Au festival de Venise, c'est l'émeute chaque jour. Mercredi, George Clooney; jeudi, Madonna, venue en personne présenter W.E., son nouveau film en tant que réalisatrice. Étrangement, l'accueil fut bienveillant. Il aurait été signé par un jeune réalisateur avide d'expérimentations, parions qu'il se serait fait laminer.
Il y a quatre ans, Madonna nous gratifiait d'un peu mémorable. Obscénité et Vertu dans lequel elle évoquait son parcours à travers trois personnages marginaux sans faire l'ombre d'une apparition. W. E. semble plus lui tenir à cœur. Déjà parce que c'est un véhicule pour Alek Keshishian, son grand ami et réalisateur de In Bed With Madonna, qui a cosigné le scénario. Ensuite parce que l'ambition consiste à parler du rôle des femmes dans la vie des hommes sur quasiment un siècle, avec en particulier deux cas de figure, à deux époques distinctes : Wallis Simpson (Andrea Riseborough) femme d'Edouard VIII et une épouse mal mariée (Abbie Cornish).
Un éloge féministe sur la nécessite d'émancipation et d'indépendance aux bonnes intentions mais totalement indigeste. De toute évidence, Madonna n'en a fait qu'à sa tête et n'a pas écouté les conseils d'une équipe technique par trop complaisante. Du coup, elle a confondu film historique et défilé de mode. C'est sûr, les costumes sont soignés et la reconstitution appliquée. Mais il manque l'essentiel : les plans manquent d'âme. Les acteurs ressemblent à des statues dans un musée de cire, l'intrigue repose sur une structure artificielle et le montage lorgne souvent vers le clip vidéo à l'aune de cette scène inaugurale à peine supportable. Le plus surprenant, c'est la bande-son kitchissime qui fait saigner les oreilles et recycle le pire de la playlist romantique. Évidemment, les journalistes désireux de la rencontrer n'ont eu droit qu'à la conférence de presse où le staff presque armé virait de la pièce ceux qui essayaient de prendre la diva en photos. Madonna était accompagnée de ses acteurs qui, à l'unanimité, ont trouvé qu'elle était «fooorrmmiiddaaaablle». On veut bien les croire.
Sinon, le film de la compétition présenté aujourd'hui, c'est le très attendu Carnage, de Roman Polanski. Pour comprendre la déception qu'il provoque, il faut le mettre en résonance avec son avant-dernier The Ghost Writer, dans lequel Polanski renouait avec toutes ses obsessions (paranoïa, aliénation, absurdité, exclusion, voyeurisme, fatalité). Un peu comme s'il avait signé un film-somme-terminal résumant toute sa carrière, doublé d'un aboutissement extraordinaire dans sa filmographie. Confirmation de ce qu'il a toujours été : un cinéaste toqué de mise en scène, capable de construire des univers méandreux, angoissants et plus si affinités. Tout le contraire de Carnage qui, en comparaison, se révèle bien exsangue et ne donne pas de chair à théorie aux critiques. Vous avez vu la bande-annonce ? Vous avez vu le film. C'est l'adaptation d'une pièce de Yasmina Reza où deux couples dissertent - au sens propre - sur l'éducation après que leurs rejetons respectifs se soient battus. A l'arrivée, du théâtre filmé claustro où quatre acteurs, au demeurant excellents (Kate Winslet, Jodie Foster, John C. Reilly et Christoph Waltz), se balancent des répliques vachardes et cèdent à l'hystérie «éthylicollective». Et si on déteste le genre, c'est une rude épreuve.
Ce qui a pu séduire Polanski dans la pièce d'origine, c'est la dimension cruelle, ironique voire surréaliste d'une intrigue où les personnages semblent incapables de partir d'un lieu défini (à la manière de L'ange exterminateur, de Luis Buñuel). Mais c'est aussi par instinct de préservation qu'ils s'accrochent puisqu'ils symbolisent un monde occidental (le vernis de la civilisation, ce genre). Ce qui ne nous séduit pas présentement, c'est l'absence de cinéma - en plus de la tendance au bavardage oiseux, à la répétition gagesque, à la facilité d'un cinéma embourgeoisé drapé dans son cynisme qui n'a plus grand-chose à dire. Et pourtant Dieu sait si Polanski a pu par le passé maîtriser les espaces clos (Cul de sac, La jeune fille et la mort), transcendé des exercices de style de petit malin et éprouvé des codes. On l'a juste connu plus inspiré. Carnage est un coup dans l'eau, mais sans couteau. Hier, la Mostra a succombé à A Dangerous method, de David Cronenberg sur les relations troubles entre les psychanalystes Carl Jung, Sigmund Freud et une de leurs patientes. Ou pas. (www.excessif.com)
Depuis 2004, les films sont présentés à la Mostra dans le cadre de trois sections : en compétition, dont l'enjeu principal est le Lion d'or de Saint Marc, hors compétition et Horizons. La principale récompense attribuée est le Lion d'or, qui doit son nom au symbole de la cité (le lion de la basilique Saint-Marc).
