Nation

Entretien avec Idriss Ilali, membre expert du ces, directeur des activités technologiques

«Économie verte : un immense potentiel à exploiter»

author LE MATIN

Le CES a présenté récemment son rapport sur l’économie verte. Entretien.

LE MATIN : Dans le rapport réalisé en partenariat avec d’autres experts, vous avez évoqué l’existence d’un écosystème favorable au choix de la migration vers une «économie verte», en listant cependant une série de risques liés à ce choix. Quels sont ces risques ?
Idriss Ilali :Inspiré par les orientations Royales, le Conseil économique et social s’est autosaisi, dans le cadre de sa mission, pour traiter du sujet «Économie verte : opportunités de création de richesses et d’emploi » pour apporter sa contribution, d’une part à l’identification des filières potentielles, des types d’activités, de la nature des métiers, du volume des investissements, des emplois prévisionnels à créer, en intégrant l’étude des risques qu’il convient de juguler ; et d’autre part à la mise en perspective de mesures d’accompagnement en termes de formation, de financement, de management des nouveaux métiers du développement durable, de mise en place de banques de données et de projets. La dynamique environnementale enclenchée ces dix dernières années dans les différents secteurs économiques, à travers les programmes d’opérationnalisation de la Charte nationale de l’environnement et du développement durable, la stratégie de mobilisation des ressources et de rationalisation de l’utilisation de l’eau dans l’agriculture, la protection des forêts et de la biodiversité, les plans de développement des Énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, le renforcement de l’assainissement et l’épuration des rejets liquides, l’amélioration de la gestion des déchets solides et le tourisme et la pêche durables, a permis d’asseoir un contexte favorable à une transition de l’économie nationale vers une économie verte. Ce passage à une économie verte constitue une occasion historique pour positionner le pays dans des secteurs technologiques et industriels nouveaux, et renforcer ainsi sa compétitivité par la création de champions nationaux à l’export dans ces filières.

Vous avez procédé à l’écoute des représentants des ministères, des administrations, des organismes publics et des organisations de la société civile. À quelles conclusions avez-vous abouti ?
L’écoute de différents intervenants de douze organismes nationaux a confirmé l’existence d’un écosystème favorable dont bénéficie le pays, et qui repose notamment sur l’existence d’un potentiel humain unique, d’une situation géographique favorable, de richesses naturelles, d’un développement socioéconomique soutenu, d’une forte volonté politique, de stratégies sectorielles volontaristes et de sérieux programmes et projets engagés qui confortent le choix de la migration vers une économie verte. Il demeure cependant essentiel de renforcer les préalables nécessaires à cette évolution et de maîtriser les risques liés à ce choix stratégique. Ces risques sont relatifs à la mise en place de programmes sectoriels volontaristes, mais sans stratégie globale structurante de l’économie verte, sans synergie et cohérence tant institutionnelle qu’opérationnelle ; à l’absence d’une vision globale de développement de nouvelles filières industrielles dans le domaine des technologies vertes, des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, des métiers de l’environnement, de la valorisation des déchets, etc; à la faible intégration des différents programmes verts aux niveaux régional et local; au caractère non effectif du cadre législatif environnemental et le manque d’incitations fiscales pour le développement des métiers verts ; au faible accompagnement de la politique d’économie verte en matière de mobilisation de financements privés dédiés ; à la faiblesse des capacités de recherche et développement et de valorisation de l’innovation ; à l’absence d’anticipation par un programme national global et structurant de la formation et de la R&D qui pourrait engendrer des incohérences au niveau des profils métiers et des retards dans l’exécution des programmes.


Quels changements cette croissance verte va-t-elle induire en matière d’économie
et d’emploi ?
L’analyse des retombées socioéconomiques et environnementales des programmes nationaux montre que les quatre secteurs de l’économie verte que le CES a choisis de traiter dans cette première autosaisine recèlent un potentiel important en termes de création de richesses et d’emplois.
Un développement structuré de ces secteurs et l’utilisation rationnelle des ressources naturelle doivent contribuer à la réduction des externalités environnementales et favoriser l’inclusion sociale, notamment dans les régions défavorisées. Afin de faire face à une demande croissante en énergie électrique (doublement à l’horizon 2020 et quadruplement à l’horizon 2030), le plan solaire et le programme éolien intégré mobiliseront un investissement de plus de 100 milliards de DH, économiseront 2,5 millions de Tep (tonne équivalent pétrole) et permettront d’éviter l’émission de 9,5 millions de tonnes de CO2 par an. Le plan national des énergies renouvelables permettra de développer une capacité de production de 42%. Le potentiel d’emploi que peuvent générer les filières des énergies renouvelables au Maroc est estimé à plus de 23 000 emplois à l’horizon 2020. La Stratégie nationale de l’efficacité énergétique dans le bâtiment, l’industrie et le transport prévoit de réduire la facture énergétique de 15% à l’horizon 2030. Ce qui permettra d’économiser plus de 228 GWh par an et nécessitera un investissement de plus de 21 milliards de DH avec un potentiel de création d’emplois dans ce secteur estimé à plus de 40 000 emplois à l’horizon 2020. D’un budget estimé à 43 milliards de DH, le Plan national d’assainissement liquide ambitionne, à l’horizon 2020, de porter le taux de raccordement aux réseaux d’assainissement à 80% en milieu urbain et le taux d’épuration des eaux usées urbaines à 60%, tout en encourageant la réutilisation de ces eaux épurées. Ce plan concerne une population de 10 millions d’habitants et permettra de créer plus de 10 000 emplois directs, en plus de ceux prévus par la filière industrielle de fabrication des équipements, principalement les canalisations et le matériel des stations d’épuration. Le Programme national des déchets ménagers (PNDM) concerne, quant à lui, l’amélioration de la collecte des déchets ménagers et leur élimination adéquate, la réhabilitation des décharges existantes, la création de nouvelles décharges contrôlées et la promotion des filières de tri, de recyclage et de valorisation des déchets. Le budget global du PNDM, d’une durée de 15 ans, est estimé à environ 37 milliards de DH et créera plus de 11 000 emplois directs.

