Nation

Entretien avec Youssef Sadik

«Il faut placer les jeunes au cœur de toute politique de développement»

LE MATIN

Youssef Sadik, sociologue, en marge du rapport de la Banque mondiale  «Promouvoir les opportunités et la participation des jeunes»

Youssef Sadik, sociologue, en marge du rapport de la Banque mondiale «Promouvoir les opportunités et la participation des jeunes»

Youssef Sadik est sociologue et enseignant-chercheur. Il est docteur en sociologie de la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université Mohammed V de Rabat. Président–fondateur de l’Association des jeunes chercheurs en sciences sociales (AJCSS), il est chercheur associé au Centre Jacques Berque pour les sciences humaines et sociales à Rabat, membre du club politique créé par la Fondation Abderrahim Bouabid et la Fondation Friedrich Ebert et membre du Groupe d’études et de recherches sur les ressources humaines et l’entreprise (GERRHE). Dans cet entretien, il revient sur le rapport de la Banque mondiale intitulé «Promouvoir les opportunités et la participation des jeunes», édité en mai 2012 et publié sur Internet.

Le Matin : Le document préparé par la Banque mondiale «promouvoir les opportunités et la participation des jeunes» au Maroc est d’une étonnante actualité, même s’il a été réalisé avant le Printemps arabe. Quel était l’objectif de ce rapport ?
Youssef Sadik : Le rapport a été effectivement préparé avant les événements du Printemps arabe ; il anticipe les revendications d’inclusion sociale et économique exprimées par les jeunes Marocains, notamment à partir de février 2011. Il a pour principal objectif de fournir aux décideurs une analyse nuancée des obstacles à l’emploi et à la participation civique active afin d’adapter plus efficacement les interventions en faveur des jeunes. Plus précisément, il vise à analyser les aspirations des jeunes Marocains de 15 à 29 ans, leurs conditions économiques et sociales, ainsi que les facteurs institutionnels qui entravent leur insertion économique et sociale. Il propose, en conclusion, une série de recommandations en matière de politiques d'inclusion des jeunes et un plan d'investissements intégrés pour les jeunes susceptibles d’élargir le champ des opportunités d’emploi et de participation actuellement disponibles.
À mon avis, cette étude constitue l’une des analyses les plus exhaustives sur les questions de la jeunesse au Maroc qui représente un segment important de la population, soit 30% de la population du pays, et 10% des jeunes de la région MENA. Ces jeunes sont particulièrement touchés par l’exclusion. Cette situation est essentiellement problématique dans la mesure où l’exclusion des jeunes favorise les troubles et une situation sociale explosive. En effet, les cinq transitions des jeunes à l’âge adulte les plus fréquemment citées dans la littérature sont la transition de l’école, le début d’une vie professionnelle productive, l’adoption d’un style de vie sain, la constitution d’une famille et l’exercice de la citoyenneté. Entraver l’accès à l’une d’elles ne peut que conduire à la frustration de la population concernée.

Le chômage est l’une des préoccupations des jeunes à travers le monde entier. À voir l’actualité dans les pays dits développés : France, Espagne, Italie, États-Unis… cette tranche d’âge est particulièrement touchée. Que dit le rapport sur cette question nodale du travail et du chômage ?
Le rapport analyse les raisons de cette inactivité généralisée et préconise un ensemble de mesures et d’approches centrées sur la jeunesse. Alors que la société marocaine est en profonde mutation, le moment est venu d’engager un nouveau dialogue social pour permettre aux jeunes d’exprimer tout leur potentiel. Cette étude met en exergue la transition des jeunes vers le travail. Elle accorde une attention particulière à une deuxième transition, celle vers l’exercice de la citoyenneté. Cet intérêt est dû à deux raisons : d’une part, le besoin d’intervenir de manière efficace dans ces domaines est particulièrement urgent ; d’autre part, les données systématiques et rigoureuses sur ces thèmes étaient relativement limitées à ce jour. La prise de bonnes décisions par rapport à ces étapes de transition aidera à développer, préserver et renforcer correctement le capital humain.

