Nation

Agriculture

Rendement des céréales et croissance économique

LE MATIN

Par Dr Brahim Mansouri

Le défi majeur pour les gouvernements qui se sont succédé au Maroc depuis l’indépendance réside souvent dans la déconnexion entre les précipitations pluviométriques annuelles et le taux de croissance économique. Dans le cas très particulier du Maroc, on observe effectivement que les performances de l’économie nationale sont intimement liées au rendement annuel des céréales bien que la valeur ajoutée du secteur agricole dans son intégralité ne représente qu’environ 15% du produit intérieur brut aux prix courants en moyenne annuelle sur la période 1960-2012, tandis que les parts relatives des secteurs secondaire et tertiaire avoisinent les 16 et 69% respectivement sur la même période.

Les décideurs marocains, au moins depuis l’investiture du Gouvernement d’alternance consensuelle en 1998, estiment que la forte corrélation entre les précipitations pluviométriques et la croissance économique est en nette régression. Le professeur Habib El Malki, à titre d’exemple, a affirmé lorsqu’il était ministre de l’Agriculture et du Développement rural sous le gouvernement de Abderrahmane Youssoufi que l’économie nationale ne resterait plus dramatiquement dépendante de la manne du ciel. Les déclarations ministérielles se sont ensuite succédé depuis à tel point que les décideurs actuels et ceux qui ont pris les rênes du pouvoir avant eux prétendent que la déconnexion en question est devenue inéluctablement une réalité vécue, comme si les politiques qu’ils ont adoptées et implémentées ont pu transformer le Maroc en une véritable usine du monde, à l’instar de la Chine et des Nouveaux dragons du Sud-Est asiatique.

En vue de tester si notre pays a pu vraisemblablement se débarrasser, au moins partiellement, de cette maudite corrélation qui pèse sur notre économie nationale jusqu’à l’asphyxie, commençons de prime abord par la décortication de l’évolution du rendement des céréales et du taux de croissance économique sur la période 1961-2012, à travers une analyse approfondie du graphique ci-après.

Le graphique révèle une corrélation claire entre le taux de croissance économique (c’est-à-dire le taux de variation du PIB aux prix constants) et le rendement des céréales (en quintaux par hectare) qui permet de mesurer l’intensité des précipitations pluviométriques et leur fréquence durant l’année agricole, en raison du fait que les céréales détiennent la part de lion dans le secteur agricole et leur rendement est intimement lié aux chutes de pluie. Cette méthodologie de mesure est nettement supérieure à la procédure très simpliste de la Banque Mondiale qui estime l’intensité de la sécheresse au Maroc à travers une variable muette prenant la valeur «1» en cas de sécheresse et la valeur «zéro» dans le cas contraire, comme si l’intensité de la sécheresse est invariable.

Sur la base des données du graphique, les calculs indiquent que la corrélation statistique entre le taux de croissance économique et le rendement des céréales est de l’ordre de 0,63. Dans le but de tester l’impact des politiques économiques sur cette corrélation, nous avons procédé au calcul de la corrélation sur deux sous-périodes différentes : la sous-période d’avant le Gouvernement d’alternance consensuelle (1961-1998) et celle qui la suit (1999-2012). Les estimations indiquent alors que la corrélation est de l’ordre de 0,72 et 0,65 respectivement durant les deux sous-périodes. Il est dès lors aisé de remarquer que malgré la régression, faible d’ailleurs, de la corrélation entre les deux variables durant les deux sous périodes, les performances de l’économie nationale demeurent intimement liées aux précipitations pluviométriques en contraste avec les affirmations optimistes de certains décideurs.

Il importe toutefois de souligner qu’en raison du fait que la corrélation statistique ne révèle pas nécessairement l’existence d’une relation causale entre les deux variables, nous avons jugé opportun de conduire des estimations et tests économétriques plus poussés, notamment en nous appuyant sur une analyse moderne des séries temporelles, en recourant en particulier à des tests de racine unitaire et de cointégration et aux modèles à correction d’erreur ainsi qu’à des tests de causalité au niveau global comme à court et à long termes.

