Le Matin : Comment est venue l’idée d’un Festival des arts des montagnes à Sefrou ?
Saïd Kamal : L’idée de l’organisation du Festival des arts des montagnes a été posée dans le cadre d’une rencontre de l’Association des populations des montagnes du monde (APMM) à Chambéry en France, en 2011. Il y avait six pays qui se sont proposés et finalement le Maroc a eu la chance de prendre cette responsabilité. Au début, nous avons pensé l’abriter à Ifrane et nous avons eu des discussions dans ce sens avec les responsables locaux, notamment le gouverneur de la province d’Ifrane, mais il n’y a pas eu de suites. L'APPM d’El Hajeb a émis le souhait de l’abriter et nous avons eu aussi des réunions. Mais finalement, des responsables à Sefrou ont tenu à l’abriter. L’idée m’a plu, puisque je suis natif de la région et on a commencé à travailler sur le projet à partir de novembre 2012.
Et c’est toujours l’APPM qui est derrière l’organisation ?
Au début l’APPM section Maroc devrait se charger de l’organisation, mais vu ses différentes préoccupations, j’ai créé, en décembre 2012, l’Association du Festival des arts des montagnes (AFAM), en concertation avec d’autres personnes, pour nous concentrer sur le Festival et le maintenir les prochaines années. Mais dans le cadre de l’organisation, nous collaborons toujours avec l’APPM et nous avons engagé une entreprise spécialisée dans l’événementiel pour réussir cette première édition. Nous avons présenté le projet aux autorités provinciales, notamment à Monsieur le gouverneur de la province, et on s’est mis d’accord pour organiser le Festival international des arts des montagnes dans la commune de Sidi Khayar.
Pourquoi avez-vous opté pour une dimension internationale du Festival ?
Nous avons voulu au début organiser un festival national et quand nous avons proposé le projet à divers départements ministériels et organismes publics et privés, l’idée a charmé beaucoup de personnes et nous avons eu des promesses d’appui et de sponsoring. De fait, nous avons voulu donner au Festival une dimension internationale et nous avons, à partir du mois de février, pris contact avec l'APPM de la France pour faire participer les montagnards de ce pays et il était question de recevoir une délégation de 40 personnes des Pyrénées-Atlantiques représentant différents arts des montagnes, notamment l’artisanat, les chants et les jeux. Nous avons aussi contacté l’APPM de l’Algérie qui a proposé une délégation de 27 personnes. Nous avons ainsi vu grand et mis en place un programme ambitieux. Mais à l’approche de l’événement, les promesses de soutien et d’appui de plusieurs partenaires potentiels se sont évaporées sous prétexte qu’ils avaient des restrictions budgétaires. Nous avons été déçus, mais il fallait poursuivre cette belle expérience et nous devions réadapter le programme à cette donne et l’organiser avec le budget que nous avions entre les mains. Nous avons toutefois tenu à garder la dimension internationale du Festival qui se tient du 4 au 7 septembre prochain et faire participer des petites délégations de la France et de l’Algérie. Et ce, en plus des représentants des quatre montagnes du Maroc.
Qu’est-ce que vous allez mettre en avant lors de cette première édition ?
Le programme met en avant, entre autres, le culturel, les traditions, l’artisanat, les chants, les jeux et les costumes des montagnes du Maroc. Au menu, il est prévu des tournois sportifs des jeux traditionnels des montagnes (Tikhoubay, Lichart/tabenaayt, Slilout, du rugby à 7 avec hommes et femmes), un défilé des costumes des montagnes, des soirées artistiques animées notamment par des troupes d’Ahidous et kourda du Moyen Atlas, Boughanim Imilchil du Haut Atlas, Ahouach Asaiss de l’Anti Atlas, Taktouka al-Jabalia avec le groupe Senhaji du Rif, Heyt de Tissa, Laalaoui avec la troupe Ennahda de Guercif, le violon et loutard avec la troupe Omorghi et Tamawayt Titrit. Au programme aussi, il est prévu des conférences sur l’agriculture des montagnes et des expériences animées par l’INRA (Institut national de recherche agronomique) et l’ENA de Meknès et une formation des agriculteurs dans l’arboriculture de l’olivier en collaboration avec la Chambre d’agriculture de Fès-Boulemane. À cela s’ajoute la tbourida, des foires agricoles et artisanales animées par près de 26 coopératives, des dégustations culinaires des plats des montagnes et des sauts en parapente, prévus durant toute la période du Festival.
Au-delà de l’aspect festif de cette événement, est-ce que vous avez un message à transmettre ?
À travers le Festival des arts des montagnes, nous voulons mettre en avant les potentialités et les richesses des montagnes et ses différents aspects culturel, artistique et économique. Nous espérons pouvoir renforcer l’attractivité touristique de nos montagnes et encourager l’investissement. En tant que militant au sein de l’APPM, j’espère que décideurs, responsables, citoyens et investisseurs du Maroc découvrent ce que sont réellement nos montagnes, leurs arts enchanteurs (chant, danse, costumes, artisanat) développés par les montagnards de tous les temps, et ce, en dépit des conditions difficiles. Il s’agit de leur montrer surtout combien il est injuste de les laisser à la marge du développement national et de la société. Je rêve aussi de tenir nos promesses auprès des montagnards du monde et de les faire participer aux prochaines éditions parce que le Maroc s’est engagé à organiser ce Festival et son image est en jeu auprès de l’APMM qui compte des représentants de 45 pays dans le monde.
