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À qui la faute ?

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À qui la faute ?

Harold James Professeur d'histoire et d'affaires internationales à la Woodrow Wilson School de l'université de Princeton et professeur d'histoire à la European University Institute à Florence.

Maintenant que la crise économique paraît moins menaçante (au moins pour le moment), et que les conjoncturistes entrevoient des « germes » de reprise, se déroule une chasse aux coupables toujours plus étendue. La crise financière offre une occasion semble-t-il inépuisable de dénoncer la supercherie et la corruption, et de démasquer les coupables. Pourtant, nous ne sommes pas tout à fait sûrs de savoir qui ou quoi démasquer. Au tout début, les grands banquiers faisaient des coupables idéals : ils présidaient les institutions qui avaient dégagé des profits considérables sur une période assez longue à mal valoriser les risques, pour réclamer ensuite l'aide publique au motif qu'elles étaient trop importants pour s'effondrer. Diaboliser ces êtres manifestement arrogants et surpayés était chose facile. Mais qu'en est-il du processus politique ? Pourquoi les banques n'étaient-elles pas davantage contrôlées et mieux réglementées ? Non pas que les politiciens étaient « achetés » au sens propre, ils s'étaient plutôt persuadés que l'innovation financière était la clé d'une plus grande prospérité générale, permettait d'élargir l'accès à la propriété et bien entendu d'accroître le soutien populaire durant les élections.

Les gouvernements sont aujourd'hui vulnérables et les politiciens, attaqués de toute part. Les gouvernements tchèque, hongrois, islandais et irlandais se sont effondrés. Des émeutes et des grèves paralysent la Thaïlande, la France et la Grèce. Au Koweït, le gouvernement a dissous le Parlement. La Grande-Bretagne est secouée par un scandale au sujet des dépenses parlementaires, inédit depuis les attaques contre la « vieille corruption » au début du XIXe siècle. Les récriminations au lendemain des crises financières ont une longue histoire : elles reviennent régulièrement. La flambée du début des années 1870 fut suivie d'un effondrement en 1873 et d'une chasse aux sorcières. En 1907, J. P. Morgan, tout d'abord considéré comme le sauveur du marché, fut ensuite taxé d'ennemi du Commonwealth. Dans les années 30, ce sont les banquiers et les ministères des Finances que l'on prit pour responsables. Après cela, durant tout le reste du XXe siècle, le cycle du retour de bâton semblait avoir cessé. Aujourd'hui, les attaques ne se limitent pas aux sphères politique et financière. Les détracteurs s'efforcent d'identifier les idées tout autant que les intérêts responsables du dysfonctionnement financier et économique. À cet égard, la crise d'aujourd'hui n'a pas d'équivalent historique : c'est comme si l'innovation financière était motivée par un ensemble d'innovations intellectuelles, voire technologiques.

Et puisqu'il s'agit d'une crise économique, la plupart des personnes qui s'interrogent sur ses racines intellectuelles sont tentées de commencer par creuser du côté des économistes qui, à de rares exceptions près, semblent particulièrement discrédités. Robert Lucas, père de la révolution des anticipations rationnelles, est sans cesse cité pour avoir déclaré en 2003 dans son allocution de président de l'Association américaine des économistes que « le grand problème de prévention de la récession a été résolu, en pratique, et qu'il l'est en fait pour les décennies à venir ». De plus, il est clair que les économistes ont eu une influence sur les politiques. Aujourd'hui directeur très influent du Conseil économique national du président Barack Obama, Larry Summers concluait à l'époque où il était jeune économiste que « les chocs financiers et monétaires sont des sources moins importantes de récession qu'on ne l'imaginait ». Si l'économie était infaillible et s'il existait tant de possibilités politiques pour régler les crises et surmonter la détresse, il serait moins nécessaire d'éviter les erreurs. Les choses auraient toujours pu être remises en ordre après coup.

D'autres spécialistes ont paru moins arrogants face à l'humiliation publique de leurs collègues économistes. Les non mathématiciens semblent avoir eu leur revanche, à l'heure où les dangers de l'excès de confiance en des notations complexes et des formules impénétrables sont inlassablement montrés du doigt. En fait, les nouveautés et effets de mode dans d'autres disciplines scientifiques, également dans la culture générale, ont contribué au moins autant à une volonté de prendre des risques absurdes, de proposer et d'accepter des évaluations de titres complexes et par nature insondables. Les évolutions culturelles générales sont parfois qualifiées de postmodernistes, ce qui implique que la raison soit remplacée par l'intuition, le ressenti et l'allusion. Or, le postmodernisme est lui-même issu de la technologie, avec laquelle il entretient une relation profondément ambiguë. Contrairement aux vieilles automobiles à vapeur, dont le fonctionnement du moteur était facilement compréhensible, les automobiles modernes ou les avions sont si compliqués que leurs utilisateurs n'ont aucune idée de la façon dont fonctionne la technologie qu'ils ont entre leurs mains. Internet a créé un monde dans lequel la stricte logique importe moins que la juxtaposition d'images frappantes.

Le postmodernisme s'éloigne de la culture rationnelle des temps dits « modernes ». Nombre de personnes y trouvent davantage d'analogies avec la vie médiévale, où les hommes étaient entourés de processus qu'ils trouvaient difficile à appréhender. Ils pensaient donc vivre dans un monde peuplé de démons et de forces mystérieuses. L'époque récente de la finance mondiale – dont on pourrait peut-être parler au passé ? – était différente de l'envolée financière d'il y a un siècle. Ses manifestations culturelles paraissaient de surcroît originales. Elle était enjouée, allusive et pointue – en gros, postmoderne. Elle voyait la tradition et l'histoire non comme contrainte mais comme source de référence ironique. A l'apogée de cette période, les grands acteurs financiers composaient des collections extrêmement coûteuses d'art moderne très abstrait. L'indifférence ou le mépris postmodernes pour la réalité faisaient naître le sentiment que le monde entier était malléable et en constant changement, qu'il pouvait être aussi éphémère et dépourvu de sens que les cours de la bourse.

Une alliance a été formée entre des experts financiers qui pensaient vendre des idées réellement innovantes, une élite politique qui embrassait le principe de « réglementation allégée » et un climat culturel qui incitait à l'expérimentation et au rejet des valeurs traditionnelles. Résultat : tout type de valeur – y compris financière – était considéré comme arbitraire et fondamentalement absurde.
Quand l'incompréhension ne génère plus de nouveaux sommets de prospérité mais provoque plutôt l'effondrement et la chute économique, il n'est pas surprenant qu'elle se mue en colère. La chasse aux coupables ressemble de plus en plus à la chasse aux sorcières de l'époque médiévale et des débuts de l'ère moderne : c'est une façon de donner du sens à un univers désordonné et hostile.

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