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Jeudi 02 Avril 2026
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De report en report

Sans grande surprise, l'examen de l'affaire de détournement à la CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) est reporté. La cour d'appel de Casablanca a renvoyé au 17 octobre prochain le début des audiences dans cette affaire qui a fait couler beaucoup d'encre. Cette décision a été prise suite à une requête des avocats des accusés qui auront plus de temps «pour préparer la défense et consulter les documents».

De report en report
La surprise est énorme et les conséquences sur la CNSS sont catastrophiques.
Il s'agit donc d'un nouveau report dans un dossier qui traine depuis déjà une décennie. En effet, dix années se sont écoulées depuis l'éclatement de ce que l'histoire du Maroc retiendra comme le plus grand scandale financier.
Ce sont 28 anciens hauts responsables qui sont poursuivis dans le cadre de cette affaire de détournement et de dilapidation de fonds publics. Au total, plus de 47 milliards ont disparu des comptes de la CNSS suite à des opérations douteuses depuis 1972 et jusqu'au début des années 2000. Les estimations sur le manque à gagner de la CNSS évoquent quant à elles, des chiffres astronomiques. Si les fonds détournés étaient placés comme le prévoit la loi, à la CDG (Caisse de dépôt et d'épargne) avec un taux d'intérêt ordinaire, les gains cumulés auraient atteint pas moins de 67,7 milliards de DH. Ceci représente au total un manque à gagner de l'ordre de 115 milliards de DH ! C'est un montant qui correspond à 80% de la dette extérieure de l'Etat Marocain en 2001 et le tiers du PIB (produit intérieur brut) de l'année 2000.

Flash back
Le scandale avait éclaté en 2002 alors que le gouvernement d'alternance de Me Abderrahmane El Youssefi est toujours en place. La surprise est énorme et les conséquences sur la CNSS sont catastrophiques. Jamais le Maroc n'avait connu auparavant un tel scandale financier.
Une commission parlementaire est dans la foulée créée pour enquêter sur le dossier. Les membres de la Commission avaient auditionné 48 personnes, parmi eux des anciens responsables de la Caisse comme Abdelmoughit Slimani, ex-secrétaire général, ainsi que Rafiq Haddaoui et Mohammed Gourja, ancien directeurs de la Caisse. Ladite commission avait par la suite réalisé un rapport qui confirme les faits. Le document pointe du doigt la gestion de trois directeurs généraux de la Caisse.
Il s'agit de Mohammed Gourja qui présidait aux destinés de la CNSS durant une période relativement longue (9 avril 1971 au 11 février 1992), Mohammed El Alj (11/2/1992 au 1/5/1995) et Rafiq Haddaoui (1/5/1995 au 10/4/2001). Plusieurs secrétaires généraux sont également cités.
Pour les parlementaires, les dysfonctionnements au sein de la CNSS ont été provoqués par à la mauvaise gestion et les orientations erronées du Conseil d'Administration. Dans ce sens, le rapport parlementaire a cité l'exemple d'une décision entérinée par le Conseil en décembre 1974 qui porte sur la construction de la première polyclinique de la CNSS causant la perte de milliards de DH.

Instruction
Les services du ministère des Finances ainsi que la brigade nationale de la police judiciaire ont également mené leurs enquêtes qui se sont avérées sans grande surprise concluantes. Mais il a fallu quelques années pour que l'instruction judiciaire commence enfin.
Les personnes impliquées devaient répondre de plusieurs accusations notamment le manque de fiabilité de la comptabilité et du contrôle dans l'attribution des indemnités, la falsification des documents et des données, l'inexistence d'un système d'archivage, la violation du système informatique, la passation des marchés par entente directe et l'utilisation illégale de certains comptes de la Caisse. A l'ouverture de l'instruction en 2007, l'ensemble des 42 prévenus étaient restés libres de leurs mouvements puisqu'à l'époque, aucune détention préventive n'avait été décidée.
Tour à tour, les mis en cause étaient convoqués, interrogés, confrontés les uns aux autres, pour compléter l'instruction. Toutefois, des accusés avaient rejetés en bloc les charges retenues contre eux dénonçant par la même occasion des conclusions contradictoires contenues notamment dans l'enquête parlementaire. Aujourd'hui, seulement 28 ex-responsables sont poursuivis dans cette affaire. Trois parmi eux seraient actuellement en cavale.

Interrogations

Une décennie après la découverte des malversations, le mystère demeure entier concernant plusieurs questions dans le scandale de la CNSS. Le rapport de la commission parlementaire considère que «la direction générale de la CNSS est responsable des principales anomalies identifiées». Le rapport a ainsi mis l'accent notamment sur les frais de fonctionnement. Les embauches effectuées par des contrats sans raisons convaincantes, ont été pointées du doigt. A noter que le rapport évoque la disparation de près de 790 millions de DH d'un compte baptisé «Soins de Santé France». Le compte en question était contrôlé directement par la direction générale de la Caisse jusqu'en 1989. Les montants détournés ont été consacrés sur le papier à l'acquisition de matériel médical, le paiement de certains salaires ou l'octroi de prêts.
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