En outre, pour éviter qu’on nous accuse d’épouser fondamentalement les enseignements des physiocrates qui estiment que l’agriculture est le seul secteur productif alors que les autres secteurs sont considérés comme stériles, nous avons spécifié un modèle économétrique incluant l’essentiel des variables susceptibles d’expliquer la croissance économique en conformité avec les prédictions des théories économiques disponibles. Ces variables potentiellement explicatives comportent le volume de la force de travail, la valeur du capital dans les secteurs privé et public, le degré d’ouverture économique sur le reste du monde et l’investissement direct étranger sans pour autant oublier l’impact interactif de ces deux derniers facteurs.
Nous estimations et tests focalisés sur les outils méthodologiques les plus récemment utilisés en sciences économiques montrent que le volume de la force de travail, la valeur du capital dans les secteurs public et privé ainsi que le rendement des céréales influent positivement sur la croissance économique au Maroc au niveau global comme à court et à long termes. En revanche, l’ouverture de l’économie nationale sur l’extérieur et l’investissement direct étranger n’affectent positivement la croissance économique que d’une manière interactive, suggérant que l’investissement direct étranger n’améliore la croissance économique que dans le cas de l’existence d’un degré réaliste d’ouverture sur l’extérieur.

Malgré l’impact des variables susmentionnées, le rendement des céréales constitue le facteur le plus important dans notre modèle du point de vue aussi bien de l’ampleur de son impact que du degré de sa signification statistique. En effet, suivant nos estimations et tests, toute augmentation du rendement des céréales de 50% induirait à long terme une amélioration du taux de croissance économique d’environ 3,5 points de pourcentage, c’est-à-dire qu’un doublement du rendement des céréales entraînerait à long terme une hausse du taux de croissance économique d’environ 7 points de pourcentage. Ces résultats empiriques révèlent que le rendement des céréales qui nous a permis d’estimer indirectement l’intensité de la sécheresse au Maroc n’explique pas seulement l’ampleur de la croissance de la valeur ajoutée agricole.
Elle détermine également l’ampleur de la croissance des valeurs ajoutées de tous les secteurs productifs et donc l’ampleur de la croissance économique globale.

Dès lors, il n’est pas du tout surprenant de voir le taux de croissance économique grimper à presque 12,25% en 1996 (un taux nettement supérieur à 10% réalisé par la Chine durant la même année !!), si on sait que le rendement des céréales en cette année était très élevé puisqu’il est passé de presque 4,50 à environ 17 quintaux par hectare, c’est-à-dire qu’il a augmenté au taux marathonien de 278%, poussant ainsi le taux de croissance économique à passer de -6,58% en 1995 à 12,25% en 1996. On peut également remarquer que la modestie de la production céréalière en 2012, avec un rendement de 8,7 contre 14 quintaux par hectare en 2011, soit un taux de décroissance d’environ 38%, s’est soldée par un taux de croissance faible de l’ordre de 2,7%. C’est d’ailleurs ce que nous avons prévu quand nous avons déclaré avant la publication des données officielles, lors d’une interview avec le quotidien «Al-Massae» (numéro du 3 avril 2012), que «nous persistons à soutenir, sauf en cas de miracle, que le taux de croissance économique pour l’année en cours dépassera à peine les 2%, en présence de la sécheresse en plus de la crise qui secoue les économies de nos principaux partenaires, surtout en Europe».

De même, nous persistons aujourd’hui à dire que le taux de croissance économique pour l’année en cours (2013), malgré les effets pervers de la crise économique et financière actuelle, oscillera autour de 5%. Une telle amélioration anticipée du taux de croissance économique s’explique par le fait que le rendement des céréales en 2013 a connu une prospérité remarquable grâce à l’importance des précipitations pluviométriques et à leur régularité durant l’année agricole, de telle sorte que ce rendement augmentera à un taux largement supérieur à 50% ; et en prenant en considération l’impact des autres variables introduites dans notre modèle, on s’attend à ce que le taux de croissance économique s’améliore d’environ 3 points de pourcentage («Oh les enfants ! Dites que l’année est bonne», diraient nos chanteuses populaires).

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