Chacun le développe comme il veut afin d'avoir une méthode de production agricole indépendamment de toutes considérations autres qu'agronomiques. Loin de toutes ces définitions encyclopédiques, l'agroécologie est devenue un mode de vie à Dar Bouazza. Grâce à la ferme pédagogique «Jnane El kbir», les habitants de la région et les Casablancais assoiffés de produits bios sont devenus addicted à cette pratique qui met l'accent sur l'équilibre durable du système sol-culture. «On vise la diffusion d'une agriculture proche de la nature, un équilibre social et végétal. L'essentiel pour nous est le respect de la vie.
La préservation des sols, la conservation des eaux pour le climat aride et saharien, le respect du végétal et des insectes, l'éloignement de la pollution sont autant de principes qu'on privilégie», nous explique Aicha Krombi responsable de formation à la ferme.
Espace de formation
Entourée de cannes cette «oasis paysanne» respire la nature et les anciennes odeurs de la campagne. Équipée d'un vieux four en terre, de jardins et de plantations spontanées, la ferme gérée par Bouchaib Harris propose un lieu naturel où on peut se reconnecter avec soi, la terre et le vivant. C'est aussi un endroit où on peut se ressourcer à travers divers enseignements. En effet, soutenue par l'association Terre et Humanisme la ferme propose la formation d'animateurs agroécologiques. Ce cursus dure toute l'année en raison d'une semaine d'ateliers pratiques tous les huit mois et un suivi durant quatre mois. L'enseignement dispensé dans cette «école» privilégie l'alternance entre formation pratique et formation théorique, le développement de l'esprit d'initiative et la responsabilisation.
Chaque formation donne lieu à un réseau d'animateurs dans différentes régions du Maroc dont Settat, Mriret, Casablanca,… «On a un engagement moral avec les stagiaires qui s'engagent à former d'autres personnes », explique Aicha Krombi. L'année dernière la ferme a formé 13 animateurs et la demande est de plus en plus importante sur ce nouveau créneau de production agricole.
Pour satisfaire ce fort engouement, une poignée d'hommes et de femmes apportent ce qu'ils peuvent. «Chacun de nous a mis quelque chose dans cette ferme. La coprésidente a mis à notre disposition ce terrain et construit la maison. On compte aussi sur le mécénat », explique Zaineb Benchakroun Idrissi, membre du cercle d'agroécologistes locaux. «Durant l'année écoulée, les stagiaires ont donné une partie des fonds nécessaires pour la formation. On leur a proposé des tranches selon les moyens de chacun. Des personnes n'ont ainsi payé que le tiers du tarif», ajoute Aicha Krombi. Pour cette formatrice de Terre et Humanisme la solidarité d'autres partenaires est nécessaire afin d'assurer la continuité de ce programme d'initiation à l'agroécologie.
Mode de vie écologique
La mission sociale de cet organisme exceptionnel est de promouvoir le développement durable du Maroc, en favorisant l'harmonie entre l'environnement et les communautés locales. Pour atteindre ses objectifs, la ferme se concentre sur les domaines d'activités telle la production de fertilisants organiques, l'élevage d'animaux, la culture de plantes médicinales, de céréales, de fruits et de légumes, l'éducation des populations et l'écotourisme.
Pour préparer des fertilisants organiques Aicha Krombi nettoie le souk de Dar Bouazza et les fermes avoisinantes. «Je rassemble les déchets des bouchers, les tas de restes et le fumier des autres fermes. Ces détritus sont ensuite brûlés dans une aire de compostage avec les os broyés et de la paille. Le but de cette méthode est de nourrir correctement la terre », nous confie A. Krombi. Et comme insecticide, les responsables de la ferme optent pour l'ortie. « Cette plante est aussi bénéfique pour les poules de la ferme. Nous avons aussi des plantes médicinales comme la « atarcha »», explique Mme. Krombi. Cette ancienne ingénieure qui a dédié sa vie à l'agroécologie rêve d'un élevage naturel, des arbres fruitiers et des carrés de menthe pour honorer la fameuse menthe marocaine «détruite par les pesticides».
«Jnane El kbir» dispose aussi d'un bassin de rétention pour récupérer les eaux de pluie.