Dysfonctionnements de l’éducation et déficit du marché du travail

Quelles sont les méthodes qui ont été utilisées pour l’exploitation des statistiques et des données ?
L'étude a adopté une approche combinant deux méthodes conciliant une enquête quantitative rigoureuse avec une investigation qualitative afin d’explorer les perspectives des jeunes Marocains. L’enquête quantitative, «Enquête sur les ménages et les jeunes au Maroc» (EMJM) 2009-2010, a été menée spécialement pour les besoins de cette étude. Cette enquête a été réalisée de décembre 2009 à mars 2010 auprès d’un échantillon national représentatif de 2 000 ménages (dont 1 216 étaient en milieu urbain et 784 en milieu rural) et a recueilli des informations détaillées sur leurs caractéristiques démographiques et éducatives, leurs activités économiques, la migration et la participation aux programmes sociaux. En plus du module ménage, qui a recueilli des informations sur tous les membres, un module distinct pour les jeunes a mis l’accent sur les jeunes âgés de 15 à 29 dans les 2 000 ménages interrogés. Par conséquent, les informations relatives à l'inclusion économique des jeunes, la participation communautaire et l'utilisation des services publics essentiels ont été recueillies à partir de 2 883 jeunes, qui représentent environ 90% des jeunes dans les ménages sondés. Le volet qualitatif de l’étude a fait l’objet d’une recherche approfondie : 30 groupes de discussion (270 participants) ont été organisés dans les zones urbaines, périurbaines et rurales de quatre régions au Maroc (Souss-Massa-Draa, le Grand Casablanca, Fès-Boulemane et la région de Tanger-Tétouan). La troisième approche méthodologique adoptée est basée sur une analyse institutionnelle. Des visites d’institutions, de programmes et de services orientés vers les jeunes ont été effectuées et des données qualitatives ont été collectées à travers des entretiens avec des représentants institutionnels. Un échantillon de centres et de programmes a été sélectionné dans quatre sous-régions du Grand-Casablanca, Fès-Boulemane, Souss-Massa-Draâ et la région de Tanger-Tétouan.

Quelles sont les conclusions de ce rapport ?
Ce rapport montre que les jeunes ont été mis à l’écart des opportunités dont certains secteurs de l’économie nationale ont bénéficié. Un chapitre entier a été consacré au problème de la croissance sans emploi qu’a connue le Maroc et au fait qu’elle a laissé pour compte toute la jeune génération.
Officiellement, le système éducatif est accessible. L’assiduité scolaire a connu une hausse spectaculaire et le taux d’illettrisme a considérablement diminué. Toutefois, l’étude montre qu’en matière d’éducation, le «retour sur investissement» est relativement faible. Le système éducatif marocain est à deux vitesses, avec d’un côté l’école privée qui forme les élites en français et, de l’autre, l’école publique qui accueille tous les autres élèves et dispense des cours en arabe. Le marché du travail exige la maîtrise de la langue française, ce qui exclut de fait les diplômés du système public, où le français n’est pas enseigné. En outre, les établissements publics sont surchargés et leurs programmes ne répondent pas aux besoins du marché du travail. Les jeunes hommes et femmes ayant un emploi rapportent, en grande partie, avoir des emplois de faible qualité, souvent même sans aucune sécurité du travail ni avantages (environ 88% des jeunes travailleurs ne possèdent pas de contrat de travail), et déplorent également le sous-emploi (notamment dans le secteur informel où les emplois sont souvent temporaires ou à temps partiel) et les mauvaises conditions de travail.
Les taux de sous-emploi sont en effet élevés chez les jeunes travailleurs, c’est-à-dire que le nombre d’heures de travail est moins élevé qu’ils ne le voudraient. Le sous-emploi est très élevé dans le secteur informel, où de nombreux emplois sont temporaires ou à mi-temps. En général, les jeunes au Maroc déclarent ne pas être satisfaits de leur travail et énumèrent un ensemble de problèmes dont les plus récurrents sont de bas salaires, des charges de travail lourdes, de longues heures de travail et également l’ennui.

Un fort désir d’apprendre

Au-delà de cette question du chômage et du travail, quelles sont les autres préoccupations des jeunes qui ont été mis en avant dans le rapport ?
Les jeunes pensent avoir très peu de contrôle sur leur avenir économique. Une meilleure éducation et de meilleures compétences sont considérées comme insuffisantes pour obtenir un travail décent, à moins d’avoir des réseaux ou des connaissances personnels ou familiaux, et ce, dans tous les secteurs économiques (public, privé et informel) ; de tels réseaux sont nécessaires même pour obtenir un stage de formation.
Cela est dû au manque de mécanismes formels d’intermédiation pour l’emploi. Un jeune sur trois désire ou envisage sérieusement de quitter le Maroc en raison des faibles perspectives offertes. Malgré le manque de confiance des jeunes dans la pertinence et la qualité de l’éducation reçue, leur désir d’apprendre et d’acquérir des compétences professionnelles pertinentes est très fort. Les jeunes sont conscients d’autres options non formelles pour acquérir le savoir, mais le coût de ces options constitue un défi de taille, notamment pour les jeunes issus de milieux défavorisés.

