Nation

Dossier

L'insécurité baisse mais l'inquiétude demeure

LE MATIN

Comme dans toutes les métropoles urbaines à travers le monde, le sentiment d'insécurité est grandissant chez les citadins qui vivent dans les grandes villes marocaines.

Meurtres, vols ou viols, les actes criminels, ce n’est pas ce qui manque dans les grandes villes marocaines. Mais contrairement aux impressions qu’ont la majorité des Marocains, le taux de criminalité dans le pays est en baisse. Il y a quelques jours encore, les représentants de la nation ont affiché à nouveau leurs inquiétudes, alors que les responsables affirment, chiffres à l'appui, que tout est sous contrôle. L'augmentation substantielle du nombre de policiers semble aujourd'hui porter ses fruits.

À en croire les chiffres officiels, les crimes commis en 2013 sont inférieurs à ceux de l’année qui l’a précédée, c’est le ministre de l’Intérieur, Saad Hassad, qui l’affirme. Interpellé par les parlementaires le 4 février sur «l'augmentation inquiétante des agressions contre les citoyens», le ministre a assuré que les homicides volontaires sont au nombre de 600, soulignant ainsi une baisse de 2% par rapport à 2012. Cette même baisse a été enregistrée pour les vols à l’arraché alors que les vols avec violence ont enregistré une baisse de 1,3%. Les chiffres du ministère viennent confirmer le dernier rapport rendu public sur la situation sécuritaire au niveau du Grand Casablanca pour le compte de l’année 2013. Selon ce rapport, 95 836 affaires ont été enregistrées avec un taux d’élucidation des enquêtes dépassant les 88,40%.

En moyenne générale, les services de sécurité enregistrent chaque année 570 000 affaires, toutes catégories confondues, soit 19 affaires pour 1 000 habitants. La moitié concernant les agressions physiques et les atteintes aux biens publics et privés. On est loin de la Belgique, par exemple, qui enregistre... 120 affaires pour 1 000 habitants. Mais au-delà des chiffres rassurants, le sentiment d'insécurité est grandissant dans la population. Il faut ajouter que le taux de criminalité avait augmenté de 12% par rapport à la même époque en 2011 (289 000 crimes en 2012 contre 196 000 en 2011). L'insuffisance du nombre des policiers a longtemps été patente. Même s'il a augmenté substantiellement ces quatre dernières années (65 000 policiers en 2013 contre 40 000 en 2007; et ils devraient être plus de 80 000 en 2017), ce nombre reste néanmoins en dessous de la moyenne internationale.
Enfin, les statistiques, souvent contestées ou contredites, ne reflètent pas toujours la réalité sociale du terrain, ne serait-ce que parce qu'une agression n'a pas forcément donné lieu à une plainte.

Les vols en baisse

Des femmes détroussées dans la rue, des commerçants dépouillés de leur recette, des passants auxquels on arrache le téléphone, de jeunes filles attaquées au cutter pour abandonner leur sac à main, sans oublier les pickpockets dans les bus... certaines catégories d'habitants des grandes villes marocaines, et en premier lieu Casablanca, vivent la peur au ventre. D'autant que la criminalité atteint désormais les quartiers huppés de la métropole.... Les banques et les administrations ont engagé des dépenses considérables pour sécuriser les bâtiments par des caméras et des vigiles.
Le rapport, qui dresse un état des lieux de la criminalité au niveau de la métropole, souligne la baisse des crimes violents. Les vols à l’arrachée, les vols à l’arme blanche ou par des moyens de transport sont passés de 24 651 affaires en 2012 à 21 884 affaires en 2013, soit une baisse de 11,22%.

Cette baisse est due notamment à la présence sur le terrain des équipes de police. Cette présence a été renforcée par des équipes de motards ainsi que par la mise en place de cellules spécialisées dans la résolution des affaires de vol. Une banque de données concernant les criminels a aussi été mise en place en plus d’une lutte acharnée contre les comprimés hallucinogènes. À ce niveau, quelque 450 000 comprimés ont été saisis par les services du ministère de l’Intérieur en 2013 contre 12 000 seulement en 2012.

