Le 12 Rabie 1er est une date très spéciale pour tous les musulmans du monde. Aïd Al-Mawlid Annabaoui est une occasion pour se remémorer la naissance du Prophète Mohammad (PSL), sa vie, ses miracles, sa foi et ses actes illustrant la grandeur de l'Islam. A l'instar des autres pays musulmans, le Maroc accueille cette fête avec beaucoup de joie mais aussi de piété et de recueillement.
"Le fait de célébrer cette fête a des origines dans l'histoire des populations de ces régions, compte tenu des us et des pratiques rituels associés à cette occasion. C'est toute la société qui se trouve animée par cette fête, bien que les cérémonies comportent quelques distinctions qui reviennent aux traditions et aux spécificités culturelles locales", explique Abdelkrim Belhaj, psychosociologue. "Il y a aussi l'apport et l'empreinte des confréries qui élisent domicile dans certaines régions, ce qui donne une certaine variation ethnographique aux activités cérémoniales et de célébrations dans la société", ajoute-t-il. En effet, les traditions festives accompagnant cette période sont très diversifiées. Chaque région a donc sa propre fête et ses propres coutumes.
Dans les villes nordiques par exemple, un plat est spécialement préparé à l'occasion de Aïd Al-Mawlid. Il s'agit de la «calienté» qui veut dire chaud en langue espagnole. C'est une rapide et délicieuse recette très connue dans la région du Nord. "La recette de la «calienté» est très facile à préparer et peu coûteuse. Nous avons besoin d'un demi-kilo de farine, du pois-chiches, un verre d'huile, un litre et demi d'eau et un peu de sel. Et pour obtenir une recette beaucoup plus délicieuse, nous pouvons y rajouter deux ou trois œufs", raconte Naima, une Tangéroise dans la cinquantaine. Et d'ajouter: "Aïd Al-Mawlid est l'occasion propice pour déguster la «calienté». Pour le déjeuner, nous préparons de différents plats à base de poulet et de citron".
Le poulet est également le plat du "Aïd" des Fassis. Ils le préparent pour le déjeuner garni de citrouille caramélisée. Ce plat représente presque une règle culinaire le jour de Aïd Al- Mawlid à Fès. "Pour le petit déjeuner, nous préparons de petits fours et gâteaux marocains, mais aussi "laâssida", une soupe à base de semoule à laquelle nous ajoutons du miel. C'est très bon", confie Hajja Chafiqua.
Les Casablancais et les Rbattis ont presque les mêmes habitudes culinaires le jour de Aïd Al- Mawlid. Le matin, la famille se réunit autour de la table du ''ftour''. Au menu, crêpes à la marocaine, «msemen», «baghrir» et un pain spécial Aïd "krachel". Pour le déjeuner, soit du couscous, soit un tajine de viande aux prunes et amandes.
Hormis les habitudes culinaires, certaines régions célèbrent cette occasion religieuse en organisant des soirées de chants et de poésie et des activités culturelles et pédagogiques. Les festivités peuvent aller d'une soirée à une semaine. Au nord-est du Maroc, dans la région de l'Oriental, plus précisément à la zaouia de Madagh dans la province de Berkane, une grande veillée s'organise chaque année après la prière d'Al Ichaâ, en présence d'éminents ouléma et professeurs qui animent des causeries rappelant la place de la sounna du Prophète dans la pratique spirituelle soufie et l'exemple qui doit être suivi par tous les croyants. Cette soirée se poursuit tard dans la nuit par des chants religieux et des éloges du Prophète Mohammad (PSL).
A Meknès, Aïd Al-Mawlid est toujours l'occasion pour les adeptes des "Aïssaoua" d'accomplir les rites de la Zyara du mausolée du Cheikh Al Kamel Sidi M'Hamed Ben Aissa, où des cérémonies et rituels traditionnels riches en couleurs sont organisés pour la célébration de cette fête. Les visiteurs se livrent, durant toute la période du moussem, à de longues nuits de musiques et de danses de procession. Cette tradition est transmise de génération en génération. Les Aissaouas commencent la veillée par "Al Hizb", un chant récitatif comportant une grande variété de rythmes et de mélodies et jalonné de versets coraniques, avant d'entamer "Al Dikr", qui est un ensemble de chants dédiés au Prophète, exécutés par un soliste auquel le chœur répond, soutenu par les instruments à percussion, en général "Tbal".
Les Slaouis, quant à eux, préservent soigneusement leur moussem des cierges. Une tradition à caractère folklorique vieille de quatre siècles. Il s'agit du cortège des cires organisé à Salé chaque année la veille de la fête d'Al-Mawlid. Après la prière d'Al Asr, les chorfas hassouniyines se rassemblent, récitent la ''Fatiha'' et quelques versets du Saint Coran, avant de donner la permission du départ du cortège.
