Cet édifice de Palembang, capitale de la province indonésienne de Sumatra du Sud, a un aspect indéniablement exotique, mais la seule chose qui frappe vraiment le simple passant en est son architecture pittoresque. La façade, qui fait penser à un temple, peinte en rose et rouge vif, est couronnée d'un dôme vert jade et entourée, de chaque côté, de deux tours en forme de pagode à cinq niveaux, avec un petit toit de style chinois.
Or en y regardant de plus près, au-dessus du dôme, on aperçoit un croissant de lune et une étoile. Il s'agit de la mosquée Muhammad Cheng Ho et non d'un temple chinois.
Synthèse de la culture chinoise et de l'Islam, cette mosquée n'aurait pas pu exister sous l'ère du Nouvel Ordre du président Suharto, durant laquelle l'Etat indonésien avait un pouvoir plus étendu et davantage de ressources consacrées au maintien de l'ordre interne. A cette époque, l'expression de la culture chinoise - quelle qu'en fût la forme - considérée comme une menace pour l'identité nationale, était réprimée.
Avec le changement de gouvernement en 1998, un certain nombre de lois discriminatoires envers les citoyens d'ethnie chinoise ont été abolies et depuis, on assiste, à un renouveau graduel et soutenu de la culture chinoise. A mesure que la communauté chinoise a été habilitée à réaffirmer ouvertement son ethnicité, nombre de ses membres ont vécu ce processus comme une redécouverte de soi et une manière de panser leurs plaies. D'autres efforts ont été déployés pour raviver l'identité chinoise; notamment la construction, en 2002, d'une mosquée également appelée Cheng Ho, à Surabaya - une des meilleures illustrations de ce renouveau. Cette mosquée se trouve près du centre-ville et son architecture, en grand contraste avec l'environnement javanais du quartier, est fortement influencée par le style chinois. Quant à l'architecture de la mosquée Cheng Ho de Palembang, construite en 2006, elle s'inspire de celle de la première.
La mosquée a été nommée d'après Cheng Ho, plus connu sous le nom de Zheng He, amiral chinois du 15e siècle, qui aurait aidé l'Islam à se propager en Indonésie. Selon un historien local, Cheng Ho aurait visité Palembang à quatre reprises, entre 1405 et 1433, afin de mettre fin aux exactions d'une bande de pirates. A mon arrivée à Palembang, lorsque j'ai demandé des renseignements sur la mosquée Cheng Ho au chauffeur de taxi, celui-ci eut l'air étonné d'apprendre l'existence d'une mosquée portant un nom chinois dans les environs.
Une étudiante de deuxième cycle de l'Université de Sriwijaya, qui m'accompagnait durant ma visite, me dit elle aussi n'avoir jamais entendu parler de cette mosquée. Fréquentant pourtant ce quartier de la ville, elle avait toujours cru que les deux minarets étaient ceux d'un temple chinois. Elle n'est pas la seule à se méprendre : beaucoup de gens font la même erreur.
La mosquée Cheng Ho est dotée d'une architecture unique, mêlant des éléments de la culture locale de Palembang à des nuances chinoises et arabes.
Bâtie sur 5000 mètres carrés de terrain, elle est située dans une zone d'habitation de la classe moyenne. Les minarets aux couleurs rouge et vert jade qui encadrent l'édifice sont à l'image des pagodes chinoises.
Construite sur deux étages, la mosquée a ouvert ses portes en août 2008. Il n'y a pas de barrière séparant les hommes des femmes ; les hommes prient donc à l'étage du bas et les femmes à l'étage supérieur. On y prévoit également la construction d'une maisonnette pour l'imam, ainsi que d'un bureau administratif, d'une librairie et d'une salle polyvalente.
La mosquée Cheng Ho est plus qu'un lieu de culte. Les activités qui s'y déroulent sont religieuses mais aussi sociales; par ailleurs, elle attire de nombreux touristes venant de Malaisie, de Singapour, de Taïwan et même de Russie. En effet, à mon arrivée, je suis tombée sur une bande de jeunes lycéens venus commémorer l'anniversaire du Prophète Mahammed. Ils ont écouté des versets du Coran et ont pu profiter d'un cours de religion.