Une légère hausse de la violence

L’année 2013 n’a pas été seulement une année de baisse des crimes à Casablanca. En effet, les affaires touchant aux personnes ont enregistré une hausse de 9,62%, soit 1943 affaires de plus que 2012. Au total, 22 138 ont été enregistrées dans ce sens. Il s’agit des affaires de violence, menaces, insultes, coups et blessures ainsi que les coups et blessures à l’arme blanche.
La majorité de ces affaires de violence sont à caractère social, nous apprend le rapport. Dans ce genre d’affaires de violence ainsi que celles des homicides, les victimes sont souvent en relation familiale, d’amitié ou de voisinage avec le criminel. Une hausse continue qui a longtemps été observée au niveau national. Depuis 2004, le nombre d'atteintes à l'intégrité physique des personnes n'a cessé de croître, passant de 23 000 à 37 000 en 2011.

Les crimes organisés

Au niveau de la capitale économique, 91 687 personnes ont été arrêtées au cours de l’année dernière, soit 14 421 arrestations de plus qu’en 2012. Une grande partie des arrestations est faite en lieux publics et en flagrant délit. Ces opérations de terrain entrent dans le cadre de la stratégie des autorités compétentes optant pour une présence massive sur les terrains et pour une approche anticipative dans la lutte contre le crime. Il ressort de ces arrestations effectuées au niveau de Casablanca que les crimes organisés sont en vogue. Des bandes criminelles spécialisées dans le vol des voitures avec des armes blanches, d’autres dans les cambriolages des résidences, des commerces ou des entreprises font partie des groupes arrêtés, d’autres domaines sont prisés par les bandes criminelles, à savoir la traite des êtres humains, l’immigration clandestine ainsi que la prostitution au niveau international. 


Entretien avec Dr Mohcine Benzakour, psychosociologue

«Le taux des délits est proportionnel au degré d’urbanisation d’une région»

Le Matin : dans quelle mesure cette urbanisation galopante peut-elle être source de violence ?
Dr Mohcine Benzakour : la problématique sociologique traditionnelle qui établissait un parallèle entre l'urbanisation et les conflits socio-culturels si favorables à l'éclosion des conduites criminelles, demeure entière et d'actualité dans les pays en voie de développement. Ainsi, à titre d’exemple, selon de récentes études du Centre d'études urbaines de Californie, l'accroissement des régions métropolitaines présente le plus d'ampleur dans des continents comme l’Afrique, l'Asie et l'Amérique latine. Étudier les relations entre la criminalité et l'urbanisation, c'est étudier les rapports entre le genre de vie prédominant dans notre culture et les diverses formes de la conduite déviante qu'il produit. D’où les constats suivants :
plus une région ou une ville est urbanisée, plus élevé est le taux des délits contre les propriétés, tous les autres facteurs étant égaux par ailleurs.
Le genre de vie urbaine étant caractérisé par un comportement impersonnel, le criminel rural commet son délit loin de son domicile. Étant donné l'hétérogénéité de la culture citadine, des sous-cultures criminelles s'y forment qui assurent la continuité à des conduites criminelles. Donc, plus une région est urbanisée, plus grande est l'influence de ces sous-cultures. Par conséquent, leur importance est réduite en milieu rural. Précisons que le type criminel qui caractérise «la pègre» ne peut se développer qu'en milieu fort urbanisé. Mais tout cela n’exclut en rien le rapport direct de la criminalité avec les conflits socio-culturels qui caractérisent la vie de nos grandes villes contemporaines.

Pensez-vous que ce phénomène de violence dans les villes va prendre davantage d’ampleur ?
L'ampleur des transformations que connaissent nos villes provoque des changements qualitatifs dans les relations humaines, la structuration et l'organisation des groupes et dans le développement de la personnalité. Le genre de vie urbaine recèle des facteurs d'inadaptation au niveau de la société, celui de la culture et celui de la personnalité. Le changement profond de l'institution familiale, la condition de salarié et la nécessité de planifier l'existence humaine comme on planifie la production industrielle, des groupements basés sur des contacts impersonnels et la pression exercée par les groupes secondaires et la compétition imposée par la densité sociale développent dans ce milieu un individualisme, axé sur la poursuite d'intérêts personnels. Ajoutons à tout cela le caractère inéluctablement pathogène des taudis urbains qu’on appelle les bidonvilles. Il y a, par ailleurs, les sous-cultures orientées par le conflit : les bandes dont la principale activité est de livrer bataille aux autres. La violence et le courage y sont les valeurs suprêmes. La sous-culture des toxicomanes a un caractère utilitaire, exposé à la violence, et constitue un monde fermé.
Les classes moyennes ont, elles aussi, leur sous-culture délinquante: des jeunes oisifs se livrant à la débauche ou au vandalisme en sont des exemples typiques. Concernant la personnalité, la situation conflictuelle des cultures provoque l'apparition de personnalités marginales, souffrant de conflits internes. Des études faites aux États-Unis indiquent que les troubles mentaux sont plus fréquents chez les citadins que chez les ruraux. 
Propos recueillis par Samir Benmalek

