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Jeudi 14 Mai 2026
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«Le Maroc représente un intérêt particulier pour la Grèce»

Dans une conjoncture internationale marquée par une crise économique et financière morose, la coopération et le dialogue restent une issue pour contribuer au développement. Et c’est dans ce cadre-là que Philippos Petsalnikos, président du Parlement grec, a effectué une visite au Royaume durant laquelle il a rencontré les responsables marocains. Objectif : discuter des moyens de renforcer la coopération bilatérale.

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Le Matin : Quel était l’objectif de votre visite au Maroc ?
Philippos Petsalnikos : Ma visite au Maroc vient en réponse à l’invitation faite l’année dernière par Abdelwahed Radi, l’ancien président du Parlement et actuellement président de l’Union internationale parlementaire. Il s’agit aussi de l’invitation du secrétaire général des Affaires étrangères à l’époque qui est venu en Grèce. Cette visite a été prévue avant le Printemps arabe, mais j’ai préféré l’effectuer maintenant surtout après les réformes qui ont été opérées par le Royaume notamment avec l’adoption de la nouvelle Constitution, les élections législatives et la mise en place d’un nouveau gouvernement. Cette visite s’inscrit dans le cadre de l’approfondissement des relations entre les deux pays. Le Maroc représente un intérêt particulier pour la Grèce en tant que pays méditerranéen et également vu son statut avancé avec l’Union européenne.

Quel regard portez-vous sur les réformes opérées par le Maroc ?
Ce sont des changements importants qui visent à renforcer davantage la démocratie de sorte qu’elle soit efficace et efficiente. Ces changements sont utiles aussi bien pour le Maroc que pour la région dans son ensemble. À ma connaissance, les réformes seront importantes pour la régionalisation du pays ainsi que pour l’administration locale. La Grèce, vieux pays de la démocratie perçoit tout cela d’une manière très positive.

Lors de votre visite, vous avez eu des entrevues avec de hauts responsables marocains, quel en a été le contenu?

Nous avons parlé de la nouvelle Constitution et du renforcement des relations entre nos deux pays surtout en ce qui concerne les relations commerciales. Le débat avec les responsables a également concerné le volet culturel y compris le domaine de la coopération méditerranéenne et celle avec l’Union européenne. Car, comme vous le savez, la Grèce est membre de l’UE et de la zone euro et l’Europe ne cesse de développer ses relations avec le Maroc.

Qu’en est-il de la diplomatie parlementaire menée dans le cadre du groupe d’amitié parlementaire maroco-grec et la Commission économique, culturelle et scientifique ?
Nous avons convenu avec le nouveau président de la Chambre des représentants, Karim Ghellab, d’élargir la coopération entre les deux Parlements. Déjà, nous avons un groupe d’amitié maroco-grec au sein du Parlement hellénique. Ce groupe comprend des représentants de tous les partis. Mon homologue m’a proposé la mise en place d’un autre groupe d’amitié parlementaire maroco-grec au sein du Parlement marocain. Sur le volet scientifique, nous envisageons de renforcer la coopération sur les plans de l’éducation et de la culture. Et comme je l’ai dit au chef de gouvernement Abdelilah Benkirane, un programme spécifique devrait être établi en la matière entre les deux pays.

Concrètement, quel a été le contenu de votre réunion avec le chef de gouvernement ?
Nous avons discuté de nombreuses questions. En général, il s’agissait de la coopération au sein de la Méditerranée, la coopération du Maghreb surtout dans le cadre de la Méditerranée. Aussi, notre débat s’est penché sur l’approfondissement des relations économiques surtout celles afférentes au tourisme spécialement le tourisme de croisière à travers toute la Méditerranée. Le commerce maritime est également un axe autour duquel le partenariat entre le Maroc et la Grèce pourrait se renforcer. D’ailleurs, les deux pays ont des liens particuliers dans le commerce maritime.