Vous évoquez l’énorme potentiel des différentes filières de l’économie verte. Quel est plus précisément ce potentiel ?
Dans le cas des quatre filières traitées, il s’agit de 84 000 emplois à créer sur la prochaine décennie, selon des hypothèses assez conservatrices, et ne tenant compte, dans le cas des énergies renouvelables, que des stations de production d’énergie de grande puissance, sans chiffrer les emplois potentiels à créer pour le développement des moyenne et petite puissances (cas des installations photovoltaïques domestiques de moins de 2 kW). L’analyse du potentiel des autres filières, et notamment dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, du tourisme et de bien d’autres devrait révéler l’existence d’importants gisements créateurs d’emploi. Le développement d’un savoir-faire national dans les métiers verts identifiés devrait permettre l’export de l’expertise et des produits technologiques et industriels nationaux dans la région et surtout en Afrique, dans le cadre de partenariats gagnant-gagnant, où des acteurs nationaux comme l’ONEE sont déjà présents, à titre d’exemple : dans la production d’électricité dans le futur d’origines solaire et éolienne, dans la gestion des déchets solides et le traitement et la valorisation des eaux usées. Selon le PNUE, 2% d’investissement dans l’économie verte permettra, à l’horizon 2050, la création de plus de 23 millions d’emplois à travers le monde. Le Maroc pourrait s’inscrire dans cette vision de long terme pour asseoir les fondements d’une industrie nationale exportatrice demain d’expertises, de solutions technologiques, de services, mais aussi d’énergie d’origine renouvelable. C’est le cas du projet Desertec visant la production et l’export de 15% des besoins de l’Europe en électricité. Le pays devrait transformer certaines situations déficitaires, où des retards ont été cumulés, en opportunités de création d’activités diverses à forte valeur ajoutée. À titre d’exemple, le développement de chauffe-eau solaires, de systèmes d’éclairages économes, de systèmes intelligents type Smart Grid, de solutions d’isolation thermique pour le bâtiment, de systèmes économiques pour le traitement des eaux usées ou encore de tri et de valorisation des déchets solides doivent asseoir la création et la croissance d’un tissu technologique et industriel national. En plus des effets bénéfiques sur l’homme et l’environnement, l’empreinte positive en termes d’économie des émissions de gaz à effet de serre et leur conversion en valeur commerciale du carbone au niveau du bilan, compensation, séquestration, bourse et taxe devraient également contribuer à la création d’importants revenus.

Quels sont les prérequis pour un développement de
l’économie verte ?
Il faut bien sûr un capital humain des plus formés, une volonté politique, des stratégies sectorielles de haut niveau et des projets concrets engagés pour répondre à des besoins pressants et d’anticipation de l’avenir. Mais cela ne suffit pas. Il y a nécessité d’élaborer une stratégie nationale cohérente et intégrée à tous les secteurs économiques et sociaux. Elle passe nécessairement par un engagement fort et volontariste de l’État et du privé, dans l’optique d’une vision de développement à long terme. Elle passe par le besoin d’harmonisation des politiques sectorielles économiques en permettant une déclinaison efficace au niveau des régions ; par un dispositif réglementaire plus complet, fort et doté d’un mécanisme effectif de surveillance et de contrôle d’application et d’une fiscalité environnementale et énergétique adaptée. Il y a également besoin d’intégrer la dimension environnementale dans l’ensemble des secteurs économiques existants, ainsi que par la création d’une industrie nouvelle couvrant certaines filières industrielles. Le développement des financements verts, privés et publics, dédiés à l’économie verte, l’anticipation et le suivi des compétences et la création de centres nationaux d’expertises en recherche et innovation technologiques dans les nouveaux métiers verts constituent les principales clés du succès de la transition verte. La dimension environnementale doit être intégrée à tous les niveaux du système de l’éducation et de l’enseignement supérieur. On ne dira jamais assez que la démarche Économie verte est l’affaire de tous, sans un engagement fort et structuré du pays et de notre industrie, le Maroc risque de rater les opportunités offertes par les projets engagés.

