Le Matin : Racontez-nous un peu votre histoire avec le monde de l’art ?
Adnane Mouhejja : Je n’ai jamais pensé un jour que je ferai ce métier, parce que j’ai grandi dans une famille, où seules les études étaient importantes et primordiales. Je me rappelle que mon père, un militaire, nous disait toujours : «Il faut étudier et réussir, sans les diplômes vous n’êtes rien…» Ses mots résonnent encore dans ma tête. Enfant, j’aimais chanter et taper sur le matériel de cuisine. J’étais ébloui par les artistes de la place Jamaâ El-Fna. À neuf ans, j’ai vu mon premier film au cinéma, «Toofan» d’Amitabh Bachan. Ce jour-là, j’ai su ce que j’avais envie de faire.
Par la suite, j’ai fait un peu de théâtre à l’école. Je chantais aussi lors des fêtes scolaires. Et quand un ami m’a invité à travailler avec sa troupe dans une pièce théâtrale à l’Institut français de Marrakech (IFM), j’ai alors pu rencontrer des gens qui ont marqué le début de mon parcours professionnel. À l’IFM, je me suis inscrit dans une formation de danse contemporaine au sein de la compagnie Anania. J’avais honte de le dire à mes proches et j’ai gardé cette formation secrète jusqu’à la fin. Au cours du spectacle de fin de formation, j’avais plus peur du regard de ma famille que de me retrouver sur scène. Mais grâce à Dieu, ils ont aimé. Ma mère était ma première spectatrice. Je me rappelle que mon père m’avait posé deux questions : es-tu sûr de vouloir faire ce métier ? Est-ce que tu peux fonder une famille avec ce métier ? J’ai dit «oui» et je me suis senti libre de continuer mon parcours avec la bénédiction de ma famille. J’ai commencé alors un processus de formation en France sous un grand panel d’artistes, et par la suite au sein de la compagnie Graines de soleil, sous la direction de Khalid Tamer.
Vous avez une formation multidisciplinaire en danse contemporaine, en animation de projets socioculturels, en comédie, en méthodologie de projets artistiques et culturels… comment pouvez-vous concilier entre toutes ces disciplines ?
Pour moi, être acteur seulement ne suffit pas pour pouvoir aller de l’avant. J’ai choisi de diversifier ma formation parce que le savoir n’a pas de limites et chaque chose qu’on peut apprendre peut nous être utile un jour. On sait aussi qu’un acteur peut travailler un mois et chômer cinq. Néanmoins, j’ai beaucoup de passion pour les autres métiers auxquels je touche. J’ai même étudié des techniques de cinéma. C’est une étape qui m’a appris beaucoup de choses, surtout le respect des techniciens du cinéma parce qu’en tant qu’acteur, je ne suis qu’un petit pion sur le plateau, par rapport à ce que font ces gens derrière la caméra.
Vous êtes acteur et scénariste où vous sentez-vous le mieux ?
Être acteur était un rêve que je ne prétends pas avoir réalisé, parce que j’apprends encore et j’essaie de faire mieux. Quand on est acteur, on est obligé de s’éloigner de soi-même pour jouer un autre personnage. Ce qui n’est pas facile. Par contre, un scénariste reste lui-même tout en imaginant d’autres personnages. Ce sont deux mondes différents et liés. J’apprends beaucoup de l’écriture pour avancer dans l’actorat. Quand j’écris, je me vide et je suis dans ma plus grande intimité.
Parlez-nous un peu de vos expériences à la télévision ?
Mon parcours vient de commencer. Trois ou cinq ans d’exercice ne sont pas assez pour prétendre que j’ai une expérience. Certes, j’ai travaillé sur plusieurs projets, mais je suis quelqu’un de patient et j’essaie de ne pas confondre l’urgence et la précipitation. J’essaie de bien traduire le proverbe, «doucement, mais sûrement», dans la réalité. Après ma formation, j’ai commencé à trouver des occasions, j’ai fait de la figuration dans des films étrangers, sans prétendre que j’étais acteur ou bien j’avais une formation dans le domaine et j’ai appris beaucoup de choses ainsi. Grâce à Dieu, j’ai rencontré des gens remarquables dans mon parcours professionnel. Des personnes qui ont participé au dessin de ma petite carrière, tel Noureddine Tilsaghani, Hassan Hammouch, Khalid Tamer, Amine El Azadi. Mes débuts étaient marqués par la rencontre d’Ali Mejboud, Yassine Fennane, Brahim Chkiri, Jamal Belmejboud, Abdellah Ferkous et Daoud Aoulad-Syad. Des personnes que je remercie du fond du cœur, par ce qu’ils ont cru en moi et m’ont donné l’occasion de montrer ce que je savais faire.
Vous avez des projets actuellement avec Medi1 TV ?
Je remercier d’abord, Abbas Azzouzi, le PDG de Medi1 TV, qui a cru en moi aussi, et qui m’a donné ma première occasion dans le monde de l’animation télévision. Pour mes projets avec Medi1 TV, j’ai travaillé sur deux séries. La première, «Darte Lyame», sous la direction artistique de Brahim Chkiri et réalisée par Anouar Mouatassim et Hakim Kibbabi. C’est un projet de romance tourné à Ifrane où j’incarne le rôle de «Kamil», le frère du protagoniste joué par Hicham Bahloul. J’ai un autre projet de série, dont je ne peux parler, mais il sera une belle surprise pour le public de Medi1 TV.
Et pour le «Ramadan Live Show», aura-t-il une deuxième saison ?
Pour le moment, je ne peux pas dire qu’il y en aura cette année. Mais espérons-le, car c’était un projet que le public a suivi et aimé l’année dernière.
D’autres projets ?
Pour les projets qui sont sûrs, j’ai celui d’une série avec Abderrahmane Tazi, un des piliers du cinéma marocain. J’aurai tout le plaisir de travailler sous sa direction. J’ai aussi un film cinéma sous la direction de Ali Mejboud. Il y a aussi des projets en préparation avec Brahim Chkiri.
Si vous aviez à choisir un rôle quelconque à incarner, pour lequel opteriez-vous ?
Il y a plusieurs rôles qui me fascinent et que je rêve d’incarner. Mais si je devais choisir un seul rôle, je choisirais celui d’un personnage de composition historique. Ce sont des rôles où on a besoin d’un grand travail de recherche et de répétition.
«Le jour où j’ai vu “Toofan” d’Amitabh Bachan, j’ai su que je voulais devenir acteur»
Passionné de l’art, Adnane Mouhejja, une étoile montante de la télévision et du cinéma marocains, nous parle de son parcours artistique riche et diversifié. Il dévoile aussi à ses fans ses projets pour le mois du ramadan.
LE MATIN
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12 Juillet 2012
À 15:27
