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Lundi 11 Mai 2026
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«Il y a un problème identifié qui est l’AQMI»

Jacques Hogard est le président fondateur d’une société de conseil en intelligence économique, spécialisée dans l’accompagnement des sociétés se développant à l’international, en particulier dans les pays émergents. Ancien officier supérieur des forces spéciales françaises, il est un expert en matière sécuritaire. Il nous livre, dans cet entretien, le danger de l’AQMI dans la région du Sahel.

«Il y a un problème identifié qui est l’AQMI»
Jacques Hogard.

LE MATIN: Vous dites que le mouvement généré par le printemps arabe qui a touché la région du Sahel exige une série de défis à prendre en considération. Quels sont ces défis?
JACQUES HOGARD: D’abord, il faut dire qu’il y a eu une immense aspiration démocratique derrière le printemps arabe. Le premier défi, c’est qu’il ne faut donc pas dévoyer cette volonté qui est derrière et les attentes des populations.
C’est un défi politique. Car les populations ont d’immenses aspirations à plus de justice et aussi le règlement des problèmes concrets de la vie quotidienne : le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, de bonnes conditions de vie pour les enfants…C’est là le premier défi. C’est un défi qui conditionne la sécurité. Car, quand les gens sont malheureux, ils peuvent entendre toutes les voix les plus extrémistes et faire n’importe quoi.
Le deuxième défi est d’ordre sécuritaire. Je crois qu’il faut absolument, à un moment donné, que les pays de la région, tous les pays de la région du Maghreb et du Sahel, règlent, ensemble, les problèmes sécuritaires qui se posent. Car c’est un espace transnational où il n’y a pas de frontières. Aujourd’hui, il y a un problème qui est identifié, connu qui est l’AQMI (Al Qaida au Maghreb Islamique).
Je ne comprends pas que quelques centaines d’hommes fassent la loi au Sahara pour de l’argent. Parce qu’il s’agit bien de cela et de trafic de toutes sortes.

Pensez-vous que le printemps arabe a des conséquences sur le développement de l’AQMI dans la région ?
Les conséquences du printemps arabe sont directes, parce qu’il y a l’effondrement du régime du colonel Kadhafi. Ce qui a permis de libérer un stock d’armement considérable.

A cet égard, vous aviez donné quelques estimations ?
Oui, il s’agit de chiffres estimés parce que personne n’a pu compter ce qui était sorti des armureries. Mais c’est considérable, il s’agit de milliers d’armes.
Voilà un défi concret : comment reprendre la main sur cette prolifération d’armement qui profite aujourd’hui à des mouvements irrédentistes qui peuvent être, plus ou moins, animés de bonnes intentions… Mais, aujourd’hui, on alimente le terrorisme et on alimente le banditisme et souvent les deux sont liés avec cette prolifération d’armements.
C’est aux Etats de régler cela bien évidement avec l’appui de la communauté internationale et des grandes puissances. Car il y a des moyens matériels, il y a des moyens de surveillance, des moyens de contrôle des frontières qui doivent être apportés aux Etats. Je pense par exemple à la Libye nouvelle, elle doit rapidement se doter des moyens pour établir sa propre souveraineté et en particulier de contrôler ses frontières sud.

Sinon, pour les réseaux terroristes que vous avez évoqués, d’où assurent-ils leur financement ?
Il est notoire que le Sahel est une région de transit, en particulier de la drogue qui vient de l’Amérique du Sud et qui reparte, en grande partie, vers l’Europe. C’est une source de financement très importante pour AQMI d’après ce que nous savons. Il y a aussi l’argent des rançons.
On libère un otage contre une forte rançon, ce qui va permettre à AQMI d’en capturer quatre autres et en faire une escalade ce qui est tout le contraire d’une escalade vertueuse. C’est cela qu’il faut arrêter.
On peut négocier, mais on ne négocie pas avec de l’argent avec des terroristes. Le problème se pose davantage quand il s’agit de terroristes mafieux, ce qui est le cas. Car l’argent est leur principale motivation. Je pense donc qu’on ne peut pas négocier sur des bases financières avec des groupements terroristes, c’est inadmissible. Car cela amène à l’escalade dans le mauvais sens.

Selon vous, qu’est-ce qui bloque une véritable coordination entre les pays de cette région sur le plan sécuritaire ?
C’est vrai qu’il n’y a pas assez de coordination. Il y a des ego qui priment. Je pense aujourd’hui que l’Algérie se sent la vocation d’être le gendarme du Sahel.
Je ne suis pas certain que le pouvoir algérien en ait vraiment les moyens et l’intention même…En attendant, ce n’est pas comme ça qu’on va réunir autour de la même table tout le monde. Aujourd’hui, il faut que tous les Etats s’impliquent, ainsi qu’en conviennent plusieurs stratèges, le Maroc a un rôle à jouer. La Libye, la Tunisie…tous les pays du Maghreb et du Sahel sont concernés par la sécurité dans la région.
C’est un bon début avec cet état-major régional mis en place mais qui regroupe quatre pays seulement. C’est insuffisant si on veut être efficace. Pour l’être, il faut au moins les autres pays de la région. Je pense au Maroc, au Tchad, à la Libye…Il faut que ces pays soient représentés. Ensuite, il faut qu’on puisse mettre sur pied une vraie feuille de route avec des moyens.
Car le plus important c’est la coordination des renseignements qui reste essentielle. Je doute que cela est fait aujourd’hui. Il faut donc une vraie coordination des renseignements puis une coordination des actions à entreprendre. 

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