La mosquée Cheng Ho est la preuve que l'Indonésie accorde à ses habitants la possibilité d'exprimer leur identité particulière - en l'occurrence : un mélange de culture et de traditions chinoises et d'Islam sur fond traditionnel indonésien.
Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation de The Jakarta Globe.
Or en y regardant de plus près, au-dessus du dôme, on aperçoit un croissant de lune et une étoile. Il s'agit de la mosquée Muhammad Cheng Ho et non d'un temple chinois.
Synthèse de la culture chinoise et de l'Islam, cette mosquée n'aurait pas pu exister sous l'ère du Nouvel Ordre du président Suharto, durant laquelle l'Etat indonésien avait un pouvoir plus étendu et davantage de ressources consacrées au maintien de l'ordre interne. A cette époque, l'expression de la culture chinoise - quelle qu'en fût la forme - considérée comme une menace pour l'identité nationale, était réprimée.
Avec le changement de gouvernement en 1998, un certain nombre de lois discriminatoires envers les citoyens d'ethnie chinoise ont été abolies et depuis, on assiste, à un renouveau graduel et soutenu de la culture chinoise. A mesure que la communauté chinoise a été habilitée à réaffirmer ouvertement son ethnicité, nombre de ses membres ont vécu ce processus comme une redécouverte de soi et une manière de panser leurs plaies. D'autres efforts ont été déployés pour raviver l'identité chinoise; notamment la construction, en 2002, d'une mosquée également appelée Cheng Ho, à Surabaya - une des meilleures illustrations de ce renouveau. Cette mosquée se trouve près du centre-ville et son architecture, en grand contraste avec l'environnement javanais du quartier, est fortement influencée par le style chinois. Quant à l'architecture de la mosquée Cheng Ho de Palembang, construite en 2006, elle s'inspire de celle de la première.
La mosquée a été nommée d'après Cheng Ho, plus connu sous le nom de Zheng He, amiral chinois du 15e siècle, qui aurait aidé l'Islam à se propager en Indonésie. Selon un historien local, Cheng Ho aurait visité Palembang à quatre reprises, entre 1405 et 1433, afin de mettre fin aux exactions d'une bande de pirates. A mon arrivée à Palembang, lorsque j'ai demandé des renseignements sur la mosquée Cheng Ho au chauffeur de taxi, celui-ci eut l'air étonné d'apprendre l'existence d'une mosquée portant un nom chinois dans les environs.
Une étudiante de deuxième cycle de l'Université de Sriwijaya, qui m'accompagnait durant ma visite, me dit elle aussi n'avoir jamais entendu parler de cette mosquée. Fréquentant pourtant ce quartier de la ville, elle avait toujours cru que les deux minarets étaient ceux d'un temple chinois. Elle n'est pas la seule à se méprendre : beaucoup de gens font la même erreur.
La mosquée Cheng Ho est dotée d'une architecture unique, mêlant des éléments de la culture locale de Palembang à des nuances chinoises et arabes.
Bâtie sur 5000 mètres carrés de terrain, elle est située dans une zone d'habitation de la classe moyenne. Les minarets aux couleurs rouge et vert jade qui encadrent l'édifice sont à l'image des pagodes chinoises.
Construite sur deux étages, la mosquée a ouvert ses portes en août 2008. Il n'y a pas de barrière séparant les hommes des femmes ; les hommes prient donc à l'étage du bas et les femmes à l'étage supérieur. On y prévoit également la construction d'une maisonnette pour l'imam, ainsi que d'un bureau administratif, d'une librairie et d'une salle polyvalente.
La mosquée Cheng Ho est plus qu'un lieu de culte. Les activités qui s'y déroulent sont religieuses mais aussi sociales; par ailleurs, elle attire de nombreux touristes venant de Malaisie, de Singapour, de Taïwan et même de Russie. En effet, à mon arrivée, je suis tombée sur une bande de jeunes lycéens venus commémorer l'anniversaire du Prophète Mahammed. Ils ont écouté des versets du Coran et ont pu profiter d'un cours de religion.
La mosquée Cheng Ho est la preuve que l'Indonésie accorde à ses habitants la possibilité d'exprimer leur identité particulière - en l'occurrence : un mélange de culture et de traditions chinoises et d'Islam sur fond traditionnel indonésien.
Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation de The Jakarta Globe.