A tour de rôle, des jeunes vêtus de costumes traditionnels portent les chandelles, de la plus grande jusqu'à la plus petite. En fanfare, le cortège sort de la mosquée et s'engage dans les étroites ruelles de Bab Lekhmiss, frayant difficilement son chemin parmi la foule en effervescence.
Pourtant, les coutumes ont de plus en plus tendance à disparaitre. "Je me souviens lorsque j'étais jeune, nos mères sortaient très tôt le matin d'Al Aïd. Elles couraient pour voir qui va être la première à faire les youyous. De cette façon, elles exprimaient la joie d'Al Aïd. Ces choses n'existent plus de nos jours", raconte Fatima amèrement. Pour Belhaj, le constat traduit plutôt une évolution, dans le sens que les cérémonies qui reproduisaient les coutumes propres à cette fête connaissent une mutation, qu'il y a moins d'expositions dans la place publique et plus de célébrations réservées. "La fête est en train de passer de la sphère publique à la sphère privée, familiale et communautaire. Mais cela n'est pas vrai quant à généraliser ce constat sur toutes les coutumes, car bien que l'effet du temps se fasse ressentir et laisse des traces, il n'en demeure pas moins que les choses de la vie connaissent des adaptations et une évolution, tout aussi que chaque génération manifeste ses propres adaptations avec les pratiques issues des coutumes", indique-t-il.
Si l'évolution de la vie affecte les us, l'aspect social des fêtes religieuses reste presque intact. Des familles entières se réunissent dans une ambiance de joie et de convivialité. Les adultes portent des costumes traditionnels et les enfants sont contents de mettre leurs vêtements neufs.
«Sans s'immiscer dans l'option théologique pour discuter du statut de cette fête dans la tradition islamique, il reste que la fête a sa propre existence dans la vie de la société.
Dès lors, l'évolution des mœurs et des mentalités ainsi que le développement de la société font qu'il y a des changements qui peuvent être perceptibles au niveau des pratiques relevant de la religion ou de la tradition, comme il y a aussi des personnes qui n'y adhèrent pas soit par conviction ou par refus, du fait que ce n'est pas une fête attestée par l'opinion», souligne Abdelkarim Belhaj, psychosociologue. «Certes, il y en a ceux et celles qui ne comptent pas cette fête dans leur agenda. Mais il reste que c'est une «fête» ou plutôt un «anniversaire» (puisque c'est le cas) qui est célébré en société par la communauté, car toute fête est un événement qui est pris en charge par la collectivité ou le groupe et non pas une affaire personnelle», poursuit-il.
"Le fait de célébrer cette fête a des origines dans l'histoire des populations de ces régions, compte tenu des us et des pratiques rituels associés à cette occasion. C'est toute la société qui se trouve animée par cette fête, bien que les cérémonies comportent quelques distinctions qui reviennent aux traditions et aux spécificités culturelles locales", explique Abdelkrim Belhaj, psychosociologue. "Il y a aussi l'apport et l'empreinte des confréries qui élisent domicile dans certaines régions, ce qui donne une certaine variation ethnographique aux activités cérémoniales et de célébrations dans la société", ajoute-t-il. En effet, les traditions festives accompagnant cette période sont très diversifiées. Chaque région a donc sa propre fête et ses propres coutumes.
Dans les villes nordiques par exemple, un plat est spécialement préparé à l'occasion de Aïd Al-Mawlid. Il s'agit de la «calienté» qui veut dire chaud en langue espagnole. C'est une rapide et délicieuse recette très connue dans la région du Nord. "La recette de la «calienté» est très facile à préparer et peu coûteuse. Nous avons besoin d'un demi-kilo de farine, du pois-chiches, un verre d'huile, un litre et demi d'eau et un peu de sel. Et pour obtenir une recette beaucoup plus délicieuse, nous pouvons y rajouter deux ou trois œufs", raconte Naima, une Tangéroise dans la cinquantaine. Et d'ajouter: "Aïd Al-Mawlid est l'occasion propice pour déguster la «calienté». Pour le déjeuner, nous préparons de différents plats à base de poulet et de citron".
Le poulet est également le plat du "Aïd" des Fassis. Ils le préparent pour le déjeuner garni de citrouille caramélisée. Ce plat représente presque une règle culinaire le jour de Aïd Al- Mawlid à Fès. "Pour le petit déjeuner, nous préparons de petits fours et gâteaux marocains, mais aussi "laâssida", une soupe à base de semoule à laquelle nous ajoutons du miel. C'est très bon", confie Hajja Chafiqua.
Les Casablancais et les Rbattis ont presque les mêmes habitudes culinaires le jour de Aïd Al- Mawlid. Le matin, la famille se réunit autour de la table du ''ftour''. Au menu, crêpes à la marocaine, «msemen», «baghrir» et un pain spécial Aïd "krachel". Pour le déjeuner, soit du couscous, soit un tajine de viande aux prunes et amandes.
