Le Matin : Parlez-nous de cette nouvelle édition de la Fashion Week casablancaise programmée
pour ce mois de novembre ?
Jamal Abdennassar : C’est la 7e édition comme vous le savez. Elle marque deux changements majeurs : le premier est que nous nous installons sur un calendrier international, faisant suite aux différentes Fashion Weeks importantes (Paris, NY, Milan) et celles émergentes, la Turquie et la Belgique. Le deuxième point important c’est que nous nous positionnons dans le pourtour méditerranéen, tout d’abord par la labellisation de notre événement par le Conseil culturel de l’union pour la Méditerranée et ensuite par l’invitation et la découverte chez nous de deux créateurs de mode d’Italie et de Turquie. Cette année, nous bénéficions de l’attention particulière des autorités de la ville de Casablanca, à savoir la Wilaya du Grand Casablanca, le Conseil de la ville de Casablanca, le Centre régional d’Investissement et l’ONMT qui voient en cet événement une vitrine nouvelle de la métropole économique.
Quelle sera la particularité de cette 7e édition ?
Nous avons élaboré un déroulé de manière à ce que chaque créateur ait son propre défilé, dans une programmation s’étalant sur trois jours à raison de trois défilés par jour. Cette 7e édition confirme la place de FestiMode Casablanca Fashion Week dans le paysage de la mode au Maroc. FestiMode a imposé la création contemporaine en tant que produit faisant partie du Maroc d’aujourd’hui. La preuve, c’est que nous présentons les meilleurs créateurs de mode contemporaine au Maroc, entre couture et prêt-à-porter de luxe. Ceci dit, nous continuons, seuls, à soutenir ces créateurs par la production de cette Fashion Week sans le soutien des industriels du secteur du textile. D’ailleurs, leur représentant associatif, l’AMITH, continue de nous ignorer. Aux côtés des créateurs confirmés, nous continuons à prendre en charge aussi les défilés des talents stylistes, à savoir la relève de demain. Avec Aksal Social Initiative, la fondation du groupe AKSAL, nous créons cette année, le Prix Jeunes Stylistes qui permettra au Lauréat de bénéficier d’un accompagnement d’une année avec des professionnels en management, en production et en développement de marque.
Qu’en est-il des créateurs, stylistes participants ? Y a-t-il des critères particuliers de sélection ?
Les six dernières années, nous avons appris à nous connaître, à développer une écoute mutuelle avec les créateurs confirmés. Nous suivons leur évolution chaque année. De ce fait, ils ont trouvé en FCFW l’espace nécessaire à la présentation de leurs nouvelles collections. Donc, pour nous, il n’est pas question de sélection, il est question surtout de leur travail et évolution autant qualitative que créative. Par contre avec les jeunes émergents, nous procédons à une sélection par un jury de professionnels, à savoir pour cette édition, Mme Aicha Sakhri, directrice de publication du magazine féminin Illi et le créateur de mode Said Mahrouf. Cette sélection est faite sur la base de Look Book de ces stylistes, avec qui nous organisons des entretiens après la présélection sur dossier. Les critères restent principalement la créativité et la technicité.
La Fashion Week de Casablanca en est à sa 7e édition. Quel bilan en faites-vous ?
Sincèrement, on a fait du chemin depuis la première édition, nous avons changé les mentalités au Maroc en rapport avec la mode, à savoir que ce n’est pas uniquement l’habit traditionnel et que la mode ne concerne pas la femme uniquement. Nous avons pu faire émerger des noms inconnus jusqu’ici du public et des médias. Nous avons prouvé, en tant que Marocains, que nous sommes capables d’une création universelle, là où le monde nous a attribué la création traditionnelle. Nous sommes loin d’arriver à bon port, car pour que l’on défende la créativité universelle chez nous, il est impératif que l’économique suive. À ce jour, ces créateurs produisent à petite échelle, souvent dans leurs propres ateliers. Le jour où les investisseurs comprendront la valeur ajoutée que proposent ces créateurs à l’industrie textile sous sa forme actuelle au Maroc, nous pourrions alors parler d’une économie nationale de la mode. Nous pourrions développer davantage l’emploi dans ce secteur, à l’exemple de la Turquie qui rafle plus que 40% du chiffre d’affaires textile de la méditerranée et pas parce que c’est moins cher. La Turquie a misé sur la valeur ajoutée de ses créateurs, et pour en multiplier les retombées, et sur Istanbul Fashion Week, née en 2009. C’est l’opération relation publique par excellence des industriels turcs et une carte de visite incontestable de leur créativité face au monde.
Quel est le principal objectif de cette manifestation mode de grande envergure ?
Arriver un jour à voir émerger des enseignes avec des noms de créateurs marocains dans des espaces comme le Morocco Mall ou encore au Triangle d’Or à Casablanca. Les consommateurs sont là, la mode est présente dans notre culture, les créateurs travaillent et créent chaque jour. Il nous faut seulement combiner création, investissement et développement. Notre principal objectif est de doter la ville de Casablanca d’une Fashion Week à l’image de son effervescence créative et de son dynamisme économique. Reste à savoir si les industriels suivront, et il n’y a que le temps pour nous le dire. En attendant, nous continuerons à croire à nos talents confirmés d’ici ou d’ailleurs et à ceux de demain !
