en trouve dans tous les écrits parce que la vie recèle ce genre de faits et gestes futiles, ces grains de sable bénins mais souvent conséquents.
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