Elles étaient 36 cadres femmes en 2000, elles sont aujourd’hui 162, soit une augmentation de 450 %. C’est en s’appuyant sur ces chiffres, que le Haut commissariat aux eaux et aux forêts et la lutte contre la désertification (HCEFLCD), Abdeladim El Hafi, est venu présider la célébration cette année de la Journée internationale de la femme, le 8 mars, sur le thème : « La femme et les métiers du développement durable : cas des ressources naturelles de la foresterie ».
Le HCEFLCD indique par ailleurs qu’à partir de 2012, la généralisation de l’appel à candidature pour l’accès aux postes de chef de division et chef de service se fera selon le principe de l’égalité des chances et du mérite.
Pour voir de près les résultats de cette politique de promotion de la femme dans le travail au sein du HCEFLCD, des femmes sont venues témoigner de leur expérience.
Mounia Achbah, chef de la direction régionale des eaux et forêts et à la lutte contre la désertification (DREFLCD), de Fès-Boulmane, a évoqué ses conditions de travail et aussi de son poste, jugé stratégique et réservé dans le passé aux hommes. Cette lauréate de la première promotion féminine de l’Ecole nationale forestière d’ingénieurs (ENFI) de Salé qui a suivi, comme ses collègues masculins, une formation militaire, a fait également part de la pénible expérience vécue par l’une d’une de ses collègues qui a dû abandonner ses études, lorsque les responsables de cette école lui ont présenté sa tenue militaire. « Je me rappelle aussi après avoir été nommée dans mes nouvelles responsabilités, la réaction d’un homme qui m’a répondu qu’il n’a jamais cru qu’une femme viendra un jour le commander », a-t-elle ajouté.
Contre la mafia du bois
Souad Ghazi, ingénieur d’Etat et responsable du centre de conservation et de développement des ressources forestières (CCDRF) à Kénitra, première femme nommée à ce poste, a témoigné, quant à elle, sur la lutte contre la mafia du bois. « Je dois coordonner avec tous les services concernés (gendarmerie royale, justice, etc.) pour lancer des opérations nocturnes. Car c’est la nuit qu’opèrent les braconniers. Nous intervenons aussi dans la ville pour arrêter les camions transportant le bois volé ainsi que chez des vendeurs. »
Alphabétisation et écotourisme
Quant à Aziza Jebbari, animatrice dans le projet de lutte participative contre la désertification et la réduction de la pauvreté dans les hauts plateaux de l’Oriental, elle a insisté sur l’approche participative des villageois pour réussir toute action. « Par le passé, les projets de développement ne prenaient pas en compte l’avis des populations locales. Cela vouait toute action à l’échec. Quand par exemple, le HCEFLCD venait clôturer des surfaces menacées par le surpâturage, les villageois ne comprenaient rien et rentraient en conflit avec l’administration. Ils pensaient que leurs terres allaient leur être confisquées », a ajouté cette militante.
Mimouna Oubrahim, agent administratif au siège central du HCEFLCD à Rabat, bénéficiaire du programme de lutte contre l’analphabétisme, elle aussi a fait part de son expérience en lisant son texte : « J’ai appris l’arabe, je veux maintenant entamer des cours de français ». De son côté, Oullaia Benlemlih, responsable du programme de l’éducation environnementale de l’association marocaine pour l’écotourisme et la protection de la nature (AMEPN), elle a présenté les activités de l’écomusée de la forêt Maamora.
Cet établissement éducatif propose aux groupes scolaires un circuit didactique pour sensibiliser les élèves à la sauvegarde cette forêt mythique. Elle a conclu aussi son intervention par cette phrase mythique de la romancière française et ardente avocate de la cause féminine, Simone de Beauvoir (1908-1986) qui disait : « On ne nait pas femme, mais on le devient ».
Emménagement récréatif
Pour réduire l’impact sur la forêt et offrir un espace accueillant permettant aux visiteurs de mieux respecter l’environnement naturel dans la forêt Maamora, l’association marocaine pour l’écotourisme et la protection de la nature (AMEPN), a initié en 2003, avec plusieurs partenaires (Haut commissariat aux Eaux et Forêts, environnement, collectivités locales...) un projet d’aménagement récréatif sur le site de Sidi Amira dans la région de Rabat.
Suite aux mauvais comportements des visiteurs, cette forêt perd approximativement quelque 600 arbres par an, ce qui correspond en densité à 2 ha. De par sa situation sur l’axe Rabat-Salé et Kénitra, la Maâmora s’est transformée en un grand refuge pour les citadins. Au rythme de la dégradation, la forêt risque de disparaître. Elle est passée de 133.000 à 60.000 ha entre 1955 et 2000, soit une perte de plus de 1.600 ha par an.
