Des cheveux blonds, des yeux bleus mélangés à un teint mâte et une tessiture de cheveux frisés. Tel pourrait être le fruit d’une union mixte. Union mixte qui est synonyme de richesse et de tolérance certes, mais souvent sujette à conflits de cultures, de traditions, de religions… «Patience et passion», tels sont les clés de réussite pour un mariage solide et qui défie toutes les différences culturelles. Mountassir et Françoise se sont rencontrés à Paris pendant les études. «Je suis arrivé dans une ville que je ne connaissais pas, ou tout était différent. J’ai été repéré par un ancien professeur à moi qui m‘a proposé un poste en tant que surveillant à l’internat. C’est là où j’ai rencontré Françoise qui était surveillante également», confie Montassir marié à Françoise depuis 30 ans. «Au début, à vouloir trop bien faire, j’ai oublié d’être moi-même et j’ai perdu mon identité, ma personnalité. Quand j’ai décidé d’être moi-même, on m‘a mieux accepté».
«J’ai épousé l’Islam et je fais même la prière par conviction et non pas pour mon mari. Maintenant dans la rue, on m‘appelle «hajja» ou «oustada !», confie l’épouse française devenue marocaine. Quant à Amal marié à Luc, la question qui se pose concerne leur premier enfant. «Nous savons déjà que c’est un garçon», se réjouit la maman. Les parents sont conscients que certaines concessions seront à faire. Ne serait-ce que dans le choix du prénom. «Nous pensons à des prénoms qui passent en français et en arabe, qui seraient faciles à prononcer dans les deux langues pour que les grands-parents des deux côtés s’y retrouvent», explique Amal. Concessions, patience, choix à faire pas toujours faciles, tel est le quotidien d’un couple mixte selon les articles ou les études réalisés jusqu’à présent. Cependant, le travail de thèse de doctorat de Catherine Therrien, à l’Université de Montréal, intitulé «Des repères à la construction d’un chez-soi : Trajectoires de mixité conjugale au Maroc» se veut différent et optimiste. En cherchant à s’intéresser aux trajectoires de mixité conjugale, la recherche de Catherine Therrien a contribué à l’élaboration d’un nouveau langage de la rencontre qui rend compte du mouvement présent au sein de cette expérience, et ce, en s’attardant spécifiquement à la mixité conjugale dans le contexte du Maroc.
Pour ce faire, l’auteure a privilégié une approche qui s’intéresse aux expériences subjectivement vécues plutôt qu’aux désignations sociales et culturelles. Pour atteindre ce but, l’auteure a effectué un travail ethnographique qui a placé les récits d’expérience et l’observation participante au cœur de sa méthodologie de recherche. L’originalité de cette recherche réside dans le fait qu’elle aborde la mixité conjugale sous l’angle de la métaphore du voyage prolongé.
La présentation s’attardera, en effet, à montrer que la mixité peut être vue comme un voyage (rempli de négociations et d’ambivalences) : un voyage qui permet de se distancier du «home» de l’enfance et de construire sa propre trajectoire et qui va au-delà de l’enrichissement culturel en invitant ceux qui s’y engagent à une expérience de transformation culturelle. Un périple qui ne fait que se poursuivre avec l’expérience de mixité conjugale, puisque déjà entamé avant la rencontre amoureuse... et que la migration intensifie en obligeant à une redéfinition identitaire, mais surtout qui conduit à la découverte que le chez-soi est au fond de chaque individu. L’auteur parlera également d‘un dépassement de soi pour oublier l’idée d’une identité-sol enracinée (qui ancre nécessairement l’individu dans un territoire), ce qui permet de faire place au mouvement. Cette étude originale puisera sa source dans la vie de l’auteur puisque Catherine Therrien, d’origine canadienne a épousé un Marocain et vit au Maroc depuis 10 ans. Une façon, peut-être de clamer que la mixité d’un couple est un voyage à travers me monde, à la découverte de l’autre dans toute sa diversité…
3 questions à : Catherine Therrien, anthropologue, post-doctorante
«La mixité dépend de la frontière que l’on décide de lui donner»
En quoi votre étude sur les couples mixtes au Maroc se différencie des autres recherches menées sur le même sujet ?
«Les concepts qui ont été façonnés pour refléter les changements du monde contemporain ont permis de mettre en évidence le mouvement qui caractérise notre époque.
Cependant, si on s’attarde sur les théories qui se sont élaborées autour de la mixité conjugale, on constate que plusieurs d’entre elles sont non seulement dépassées, mais ne rendent pas compte du mouvement présent au cœur de cette expérience.
Nous sommes placés, aujourd’hui, devant l’obligation de réajuster le tir, voire de créer un nouveau cadre théorique pour aborder la mixité conjugale de manière contemporaine».
Quels ont été vos principaux constats ?
Ils peuvent se résumer au nombre de deux. Tout d’abord, le cadre théorique dont les sciences sociales disposent pour décrire l’expérience de mixité conjugale n’est pas adapté à la mouvance de la situation contemporaine. Et deuxièmement, les écrits sur la mixité conjugale dans le contexte marocain demeurent prisonniers d’un habitus discursif négatif.
Parle-t-on de mixité conjugale, forcément quand l’un des deux partenaires est étranger ?
Pas forcément. La mixité n’est pas une donnée objective, elle dépend de la frontière que l’on décide de lui donner. Un couple mixte peut être du même pays, par exemple le Fassi et la Berbère. C’est une façon de voir la mixité…