Hormis les habitudes culinaires, certaines régions célèbrent cette occasion religieuse en organisant des soirées de chants et de poésie et des activités culturelles et pédagogiques. Les festivités peuvent aller d'une soirée à une semaine. Au nord-est du Maroc, dans la région de l'Oriental, plus précisément à la zaouia de Madagh dans la province de Berkane, une grande veillée s'organise chaque année après la prière d'Al Ichaâ, en présence d'éminents ouléma et professeurs qui animent des causeries rappelant la place de la sounna du Prophète dans la pratique spirituelle soufie et l'exemple qui doit être suivi par tous les croyants. Cette soirée se poursuit tard dans la nuit par des chants religieux et des éloges du Prophète Mohammad (PSL).
A Meknès, Aïd Al-Mawlid est toujours l'occasion pour les adeptes des "Aïssaoua" d'accomplir les rites de la Zyara du mausolée du Cheikh Al Kamel Sidi M'Hamed Ben Aissa, où des cérémonies et rituels traditionnels riches en couleurs sont organisés pour la célébration de cette fête. Les visiteurs se livrent, durant toute la période du moussem, à de longues nuits de musiques et de danses de procession. Cette tradition est transmise de génération en génération. Les Aissaouas commencent la veillée par "Al Hizb", un chant récitatif comportant une grande variété de rythmes et de mélodies et jalonné de versets coraniques, avant d'entamer "Al Dikr", qui est un ensemble de chants dédiés au Prophète, exécutés par un soliste auquel le chœur répond, soutenu par les instruments à percussion, en général "Tbal".
Les Slaouis, quant à eux, préservent soigneusement leur moussem des cierges. Une tradition à caractère folklorique vieille de quatre siècles. Il s'agit du cortège des cires organisé à Salé chaque année la veille de la fête d'Al-Mawlid. Après la prière d'Al Asr, les chorfas hassouniyines se rassemblent, récitent la ''Fatiha'' et quelques versets du Saint Coran, avant de donner la permission du départ du cortège.
A tour de rôle, des jeunes vêtus de costumes traditionnels portent les chandelles, de la plus grande jusqu'à la plus petite. En fanfare, le cortège sort de la mosquée et s'engage dans les étroites ruelles de Bab Lekhmiss, frayant difficilement son chemin parmi la foule en effervescence.
Pourtant, les coutumes ont de plus en plus tendance à disparaitre. "Je me souviens lorsque j'étais jeune, nos mères sortaient très tôt le matin d'Al Aïd. Elles couraient pour voir qui va être la première à faire les youyous. De cette façon, elles exprimaient la joie d'Al Aïd. Ces choses n'existent plus de nos jours", raconte Fatima amèrement. Pour Belhaj, le constat traduit plutôt une évolution, dans le sens que les cérémonies qui reproduisaient les coutumes propres à cette fête connaissent une mutation, qu'il y a moins d'expositions dans la place publique et plus de célébrations réservées. "La fête est en train de passer de la sphère publique à la sphère privée, familiale et communautaire. Mais cela n'est pas vrai quant à généraliser ce constat sur toutes les coutumes, car bien que l'effet du temps se fasse ressentir et laisse des traces, il n'en demeure pas moins que les choses de la vie connaissent des adaptations et une évolution, tout aussi que chaque génération manifeste ses propres adaptations avec les pratiques issues des coutumes", indique-t-il.
Si l'évolution de la vie affecte les us, l'aspect social des fêtes religieuses reste presque intact. Des familles entières se réunissent dans une ambiance de joie et de convivialité. Les adultes portent des costumes traditionnels et les enfants sont contents de mettre leurs vêtements neufs.
Fête ou pas...
Certaines personnes ‘'ne croient pas'' en Aïd Al-Mawlid Annabaoui. Ils disent que ‘'ce n'est pas une fête'' puisque les deux fêtes religieuses sont Aïd Al Fitr et Aïd Al Adha.«Sans s'immiscer dans l'option théologique pour discuter du statut de cette fête dans la tradition islamique, il reste que la fête a sa propre existence dans la vie de la société.
Dès lors, l'évolution des mœurs et des mentalités ainsi que le développement de la société font qu'il y a des changements qui peuvent être perceptibles au niveau des pratiques relevant de la religion ou de la tradition, comme il y a aussi des personnes qui n'y adhèrent pas soit par conviction ou par refus, du fait que ce n'est pas une fête attestée par l'opinion», souligne Abdelkarim Belhaj, psychosociologue. «Certes, il y en a ceux et celles qui ne comptent pas cette fête dans leur agenda. Mais il reste que c'est une «fête» ou plutôt un «anniversaire» (puisque c'est le cas) qui est célébré en société par la communauté, car toute fête est un événement qui est pris en charge par la collectivité ou le groupe et non pas une affaire personnelle», poursuit-il.