En outre, une partie de la ferme est réservée à l'expérimental des stagiaires, visite d'étudiants, citadins et animateurs. «Nous organisons aussi des formations pour les paysans qui cultivent de grands terrains. La dernière s'est déroulée à Settat où on a fait un cycle spécial céréale et élevage. L'échange était très réussi avec les agriculteurs. Au cours de ce séminaire, on a fait appel à un expert international qui a 30 ans d'expérience dans ce domaine », souligne Aicha Krombi.
Des paniers de légumes bios
Cette ferme est également un modèle pour les agriculteurs locaux. En effet, «Jnane El kbir» propose des projets générateurs de revenus pour les paysans qui veulent produire bio. Ainsi, elle a créé l'initiative de paniers de légumes en partenariat avec cinq autres producteurs de Dar Bouazza. Il s'agit d'un système de livraison de paniers légumes bio. «C'est une action facilitatrice pour attirer les gens.
C'est aussi un acte militant pour éveiller les sens des citadins, retourner aux origines et surtout garder le petit paysan sur place», affirme Aicha Krombi. Ces paniers sont donc un moyen de toucher les Casablancais et assurer un revenu stable et une qualité de vie meilleure pour les paysans. Comment ça marche? Une réunion est organisée tous les 15 jours avec les agriculteurs expérimentateurs pour planifier les semences et les plantations. Chaque semaine, les paysans ramènent leurs productions, qui sont réparties sur 50 paniers. «Les premiers paniers n'étaient pas très garnis mais actuellement un panier pèse 15 kg.
Ce poids peut augmenter jusqu'à 20 kg notamment en été où s'ajoutent la pastèque et le melon», affirme un responsable du projet. Les paniers sont livrés chaque vendredi sur Ghandi pour les familles inscrites auprès du collectif de producteurs de Dar Bouazza. Pour 150 Dh ils comprennent entre 18 et 23 pièces de légumes frais, variés et de saison. On peut également acheter un demi-panier.
Il y a un contrat entre l'agriculteur et le consommateur. Ce dernier donne une avance d'un mois ou un trimestre pour pouvoir garantir au paysan le matériel de travail. En contrepartie le producteur s'engage à produire le contenu des paniers. « On essaie d'avoir d'autres agriculteurs qui produisent bio pour satisfaire la forte demande des clients inscrits sur une longue liste d'attente », précise Aicha Krombi.
Le but de cette dame est d'assurer à chaque producteur une autogérance avec un portefeuille d'une vingtaine de clients comme c'est le cas pour un ancien stagiaire de la ferme qui produit 24 paniers hebdomadaires à Médiouna. Cependant, Terre et Humanisme gardera toujours le rôle de superviseur durant les réunions hebdomadaires et en cas de problèmes. Cette ferme se veut ainsi le vecteur d'une agriculture réfléchie, diversifiée, pour laquelle le paysan devra travailler différemment loin des machines et des pesticides.
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Questions à :
Est-ce que l'agroécologie intéresse beaucoup de personnes au Maroc ?
Lorsqu'on a fait une évaluation avec Terre et Humanisme on a eu de bonnes appréciations sur le Maroc. Les gens ont compris l'importance de ce mode d'agriculture. Personnellement, le groupe formé en 2008 m'a surpris avec son sérieux et son intérêt. Un élève a déjà mis en place son propre projet. En outre, de plus en plus de personnes se dirigent vers l'agroécologie comme les amateurs de paniers. Certes, on est loin de convaincre tout le monde mais c'est une démarche qui a plus d'échos à cause des problèmes qui menacent la planète et les expériences se multiplient.
Pourquoi à votre avis cet engouement ?
Beaucoup de clignotants rouges attirent les gens vers l'agroécologie dont les problèmes de santé et les cas d'intoxication. Il y a aussi des types de cancers qui se développent selon les différentes régions du monde. Cette prise de conscience est due également aux problèmes du réchauffement climatique et la rareté de l'eau. Par ailleurs, il y a une grande différence entre le goût des produits bios et les autres.
Quel est le rôle d'animateur dans ce genre de formation ?
L'animateur essaie d'orienter vers l'agroécologie au niveau du système d'arrosage et de régulation des parasites. L'animateur facilite aussi la communication et échange les expériences avec les stagiaires. Je tiens à préciser qu'en plus des formations où on donne les bases nécessaires pour la culture agroécologique, il y aurait besoin de faire des stages dans des fermes pour peaufiner les expériences de chacun. Il s'agit d'avoir des rapports concrets avec la terre. La formation ne s'arrête pas à 3 ou 4 semaines, les gens peuvent acquérir plus d'informations en consultant les livres et les sites web spécialisés.