Pour cette question d’apprentissage et de permettre aux jeunes d'avoir le pied à l’étrier, il faut reconnaitre que les différents gouvernements ont mis en place différentes politiques. Quel est le résultat de ces politiques et programmes lancés en faveur des jeunes ?
Le passage en revue des politiques de promotion de l’emploi en faveur des jeunes permet effectivement de mesurer cet effort public et de se rendre compte que l’État marocain a proposé de nombreux services et programmes destinés aux jeunes, notamment aux plus défavorisés. Malheureusement, les programmes publics de formation professionnelle n’ont qu’un effet limité, dans la mesure où ils sont généralement basés sur l’offre, et ce, dans tous les domaines de compétence. Très peu d’entre eux offrent une expérience concrète au sein d’une entreprise. Ils se limitent à l’enseignement d’un certain nombre de compétences techniques. Néanmoins, ils ont le mérite d’exister et peuvent être améliorés. Des agences spécialisées proposent un certain nombre de formations professionnelles destinées aux jeunes défavorisés. Celles-ci manquent toutefois de financements et gagneraient à disposer d’un réseau plus étendu auprès des entreprises du secteur privé, ce qui est difficilement accessible au Maroc. Il est également essentiel de généraliser les partenariats public-privé. Le problème de ces services est qu’ils font souvent double emploi et qu’ils sont très centralisés. L’État marocain est encore très centralisé et cette centralisation limite l’efficacité des programmes dans les différentes régions du pays. De plus, les différents programmes ne bénéficient d’aucune coordination horizontale ; il est donc difficile de garantir leur complémentarité et l’optimisation de leur portée. Par conséquent, le nombre de jeunes qu’ils parviennent à toucher est très inférieur aux besoins et leur impact amoindri.
Avant le Printemps arabe, il était beaucoup question au Maroc et dans les pays voisins de l’importance de la jeunesse en ce qu’elle représente la ressource du futur. Le temps est aujourd’hui venu de concrétiser cette vision ambitieuse en plaçant les jeunes au cœur du développement économique marocain.
Pour ce faire, l’État doit collaborer avec les jeunes dans la recherche de solutions adaptées, mais aussi les faire participer aux prises de décision et à l’amélioration de la qualité des prestations.

L’économie marocaine et le marché du travail : une croissance sans emploi ?

Durant la dernière décennie, la croissance économique générale au Maroc s’est améliorée considérablement, avec un taux de croissance annuel moyen d'environ 5,1%, durant la période 2001 à 2008, presque le double du taux de croissance moyen de la décennie précédente. En même temps, la croissance est devenue moins volatile et l’inflation est restée faible (en moyenne, environ 2,5% par an). Les perspectives d’une croissance économique soutenue se sont améliorées en raison de l’augmentation des investissements, passant de 25% à 36% du PIB entre 2001 et 2008. L’économie a montré une résistance face à la crise financière mondiale : suite à un ralentissement en 2009, le PIB non agricole a augmenté de 5% sur les quatre trimestres de 2010 et le PIB global a augmenté d’environ 3,3% en 2010.
Du côté de l’offre, le Maroc a connu une croissance non agricole à grande échelle en 2010, grâce à des contributions remarquables des secteurs des mines (jusqu’à 62%), de l’eau et de l’électricité (jusqu’à 10,3%), de l’hôtellerie et de la restauration (jusqu’à 7,5%), du transport, de l’éducation et de la santé (avec presque 6,5%). La valeur ajoutée agricole était négative (reculant à 7,5%) pendant cette période. En revanche, du côté de la demande, les exportations ont été le principal moteur de croissance en 2010. Alors que la demande intérieure a principalement contribué à la croissance au cours des dernières années, sa contribution en 2010 s’est située en deuxième position, juste après les exportations. Bien que la récente croissance économique ait été sensiblement plus élevée que dans les années 1990, cela n'a pas été suffisant pour répondre aux besoins de la croissante population en âge de travailler, ce qui a eu pour conséquence des taux élevés de chômage et de faibles taux de participation (selon les estimations officielles du Haut-Commissariat au Plan). En 2010, moins de la moitié de la population (49,6% de ceux âgés de 15 ans et plus) a participé au marché du travail, ce qui constitue l'un des taux d'activité les plus bas dans la région MENA. En fait, durant la décennie qui a suivi 1999, le taux de participation à la main-d’œuvre a chuté d'environ 5 points de pourcentage…
Pourquoi la croissance économique n'a-t-elle pas été en mesure d'absorber les nouveaux arrivants ? Alors que le secteur agricole représente encore environ 13% du PIB, il connaît une tendance à la baisse, et par conséquent répond aux besoins d’une part de plus en plus limitée du marché du travail, tandis que le secteur non agricole est devenu plus important, mais n'a pas été en mesure d'absorber tous les nouveaux entrants dans le marché du travail. Par ailleurs, la productivité s'est améliorée progressivement, coïncidant avec une contribution en baisse de la croissance de l'emploi dans le secteur non agricole. Les résultats d'un exercice de comptabilité de la croissance (Banque mondiale, 2006) indiquent que l'accumulation des facteurs, dictée essentiellement par l'accumulation du capital, a traditionnellement joué le rôle le plus important dans la croissance du Maroc.
En fait, la contribution de la productivité totale des facteurs dans le secteur non agricole n'a pas été significative dans les 30 années avant 1999. À compter de 2000, la production plus élevée de facteurs a, de manière plausible, contribué à l’importante augmentation du nombre de chômeurs et d’inactifs. Des estimations de la Banque mondiale (2006) suggèrent que, compte tenu des tendances de croissance actuelles du Maroc, le pays aurait besoin d’une croissance encore plus élevée – d’au moins 6% par an – pour augmenter la création d'emplois au cours des deux prochaines décennies.
Bien que les niveaux d'investissement aient augmenté de façon spectaculaire ces derniers temps, la plupart de ces augmentations n'ont concerné que les secteurs de l'immobilier, du tourisme et des services, mais pas les industries manufacturièr

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