Quels sont les quatre secteurs clés de l’économie verte ?
Le Conseil économique et social a traité le sujet de l’économie verte, comme un nouveau modèle de croissance économique et de développement humain durable, et lui a accordé la priorité parmi les sujets qu’il traite. L’approche adoptée a consisté, dans un premier temps, à élaborer un cadre général de migration vers une économie verte, à travers l’évaluation d’expériences internationales et des enseignements qui peuvent en être tirés pour le Maroc. Puis, dans un deuxième temps, à analyser le potentiel national en matière de création de richesses et d’emplois dans quatre secteurs clés de l’économie verte, en raison des ambitieux programmes lancés par le Maroc, à savoir : les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, l’assainissement et l’épuration des rejets liquides et la gestion des déchets solides ménagers.
D’autres secteurs seront couverts dans le cadre de nouvelles autosaisines, comme l’eau et l’agriculture, un sujet d’une extrême importance pour l’avenir de notre pays.

Quel rôle devrait jouer l’État, mais aussi les grandes entreprises, pour permettre le démarrage de certaines activités et filières ?
Il est vital, d’adopter une démarche extrêmement pragmatique, en mobilisant et fédérant l’ensemble des acteurs nationaux, de manière à assurer une couverture complète de la chaîne de valeurs : éducation, formation, recherche, industrie, finance, communication, veille et régulation. L’État devrait jouer le rôle de garant du succès des initiatives engagées en créant un climat propice aux affaires, des conditions de mobilisation des moyens humains et financiers publics et privés, en favorisant l’appropriation par les parties prenantes des projets selon des contrats d’objectifs, et à travers un cadre législatif attractif et effectif. Les grandes entreprises sont appelées à rassembler leurs forces pour jouer le rôle de locomotives qui créent autour d’elles des opportunités locales en termes de développement de technologies et de savoir-faire nationaux. Il se pose cependant la question des petites, moyennes et très petites entreprises, ces dernières seront amenées à jouer un rôle majeur dans le développement d’un tissu industriel national, sur l’ensemble du territoire du pays. Une attention particulière doit être donnée aux PME-PMI et TPE nationales qui doivent se joindre à cette dynamique, notamment via la réalisation de projets pilotes et la mise en place d’appels d’offres dimensionnées à leurs tailles, à travers tout le territoire national. L’atteinte des objectifs en termes d’intégration industrielle passe par la confiance qu’il faudra accorder à nos entreprises, des plus grandes aux plus petites, et par leur capacité à s’adapter et à innover, à donner l’occasion et les moyens aux forces intellectuelles locales et à faire appel à l’expertise de la diaspora marocaine à travers le monde qu’il faut capter en créant un environnement adéquat. Il convient de citer l’exemple de l’IRESEN qui, malgré les modestes moyens dont il dispose, s’engage, selon une démarche volontariste et fédératrice des acteurs académiques et industriels nationaux, dans la voie de la recherche applicative dans le cadre de projets collaboratifs, visant l’accompagnement des différentes initiatives nationales par le développement de solutions novatrices dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique.

Le même jour de présentation de votre rapport, le ministère de l’Énergie des mines, de l’eau et de l’environnement, en coopération avec le PNUD et le Japon, a lancé le projet «Yes green» qui permet d’identifier les meilleures opportunités d’emplois verts. Quelle recommandation pourriez-vous faire pour une bonne coordination et mobilisation des énergies et des moyens pour donner toutes ses chances à l’économie verte ?
Le ministère de l’Énergie des mines de l’eau et de l’environnement nous a habitués à des prises d’initiatives courageuses avec des démarches structurées. La création et la structuration des organes institutionnels, comme MASEN, SIE, IRESEN, ONEE et ADEREE, en est la preuve. En raison de l’ampleur des projets engagés et des enjeux majeurs pour le pays, il serait opportun de mener une action interministérielle impliquant les ministères clés, comme celui de l’Enseignement supérieur ou encore celui de l’Industrie. Une approche globale, dans le cadre d’une démarche participative impliquant les acteurs de la formation, de la recherche, de l’emploi et de la finance, sera utile afin de sensibiliser et de responsabiliser les acteurs et pour mener une action commune et concertée.Nous pensons que dans le cadre du projet «Yes Green», et à la lecture de son sérieux travail d’étude et d’analyse des profils métiers dans les filières des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, le ministère de l’Énergie, des mines, de l’eau et de l’environnement saura adopter la démarche adéquate. Il convient cependant d’étendre cette action d’identification des meilleures opportunités d’emplois verts aux autres domaines, comme ceux de l’eau, et de mener des actions similaires au niveau du Plan Maroc vert, du Plan Halieutis, et des Villes vertes, entre autres, selon une approche pragmatique permettant d’orienter les filières de formation (initiale et continue), les programmes de recherche et développement, les actions de remise à niveau et de qualification des entreprises nationales. Le Conseil économique et social, dans le cadre de sa mission, est en permanence à l’écoute et restera ouvert à toutes les possibilités d’échange qui peuvent favoriser le développement d’une économie verte nationale.


Pour participer aux débats : www.almoubadaralakoum.ma

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