La préservation des sols, la conservation des eaux pour le climat aride et saharien, le respect du végétal et des insectes, l'éloignement de la pollution sont autant de principes qu'on privilégie», nous explique Aicha Krombi responsable de formation à la ferme.
Espace de formation
Entourée de cannes cette «oasis paysanne» respire la nature et les anciennes odeurs de la campagne. Équipée d'un vieux four en terre, de jardins et de plantations spontanées, la ferme gérée par Bouchaib Harris propose un lieu naturel où on peut se reconnecter avec soi, la terre et le vivant. C'est aussi un endroit où on peut se ressourcer à travers divers enseignements. En effet, soutenue par l'association Terre et Humanisme la ferme propose la formation d'animateurs agroécologiques. Ce cursus dure toute l'année en raison d'une semaine d'ateliers pratiques tous les huit mois et un suivi durant quatre mois. L'enseignement dispensé dans cette «école» privilégie l'alternance entre formation pratique et formation théorique, le développement de l'esprit d'initiative et la responsabilisation.
Chaque formation donne lieu à un réseau d'animateurs dans différentes régions du Maroc dont Settat, Mriret, Casablanca,… «On a un engagement moral avec les stagiaires qui s'engagent à former d'autres personnes », explique Aicha Krombi. L'année dernière la ferme a formé 13 animateurs et la demande est de plus en plus importante sur ce nouveau créneau de production agricole.
Pour satisfaire ce fort engouement, une poignée d'hommes et de femmes apportent ce qu'ils peuvent. «Chacun de nous a mis quelque chose dans cette ferme. La coprésidente a mis à notre disposition ce terrain et construit la maison. On compte aussi sur le mécénat », explique Zaineb Benchakroun Idrissi, membre du cercle d'agroécologistes locaux. «Durant l'année écoulée, les stagiaires ont donné une partie des fonds nécessaires pour la formation. On leur a proposé des tranches selon les moyens de chacun. Des personnes n'ont ainsi payé que le tiers du tarif», ajoute Aicha Krombi. Pour cette formatrice de Terre et Humanisme la solidarité d'autres partenaires est nécessaire afin d'assurer la continuité de ce programme d'initiation à l'agroécologie.
Mode de vie écologique
La mission sociale de cet organisme exceptionnel est de promouvoir le développement durable du Maroc, en favorisant l'harmonie entre l'environnement et les communautés locales. Pour atteindre ses objectifs, la ferme se concentre sur les domaines d'activités telle la production de fertilisants organiques, l'élevage d'animaux, la culture de plantes médicinales, de céréales, de fruits et de légumes, l'éducation des populations et l'écotourisme.
Pour préparer des fertilisants organiques Aicha Krombi nettoie le souk de Dar Bouazza et les fermes avoisinantes. «Je rassemble les déchets des bouchers, les tas de restes et le fumier des autres fermes. Ces détritus sont ensuite brûlés dans une aire de compostage avec les os broyés et de la paille. Le but de cette méthode est de nourrir correctement la terre », nous confie A. Krombi. Et comme insecticide, les responsables de la ferme optent pour l'ortie. « Cette plante est aussi bénéfique pour les poules de la ferme. Nous avons aussi des plantes médicinales comme la « atarcha »», explique Mme. Krombi. Cette ancienne ingénieure qui a dédié sa vie à l'agroécologie rêve d'un élevage naturel, des arbres fruitiers et des carrés de menthe pour honorer la fameuse menthe marocaine «détruite par les pesticides».
«Jnane El kbir» dispose aussi d'un bassin de rétention pour récupérer les eaux de pluie.
En outre, une partie de la ferme est réservée à l'expérimental des stagiaires, visite d'étudiants, citadins et animateurs. «Nous organisons aussi des formations pour les paysans qui cultivent de grands terrains. La dernière s'est déroulée à Settat où on a fait un cycle spécial céréale et élevage. L'échange était très réussi avec les agriculteurs. Au cours de ce séminaire, on a fait appel à un expert international qui a 30 ans d'expérience dans ce domaine », souligne Aicha Krombi.