ILS témoignent

Comment les riverains des quartiers chauds de casablanca gèrent leur stress

➥ Kamal, reporter-photographe, Hay Mohammadi
«Des groupes de délinquants se droguent en plein public»

«Contrairement à ce qui prévalait auparavant, la notion de la sécurité est devenue aujourd’hui flottante à Casablanca. Parfois, on la sent omniprésente et, par moment, on ne la sent pas du tout. La prolifération de la drogue est pour beaucoup dans la recrudescence des crimes et délits, notamment en faveur du manque d’effectif policier. Certes, des efforts sont fournis en ce sens, mais le manque d’éléments de police est très flagrant. Dans mon quartier, j’ai beaucoup de craintes pour mes enfants, et ce, pour deux raisons. D’abord, les groupes de délinquants qui se droguent en plein public, sans impunité, peuvent leur servir de mauvais exemple de ce qu’est une jeunesse épanouie, à force de les voir s’adonner à ce poison de façon quasi ordinaire. Au fil des jours, cette image finit par être banalisée, cela peut les attirer et ils pourraient être tentés par la même voie. Ensuite, mes enfants peuvent être agressés de différentes manières par ces individus sous l’effet du hashish ou de comprimés psychotropes. Au niveau de l’hôpital Mohammed V, je constate pratiquement tous les jours des victimes d’agressions, que ce soit à main nue ou à l’arme blanche. Dans le passé, il y avait une sécurité préventive à travers des agents de police qui sillonnaient, à longueur de journée, les quartiers de long en large. Aujourd’hui, dans le meilleur des cas, c’est une estafette qui couvre tout un secteur et cela n’est pas sans laisser des failles exploitées par les agresseurs de tout genre».

➥ Brahim, employé de banque, quartier Mâarif, à proximité du stade
«Je suis obligé de mettre ma famille sous embargo !»

«La sécurité est inexistante dans le secteur où j’habite, surtout les jours de matchs. Des hordes de pseudosupporters qui ne sont autres que des voleurs envahissent les lieux par groupes de 40 ou 50 individus. Lorsqu’ils croisent une victime, ils ne se contentent pas de lui voler son sac ou son téléphone, mais ils la délestent de tout ce qu’elle possède, jusqu’à ses vêtements. Les forces de l’ordre ne sont présentes qu’aux alentours du stade, mais pas dans les quartiers avoisinants, ce qui laisse une large marge de manœuvre à ces individus qui sont quasiment certains de ne pas être inquiétés. Aussi, les jours de match, je me trouve dans l’obligation de mettre ma famille sous embargo ! Interdiction formelle de sortir, que ce soit pour mon épouse et mes enfants ou pour moi-même.
Il faut tout avoir à la maison, mettre la voiture dans le garage et attendre que le match prenne fin. Durant les jours ordinaires, il y a toujours des voleurs à la tire dans le quartier, car il n’y a pas de ronde régulière de police».

➥ Mohamed, médecin, Aïn Chock
«La nuit, des voleurs à moto s’en prennent aux passants»

«Il y a un réel problème sécuritaire au niveau de l’arrondissement Aïn Chock. Des bandes de malfrats provenant des quartiers périphériques, comme Lemkanssa, douar Tqalia ou Nabil commettent des agressions sur les riverains notamment à Hay Al-Ousra et Yasmina, malgré la récente inauguration d’un nouveau district de police au niveau du boulevard Al-Qods. Il y a lieu de parler d’insécurité, notamment la nuit, où des voleurs à moto s’en prennent aux passants et surtout aux ouvrières travaillant dans les usines. Et en dépit de la multitude de plaintes déposées par les riverains, les patrouilles de police et de motards restent en deçà du besoin de l’arrondissement. Dans mon quartier, au-delà de 21 h, les rues deviennent désertes et il s’avère parfois trop risqué de sortir».

➥ Abdallah, commerçant, Sidi Bernoussi
«Les rondes de police sont devenues rares»

«Il faut reconnaître que l’insécurité et les agressions ne sont plus l’apanage d’un quartier ou d’un arrondissement précis. Les agressions sont commises partout, de jour comme de nuit. La ville a connu une expansion

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