Affichant la mine des grands jours, le ministre de la Santé El Hossein El Ouardi a adopté un ton sérieux et déterminé en ce qui concerne l'ouverture des capitaux des cliniques au secteur privé. M. El Ouardi a en effet tranché dans la polémique engendrée par l’annonce de cette décision en dévoilant son intention de déposer le projet de loi relatif à cette nouvelle mesure dans les prochaines 48 heures.
Une nouvelle qui donnera froid dans le dos aux médecins investisseurs qui jusque-là monopolisaient l’acte de création des cliniques, du moins du côté juridique. En effet, le décret d’application de la loi 10-94 accordait depuis 1997 en exclusivité aux médecins le droit de créer des établissements de soin privé. Pourtant, les pratiques courantes révèlent le recours des investisseurs à d’autres moyens pour contourner la loi. «Lorsque j’ai tenté d’établir un état des lieux de ce secteur, je me suis rendu compte que 50% des cliniques existantes au Maroc et surtout au niveau de la région de Casablanca étaient détenues par des investisseurs privés. Ces derniers recourent à la création de sociétés anonymes ou à des entreprises commerciales pour pouvoir surmonter les obstacles imposés par la loi. Notre objectif aujourd’hui est donc d’harmoniser la loi en vue de structurer et réorganiser ce secteur dans la perspective de créer de nouvelles opportunités d’emploi», souligne-t-il.
Le ministre de la Santé adopte toutefois un ton rassurant lorsqu’il aborde le volet relatif à la décision médicale au sein de ces établissements privés. D’après lui, l’ouverture des capitaux des cliniques aux investisseurs privés n'affecterait en rien la décision médicale qui demeurera du ressort exclusif des praticiens. La nouvelle mesure aura au contraire un impact positif sur le secteur dans la mesure ou elle permettra d’améliorer son attractivité et de drainer de nouveaux investisseurs, ce qui pourra renforcer sa compétitivité et réduire les coûts de soins dans ce secteur.
Répondant aux critiques l’accusant de vouloir établir un marchandage avec la santé des citoyens, M. El Ouardi a indiqué que cette mesure ne concernait que la structuration du secteur privé et n’aura aucun retentissement sur le secteur public qui demeure une entité indépendante. «L’ouverture de ce secteur est une décision irrévocable, car après de longs mois de négociation c’est au ministre de la Santé seul que revient la décision de trancher et de continuer sur la lancée des réformes qui sont souvent peu populaires, surtout au niveau de certains partenaires qui voient que leurs intérêts sont mis en péril», souligne ce responsable. En effet, Ekl Hossein El Ouardi ne mâche pas ses mots. Pour lui, l’ouverture du secteur médical à l’investissement privé demeure le seul moyen de lutter contre le monopole et la fermeture du marché, ainsi que le déficit de concurrence en résultant qui crée une situation de rareté, laquelle donne un pouvoir de négociation exorbitant aux praticiens de santé. Ces derniers n’hésitent pas à en abuser pour imposer leurs prix souvent majorés de rente de situation.
Par ailleurs, interrogé sur son intention de poursuivre l’opération «mains propres» engagée par sa prédécesseur, Yasmina Badou, concernant l’inspection et la sanction des cliniques non alignées sur les standards en termes d’hygiène, M. El Ouardi a fait savoir que son département était penché sur la poursuite de cette action. Notons que les services d’inspection ont pris des mesures de discipline à l’encontre de 7 cliniques réfractaires et plus de 70 professionnels de santé qui seront sanctionnés une fois que le conseil de discipline sera tenu.
