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Vendredi 28 Août 2026
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«Il est fondamental que les jeunes de Sidi Moumen soient auteurs de l'image qu'ils veulent donner»

C'est une expérience pour le moins inédite que celle vécue par 12 jeunes, tous issus de Sidi Moumen. Munis d'un appareil jetable, ils ont immortalisé leur quartier. Leurs clichés sont exposés jusqu'au 7 janvier 2011 au Goethe-Institut de Casablanca.

«Il est fondamental que les jeunes de Sidi Moumen soient auteurs de l'image qu'ils veulent donner»
Jamal Belmahi.
LE MATIN : Comment l'idée de travailler avec des jeunes de Sidi Moumen a-t-elle vu le jour ?
Jamal Belmahi :
Tout d'abord, je me suis déplacé à Sidi Moumen pour des raisons d'un scénario que j'écris, car je travaille sur le prochain film de Nabil Âyouch qui raconte la vie des kamikazes qui ont commis des attentats. Une fois sur place, j'ai été confronté à des jeunes qui m'ont rapidement fait sentir qu'ils n'aimaient pas trop l'image que l'on se faisait d'eux, dans les grandes villes et principalement à Casablanca. En même temps, ils saisissaient pertinemment l'importance de corriger cette image. En somme, ils se plaignaient du fait que les photos qui les montraient étaient toujours les mêmes, toujours axées sur la pauvreté, les ordures, etc., choses qui existent certes, mais ils reprochaient un peu le côté réducteur de ces photos. Donc, l'idée est toute simple en fait, c'était de leur proposer de devenir eux-mêmes producteurs de leurs images, et de leur donner cette possibilité de nous montrer leur Sidi Moumen au quotidien, sans pour autant nier la réalité. Ils ont ainsi tous pris en photo aussi bien ce qui est positif que négatif, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas essayé de construire une fausse image de leur quotidien, et en même temps, ils nous ont finalement montré qu'il y a un quotidien assez banal : il y a des jeux, des ordinateurs, des membres de leurs familles, des gens réunis autour d'une table, etc., donc des choses qui font le quotidien de tout un chacun. Voilà, c'était ça en fait l'idée du projet.

Quels sont alors les critères qui ont prévalu dans le choix de ces 12 jeunes ?

A vrai dire, il n'y a pas eu de choix particulier, c'était surtout basé sur la volonté et l'envie. Au départ, j'ai essayé de voir si l'idée avait du sens pour eux, ce qui n'était pas évident, puisque cela a généré des questionnements sur le pourquoi du comment de la chose. Mais tout de suite après, ils ont compris que c'était une possibilité pour eux de s'exprimer, et donc, finalement, nous avons pris ceux qui en voulaient le plus tout simplement. J'aurai pu distribuer le double d'appareils photo, voire le triple au cas où j'aurai pris un peu plus de temps, mais il n'y a pas eu de critères particulier pour le choix de ces jeunes. En revanche, nous avons veillé à prendre également des filles, et pas seulement des jeunes qui habitent le bidonville mais également ceux qui vivent dans des cités, parce que Sidi Moumen n'est pas seulement le bidonville, le tout pour réussir à donner une image diversifiée du quartier.

Selon vous, quel serait l'apport de pareil exercice pour ces jeunes ?

Je pense que la chose la plus importante pour eux est de se sentir responsables, qu'ils produisent eux-mêmes l'image qu'ils veulent donner de Sidi Moumen. Je pense que c'est un geste important, c'est-à-dire qu'ils ne doivent pas toujours subir ce que les autres veulent montrer à propos d'eux ou de leur quartier, et qu'ils soient eux-mêmes auteurs de l'image qu'ils veulent donner aux autres. Et je crois que si cela a été possible avec des moyens aussi simples que des appareils photo jetables, ça peut l'être aussi avec des choses plus complexes et qui peuvent leur donner plus de sens.

Sur un plan plus personnel, comment avez-vous vécu cette expérience ?

Personnellement, avant de me rendre à Sidi Moumen, les gens me faisaient des réflexions du genre «Tu vas voir, là-bas c'est un autre pays, c'est un autre monde», et j'étais si content de découvrir que c'est n'est ni l'un ni l'autre, bien au contraire, c'est vraiment le Maroc dans lequel nous vivons tous, et c'est ce qui est, à mon sens, fondamental à comprendre.

Propos recueillis par Abdelhakim Hamdane
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