Dernièrement, les eurodéputés ont voté en faveur de l’accord agricole entre le Maroc et l’UE, est-ce que vous pensez que certaines forces dans le Parlement européen refuseront encore l’accord de pêche ?
La Grèce et le Parlement hellénique louent l’accord sur les produits agricoles qui vient d’être voté par le Parlement européen. Et je pense également qu’une solution sera trouvée pour l’accord de la pêche dont le débat se poursuit au sein du Parlement. Notre position est ferme : le dialogue est le moyen le plus efficace pour trouver les solutions.

Les ministres des Finances de l’Eurogroupe ont approuvé le deuxième plan. d’aide au profit de la Grèce Quel commentaire faites-vous ?
La Grèce a fait d’énormes sacrifices. Elle a réduit son déficit du PIB à 6.5 %. C’est une première en comparaison avec d’autres pays de l’UE. Le nombre des fonctionnaires a été réduit à prés de 25 %. Des réformes structurelles importantes ont été entreprises dans le domaine de l’économie. Mais tout cela crée des problèmes, et engendre la récession qui, à son tour, mène au chômage. Quant j’étais en visite en Allemagne, j’ai soulevé devant les 100 députés représentant le gouvernement et l’opposition que ce problème n’est pas propre à notre pays, mais il concerne aussi bien d’autres pays comme le Portugal, l’Espagne et l’Italie. L’UE, au-delà de ces politiques restrictives d’assainissement budgétaires, elle devrait mettre en place des politiques de croissance. Aujourd’hui, je pense que le débat sur la croissance fait défaut, il n’est pas encore pertinent. Il n’y pas des décisions et des programmes concrets.

Pensez-vous que la cure d’austérité suffirait à elle seule à redresser la situation économique de la Grèce ?
Les programmes d’austérité ont pour unique objectif d’assainir l’économie et de renforcer la compétitivité économique grecque. Ces programmes ne suffisent pas pour résoudre les problèmes économiques. Nous avons besoin d’un plan général pour stimuler la croissance pour notre pays comme pour les autres pays de l’UE.

D’après vous, que faut-il encore faire ?
La Grèce a fait son devoir. Elle a entamé la réforme structurelle. Et cela devrait s’accompagner de la mise en place du principe de la solidarité. Nous allons réaliser l’objectif que nous nous sommes fixé et nous sommes pleinement conscients de notre situation. Quant aux partenaires européens, ils doivent prendre conscience que le citoyen grec a fait d’énormes sacrifices. C’est pourquoi le principe de la solidarité s’impose plus que jamais.

Aujourd’hui, des manifestations quotidiennes sont organisées contre l’austérité. La rue grecque se soulève particulièrement contre la chancelière allemande Angela Merkel. Comment voyez-vous cette situation ?
La majorité du peuple grec reconnait les efforts qui devront être faits par le pays.
Ce sont des décisions qui ne sont pas agréables.
Les gens s’en plaignent. Je comprends très bien le soulèvement contre la position de Mme Merkel et des autres partenaires qui contribueront pour trouver une solution. Et je le répète encore une fois, au-delà des politiques d’assainissement budgétaires, nous avons besoin d’une politique plus générale pour stimuler les croissances.
Et ceci reste valable non seulement pour la Grèce, mais aussi pour les autres pays de l’UE.

Les débats sur les salaires en Grèce ont fait couler beaucoup d’encre dans la presse, que dites-vous sur ce sujet ?
Nous avons procédé à des retenues de salaires dans tous les domaines y compris les salaires des députés du Parlement hellénique.
En tant que président du Parlement, j’ai réduit les dépenses du Parlement de prés de 25% et la rémunération des députés de 50%.
Ce sont des retenues trop importantes. Nous voulions faire passer un message clair : les députés grecs sont les premiers à participer à ces sacrifices. Donc tout ce qui est écrit n’est pas toujours vrai. 

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