Des paniers de légumes bios
Cette ferme est également un modèle pour les agriculteurs locaux. En effet, «Jnane El kbir» propose des projets générateurs de revenus pour les paysans qui veulent produire bio. Ainsi, elle a créé l'initiative de paniers de légumes en partenariat avec cinq autres producteurs de Dar Bouazza. Il s'agit d'un système de livraison de paniers légumes bio. «C'est une action facilitatrice pour attirer les gens.
C'est aussi un acte militant pour éveiller les sens des citadins, retourner aux origines et surtout garder le petit paysan sur place», affirme Aicha Krombi. Ces paniers sont donc un moyen de toucher les Casablancais et assurer un revenu stable et une qualité de vie meilleure pour les paysans. Comment ça marche? Une réunion est organisée tous les 15 jours avec les agriculteurs expérimentateurs pour planifier les semences et les plantations. Chaque semaine, les paysans ramènent leurs productions, qui sont réparties sur 50 paniers. «Les premiers paniers n'étaient pas très garnis mais actuellement un panier pèse 15 kg.
Ce poids peut augmenter jusqu'à 20 kg notamment en été où s'ajoutent la pastèque et le melon», affirme un responsable du projet. Les paniers sont livrés chaque vendredi sur Ghandi pour les familles inscrites auprès du collectif de producteurs de Dar Bouazza. Pour 150 Dh ils comprennent entre 18 et 23 pièces de légumes frais, variés et de saison. On peut également acheter un demi-panier.
Il y a un contrat entre l'agriculteur et le consommateur. Ce dernier donne une avance d'un mois ou un trimestre pour pouvoir garantir au paysan le matériel de travail. En contrepartie le producteur s'engage à produire le contenu des paniers. « On essaie d'avoir d'autres agriculteurs qui produisent bio pour satisfaire la forte demande des clients inscrits sur une longue liste d'attente », précise Aicha Krombi.
Le but de cette dame est d'assurer à chaque producteur une autogérance avec un portefeuille d'une vingtaine de clients comme c'est le cas pour un ancien stagiaire de la ferme qui produit 24 paniers hebdomadaires à Médiouna. Cependant, Terre et Humanisme gardera toujours le rôle de superviseur durant les réunions hebdomadaires et en cas de problèmes. Cette ferme se veut ainsi le vecteur d'une agriculture réfléchie, diversifiée, pour laquelle le paysan devra travailler différemment loin des machines et des pesticides.
Questions à :
«Beaucoup de clignotants rouges attirent les gens vers l'agroécologie»
Est-ce que l'agroécologie intéresse beaucoup de personnes au Maroc ?
Lorsqu'on a fait une évaluation avec Terre et Humanisme on a eu de bonnes appréciations sur le Maroc. Les gens ont compris l'importance de ce mode d'agriculture. Personnellement, le groupe formé en 2008 m'a surpris avec son sérieux et son intérêt. Un élève a déjà mis en place son propre projet. En outre, de plus en plus de personnes se dirigent vers l'agroécologie comme les amateurs de paniers. Certes, on est loin de convaincre tout le monde mais c'est une démarche qui a plus d'échos à cause des problèmes qui menacent la planète et les expériences se multiplient.
Pourquoi à votre avis cet engouement ?
Beaucoup de clignotants rouges attirent les gens vers l'agroécologie dont les problèmes de santé et les cas d'intoxication. Il y a aussi des types de cancers qui se développent selon les différentes régions du monde. Cette prise de conscience est due également aux problèmes du réchauffement climatique et la rareté de l'eau. Par ailleurs, il y a une grande différence entre le goût des produits bios et les autres.
Quel est le rôle d'animateur dans ce genre de formation ?
L'animateur essaie d'orienter vers l'agroécologie au niveau du système d'arrosage et de régulation des parasites. L'animateur facilite aussi la communication et échange les expériences avec les stagiaires. Je tiens à préciser qu'en plus des formations où on donne les bases nécessaires pour la culture agroécologique, il y aurait besoin de faire des stages dans des fermes pour peaufiner les expériences de chacun. Il s'agit d'avoir des rapports concrets avec la terre. La formation ne s'arrête pas à 3 ou 4 semaines, les gens peuvent acquérir plus d'informations en consultant les livres et les sites web spécialisés.
