Au moment où le monde est en crise, l'écrivain peut-il rester en paix?», lance Eugène Ebodé, auteur du livre «Tout sur mon maire», publié en 2008, lors de la conférence organisée dernièrement à Rabat sur le thème de l'engagement littéraire à l'occasion du lancement de la ''5e édition du français dans tous ses états''. Pour ce jeune chroniqueur, français d'origine camerounaise, l'écrivain est le produit de son époque et il ne doit pas se dérober quand il s'agit de dénoncer l'injustice. Toutefois, il reconnaît avoir retrouvé la paix intérieure grâce à la musique des «Gnaoua» qu'il introduit dans un des ses romans. «Durant toute mon enfance, j'ai été bercé par cette musique qui ressemble à une thérapie. Petit, j'écoutais un musicien noir qui chantait mais dont je ne comprenais pas le sens des phrases. A la fin, j'ai compris qu'il s'agissait d'un homme qui demandait la main d'une fille trop jeune pour lui. Mais celle-ci lui répondait qu'avant de se marier, elle préfère aller à l'école», note avec sourire M. Ebodé.
Pour Olivier Rolin, qui a publié l'ouvrage «Un chasseur de lions», même si l'écrivain est toujours non content du monde, il n'est pas là seulement pour dénoncer les guerres, mais aussi pour protéger la langue, car l'amour des mots transcende la littérature. « C'est la raison pour laquelle le discours littéraire reste ambigu. Le romancier n'est pas quelqu'un d'arrogant et il n'est pas non plus juge, contrairement à l'homme politique qui, lui, donne des consignes mais il a cette capacité à s'émouvoir. En ne donnant pas d'ordres, la littérature contribue à la liberté de l'esprit. Un roman ne doit pas transpirer de l'idéologie. «La littérature n'est pas un traité politique, c'est une affaire de sensibilité. Le philosophe français Roland Barth (1915-1980) disait que la littérature sert à respirer», souligne M. Rolin. Ce romancier dit vouloir dans ses écrits voyager beaucoup pour ne pas être prisonnier d'un seul lieu. Etre Français, Allemand ou Japonais ne m'intéresse pas.
L'essentiel pour moi est de ne pas être cloisonné dans des frontières mais d'aller puiser dans le large patrimoine de l'humanité.
Quant à Jean-Noël Pancrazi, le fait de s'engager équivaut à être en accord avec ce qu'on pense et ce qu'on fait. Avec «Montecristi», son dernier roman, il livre avec une poignante sensibilité et sans concession le récit d'une saison d'enfer en République dominicaine où l'écrivain assiste à la contamination de la population par des déchets toxiques. C'est là aussi où le lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie française tranche sur le rôle de l'écrivain dans la société. «Que peut faire la littérature devant un enfant qui meurt? Elle peut sensibiliser le public», s'interroge-t-il. Pour Kébir-Mustapha Ammi, «l'engagement c'est une mise en question du monde. Il faut toujours questionner sans donner de réponses. L'écrivain comme l'artiste sont tous les deux des créateurs qui ont besoin de garder leur liberté pour gratter là où cela fait mal». Selon Michel Layaz, l'auteur de «Cher Boniface», l'écrivain d'abord écrit pour lui-même et il est en même temps en colère contre la société qu'il veut changer, comme voulait le faire Jean-Paul Sartre (1905-1980) dans les années 60.
Si chacun de ces écrivains a pu donner sa propre définition de l'engagement, l'auditoire, lui, est resté partagé entre ceux qui considèrent que la littérature est absente lorsqu'il s'agit de dénoncer les grands problèmes de la planète: immigration, guerre, famine, etc. D'autres intervenants ont interpellé les participants sur l'impact que peut avoir un écrivain engagé dans un pays comme le Maroc où le taux de l'analphabétisme est élevé et le prix du livre est hors de portée pour la grande majorité des habitants. «Les voies de l'engagement sont complexes et il n'y a pas d'engagement heureux», a conclu Driss Khrouz, directeur de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc qui a abrité cette rencontre littéraire.
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Pour Olivier Rolin, qui a publié l'ouvrage «Un chasseur de lions», même si l'écrivain est toujours non content du monde, il n'est pas là seulement pour dénoncer les guerres, mais aussi pour protéger la langue, car l'amour des mots transcende la littérature. « C'est la raison pour laquelle le discours littéraire reste ambigu. Le romancier n'est pas quelqu'un d'arrogant et il n'est pas non plus juge, contrairement à l'homme politique qui, lui, donne des consignes mais il a cette capacité à s'émouvoir. En ne donnant pas d'ordres, la littérature contribue à la liberté de l'esprit. Un roman ne doit pas transpirer de l'idéologie. «La littérature n'est pas un traité politique, c'est une affaire de sensibilité. Le philosophe français Roland Barth (1915-1980) disait que la littérature sert à respirer», souligne M. Rolin. Ce romancier dit vouloir dans ses écrits voyager beaucoup pour ne pas être prisonnier d'un seul lieu. Etre Français, Allemand ou Japonais ne m'intéresse pas.
L'essentiel pour moi est de ne pas être cloisonné dans des frontières mais d'aller puiser dans le large patrimoine de l'humanité.
Quant à Jean-Noël Pancrazi, le fait de s'engager équivaut à être en accord avec ce qu'on pense et ce qu'on fait. Avec «Montecristi», son dernier roman, il livre avec une poignante sensibilité et sans concession le récit d'une saison d'enfer en République dominicaine où l'écrivain assiste à la contamination de la population par des déchets toxiques. C'est là aussi où le lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie française tranche sur le rôle de l'écrivain dans la société. «Que peut faire la littérature devant un enfant qui meurt? Elle peut sensibiliser le public», s'interroge-t-il. Pour Kébir-Mustapha Ammi, «l'engagement c'est une mise en question du monde. Il faut toujours questionner sans donner de réponses. L'écrivain comme l'artiste sont tous les deux des créateurs qui ont besoin de garder leur liberté pour gratter là où cela fait mal». Selon Michel Layaz, l'auteur de «Cher Boniface», l'écrivain d'abord écrit pour lui-même et il est en même temps en colère contre la société qu'il veut changer, comme voulait le faire Jean-Paul Sartre (1905-1980) dans les années 60.
Si chacun de ces écrivains a pu donner sa propre définition de l'engagement, l'auditoire, lui, est resté partagé entre ceux qui considèrent que la littérature est absente lorsqu'il s'agit de dénoncer les grands problèmes de la planète: immigration, guerre, famine, etc. D'autres intervenants ont interpellé les participants sur l'impact que peut avoir un écrivain engagé dans un pays comme le Maroc où le taux de l'analphabétisme est élevé et le prix du livre est hors de portée pour la grande majorité des habitants. «Les voies de l'engagement sont complexes et il n'y a pas d'engagement heureux», a conclu Driss Khrouz, directeur de la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc qui a abrité cette rencontre littéraire.
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