Il y a quatre ans, Madonna nous gratifiait d'un peu mémorable. Obscénité et Vertu dans lequel elle évoquait son parcours à travers trois personnages marginaux sans faire l'ombre d'une apparition. W. E. semble plus lui tenir à cœur. Déjà parce que c'est un véhicule pour Alek Keshishian, son grand ami et réalisateur de In Bed With Madonna, qui a cosigné le scénario. Ensuite parce que l'ambition consiste à parler du rôle des femmes dans la vie des hommes sur quasiment un siècle, avec en particulier deux cas de figure, à deux époques distinctes : Wallis Simpson (Andrea Riseborough) femme d'Edouard VIII et une épouse mal mariée (Abbie Cornish).
Un éloge féministe sur la nécessite d'émancipation et d'indépendance aux bonnes intentions mais totalement indigeste. De toute évidence, Madonna n'en a fait qu'à sa tête et n'a pas écouté les conseils d'une équipe technique par trop complaisante. Du coup, elle a confondu film historique et défilé de mode. C'est sûr, les costumes sont soignés et la reconstitution appliquée. Mais il manque l'essentiel : les plans manquent d'âme. Les acteurs ressemblent à des statues dans un musée de cire, l'intrigue repose sur une structure artificielle et le montage lorgne souvent vers le clip vidéo à l'aune de cette scène inaugurale à peine supportable. Le plus surprenant, c'est la bande-son kitchissime qui fait saigner les oreilles et recycle le pire de la playlist romantique. Évidemment, les journalistes désireux de la rencontrer n'ont eu droit qu'à la conférence de presse où le staff presque armé virait de la pièce ceux qui essayaient de prendre la diva en photos. Madonna était accompagnée de ses acteurs qui, à l'unanimité, ont trouvé qu'elle était «fooorrmmiiddaaaablle». On veut bien les croire.
Sinon, le film de la compétition présenté aujourd'hui, c'est le très attendu Carnage, de Roman Polanski. Pour comprendre la déception qu'il provoque, il faut le mettre en résonance avec son avant-dernier The Ghost Writer, dans lequel Polanski renouait avec toutes ses obsessions (paranoïa, aliénation, absurdité, exclusion, voyeurisme, fatalité). Un peu comme s'il avait signé un film-somme-terminal résumant toute sa carrière, doublé d'un aboutissement extraordinaire dans sa filmographie. Confirmation de ce qu'il a toujours été : un cinéaste toqué de mise en scène, capable de construire des univers méandreux, angoissants et plus si affinités. Tout le contraire de Carnage qui, en comparaison, se révèle bien exsangue et ne donne pas de chair à théorie aux critiques. Vous avez vu la bande-annonce ? Vous avez vu le film. C'est l'adaptation d'une pièce de Yasmina Reza où deux couples dissertent - au sens propre - sur l'éducation après que leurs rejetons respectifs se soient battus. A l'arrivée, du théâtre filmé claustro où quatre acteurs, au demeurant excellents (Kate Winslet, Jodie Foster, John C. Reilly et Christoph Waltz), se balancent des répliques vachardes et cèdent à l'hystérie «éthylicollective». Et si on déteste le genre, c'est une rude épreuve.
Ce qui a pu séduire Polanski dans la pièce d'origine, c'est la dimension cruelle, ironique voire surréaliste d'une intrigue où les personnages semblent incapables de partir d'un lieu défini (à la manière de L'ange exterminateur, de Luis Buñuel). Mais c'est aussi par instinct de préservation qu'ils s'accrochent puisqu'ils symbolisent un monde occidental (le vernis de la civilisation, ce genre). Ce qui ne nous séduit pas présentement, c'est l'absence de cinéma - en plus de la tendance au bavardage oiseux, à la répétition gagesque, à la facilité d'un cinéma embourgeoisé drapé dans son cynisme qui n'a plus grand-chose à dire. Et pourtant Dieu sait si Polanski a pu par le passé maîtriser les espaces clos (Cul de sac, La jeune fille et la mort), transcendé des exercices de style de petit malin et éprouvé des codes. On l'a juste connu plus inspiré. Carnage est un coup dans l'eau, mais sans couteau. Hier, la Mostra a succombé à A Dangerous method, de David Cronenberg sur les relations troubles entre les psychanalystes Carl Jung, Sigmund Freud et une de leurs patientes. Ou pas. (www.excessif.com)
Un festival, une histoire
La Mostra internazionale d'arte cinematografica di Venezia (Festival international d'art cinématographique de Venise) est un festival de cinéma qui se déroule annuellement dans la cité lagunaire, habituellement entre la fin du mois d'août et le début de septembre, dans l'historique Palais du cinéma, sur le lungomare Marconi, au Lido de Venise. C'est le plus ancien festival cinématographique au monde - la première édition s'est tenue en 1932 - et, avec le festival de Cannes créé à l'origine pour le concurrencer, le festival de films le plus connu. Parvenue en 2006 à sa soixante-troisième édition, la manifestation s'inscrit dans le cadre de l'organisation plus vaste de la Biennale de Venise, festival culturel d'art contemporain dont elle constitue la section cinéma. La première édition de la Mostra s'est déroulée lors de la XVIIIe Biennale.Depuis 2004, les films sont présentés à la Mostra dans le cadre de trois sections : en compétition, dont l'enjeu principal est le Lion d'or de Saint Marc, hors compétition et Horizons. La principale récompense attribuée est le Lion d'or, qui doit son nom au symbole de la cité (le lion de la basilique Saint-Marc).
