Petits et grands, d’ici et d’ailleurs, les yeux grands ouverts tournés vers la scène Bab Doukkala, les festivaliers de cette dix-septième édition du Festival Gnaoua d’Essaouira et musiques du monde avaient rendez-vous, jeudi à 17 h à Bab Doukkala, avec la très attendue parade d’ouverture : «Al Aâda». De quoi donner le coup d’envoi d’une édition de toutes les promesses. Venu en grand nombre, le public a bel et bien apprécié la procession d’ouverture appelée «Al Aâda». Imaginez, le temps d’une parade, un sacré défilé, toutes les musiques de confréries unies.

Des personnalités du monde de l’art, mais aussi politique, économique et associatif, ont assisté bouche bée au spectacle hautement spirituel et résolument traditionnel de par son aspect rituel.
De géantes marionnettes se sont mêlées aux mâalems pour aborder avec fierté leurs couleurs au coeur de la médina. Ici, le défilé des monstres de la musique gnaoua est à lui seul un festival, pour sûr. À peine le temps de souffler après la parade, place maintenant au show très attendu, le concert d’ouverture de cette édition sur la Place Moulay Hassan à 20 h.

En avant-première mondiale, le public du festival a eu le bonheur d’assister à une surprenante rencontre entre trois musiques traditionnelles bien distinctes : gnaoua, rock français et les sonorités du Moyen Atlas. Voilà de quoi surprendre les festivaliers de cette année. Sur scène, le mâalem Hassan Boussou épaulé par sa bande de «kouyous» gnaouis avec leurs krakebs, ont eu le plaisir de s’associer à une rythmique tout aussi puissante, celle de Didier Lockwwood, le guitariste français, symbole d’une scène rock qui ne vieillit jamais. Et les deux musiques s’ouvrent au monde des mélodies amazighes décapantes, signées Bouhcine Foulane. Ce mariage entre trois univers musicaux ne se résume pas à une simple juxtaposition de styles, mais se veut une ode si lumineuse à la tradition de chacune des trois «sectes musicales».

Le public, totalement conquis, danse à pieds joints dans une ambiance fiévreuse et de transe. Ce spectacle, orchestré par Karim Ziad, batteur chevronné, leader du groupe Ifrikiya et directeur artistique du festival, s’est inscrit également en lettres d’or dans le registre des fusions réussies de ce rendez-vous. Puis, le mâalem Saïd Oughassal, toujours au même endroit, a invité le public à une séance de fitness avec sa subtilité rythmique, poignante et très ancrée dans la tradition ancestrale de la musique des gnaouas. Toujours fidèle au sens de la fête, un autre grand mâalem, Abdeslam Alikan, également directeur artistique du festival, a présenté sa bande de «kouyous» nommée «Project Toyour Gnaoua», a ensorcelé les amateurs de gnaoua. Mais cela ne s’arrête pas là. Le mâalem et sa bande ont été rejoints sur scène par Sefarat’ Al Khafaâ, une des rares formations à se consacrer à la préservation de l’art gnaoui. Et tout de suite, débute une gamme de prières qui semble s’adresser aux ancêtres africains avant de faire le tour de l’essentiel du répertoire de la musique gnaoua trempé de la cambrure rythmique de son guembri, les sons assourdissants des crotales, batterie, basse. Un véritable plaisir pour ceux qui ont fait le long trajet à destination de la cité des Alizés, la Mecque de gnaoua, mais également celle des musiques du monde.