Depuis le début du mois de janvier, nous assistons - c’est le moins que l’on puisse dire - à une réelle embellie entre les deux pays, illustrée par une série de visites dans les deux sens et un relatif engouement qui, par ces temps de doute, étonne et réjouit à la fois. Il s’agit en l’occurrence de la visite au Maroc il y a quelques semaines du nouveau chef de gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, qui, à peine élu, a réservé sa première sortie à notre pays. Aujourd’hui, c’est au tour du ministre de l’Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, d’effectuer une importante visite de travail à Rabat.
Non seulement elle a été marquée par une série d’entretiens chaleureux, mais elle a pris une dimension symbolique qui a toujours été à la relation passionnelle entre les deux pays ce que le sentiment profond est à deux proches. La géographie constitue un élément central entre les deux nations, l’histoire un vecteur entre les deux peuples. Une histoire qui s’est écrite sur le même sol. La visite du président de gouvernement espagnol au Maroc incarnait aussi la volonté affichée de transcender, la perspicacité aidant, les contingences, voire les problèmes immédiats comme ceux liés à la pêche ou à la perspective de l’accord de libre-échange agricole avec l’Union européenne.
Il a sacrifié certes à une tradition, mais il a marqué sa détermination à tourner une page, à en ouvrir une nouvelle.
Quelques semaines après, ce fut au tour du ministre marocain des Affaires étrangères et de la coopération, Saad Eddine El Othmani, de faire le voyage de Madrid où il a été reçu par les hauts responsables et le Roi Juan Carlos. Témoignage s’il en fut de consolidation de l’amitié, cette visite a apporté la preuve tangible que les deux pays entendent dépasser les problèmes et sauvegarder les mécanismes de coopération. On mesure à présent que cette coopération a besoin d’être confortée et de s’enraciner encore dans le pacte stratégique qui repose sur la proximité, sur les intérêts politiques et économiques, et sur la nécessité de mise en œuvre d’une politique commune. Notamment au niveau des problématiques de l’immigration, de la lutte contre le terrorisme, de la sécurité régionale et la promotion d’une vision méditerranéenne que les deux pays partagent.
Dans la relation maroco-espagnole, il y a ce qui relève des questions structurelles-comme les présides, le Sahara notamment-, ensuite ce qui tient du domaine conjoncturel, qui évolue au gré des temps. Cependant, entre les deux il y a l’approche partagée des deux Etats, notamment dans la proclamation de la même détermination à s’inscrire dans une approche de dialogue. Le voisinage maroco-espagnol est déterminé par la géographie et l’histoire, l’Espagne étant la porte de l’Europe pour le Maroc, en plus d’un partenaire privilégié. Les échanges économiques reflètent, même en temps de crise, cette particularité. Encore faudrait-il que les deux gouvernements accélèrent le rythme des échanges et du partenariat, que les entreprises espagnoles puissent s’impliquer davantage et les investissements ibériques se renforcer.
On ne peut que se réjouir que des entreprises de Catalogne se retrouvent depuis hier au Maroc pour renforcer leur présence et développer un processus de coopération et d’implantations. La région catalane est la plus importante région d’Espagne à coopérer avec le Maroc, avec un volume substantiel d’activités. Il convient de souligner que les visites successives de responsables espagnols au Maroc et de marocains en Espagne s’inscrivent dans une tradition historique. Les majorités gouvernementales changent, mais le rythme reste le même et, surtout, la volonté de transcender les temporalités nous dicte que l’avenir constitue un défi commun.
